Accueil Culture 007: aux origines portugaises du mythe !

007: aux origines portugaises du mythe !


007: aux origines portugaises du mythe !
James Bond DR

Sur les traces de James Bond à Estoril!


C’est au cours d’un trekking estival lusitanien (Portugal-Açores) que j’ai eu la chance de découvrir et de visiter le « Palacio » et le Casino d’Estoril, station balnéaire paradisiaque, située à 25 kms à l’ouest de Lisbonne, deux hauts lieux mythiques de la mémoire littéraire et cinéphilique bondiennes ! Avec de surcroît, la rencontre inattendue avec un honorable salarié du Palacio depuis plus de 50 ans, José Diogo Vieira, qui eut le privilège de jouer dans une scène dAu service secret de Sa Majesté (Peter Hunt, 1969), sixième opus de la franchise alors contrôlée par Albert Broccoli et Harry Saltzman (EON Productions), au cours de laquelle il échangea un jeu de clés avec le James Bond d’alors, le séduisant mannequin australien George Lazenby.

Estoril: nid d’espions

Petit rappel historique : août 1941. En raison du statut de neutralité géostratégique voulue par le Portugal d’Antonio de Oliveira Salazar, homme fort du pays et fondateur d’un « Etat nouveau », nationaliste, autoritaire et corporatiste (1933-1974), Estoril devint la station balnéaire idéale pour les agents secrets appartenant aux différents camps des belligérants durant la Seconde Guerre Mondiale.

Un certain Ian Fleming, journaliste, romancier et officier du renseignement naval des forces de « Sa majesté » britannique, est alors chargé d’entrer en contact et de couvrir les activités d’un agent double venant d’Europe de l’Est, le serbe Dusan « Dusko » Popov, alias « Tricycle » (surnom donné par les Britanniques afin d’exprimer sa triple appartenance professionnelle car il travaillait pour eux, les Allemands et les Serbes), tandis qu’il fut « Ivan » pour les nazis !

Un homme d’un grand charisme, toujours accompagné de ravissantes créatures à chaque bras, que ce soit au bar du Palacio ou dans les allées du monumental Casino se situant à quelques centaines de mètres de l’Hôtel de luxe. Joueur et parieur invétéré, le Serbe aurait également misé, sur une seule donne, les 38 000 dollars de ses frais de mission sur une table de baccara et remporta magistralement le coup au bluff, inspirant du coup à Ian Fleming l’idée de son personnage central d’agent secret ainsi que plusieurs scènes de son premier roman bondien Casino Royale paru en 1953. Une première traduction française est publiée en 1960 sous le titre Espions, faites vos jeux puis une seconde traduction sous le titre Casino Royale en 1964.

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Contrairement à l’opinion généralement répandue sur les origines du mythe, c’est donc bien à Estoril, Portugal que germa dans l’esprit fécond de Ian Fleming l’idée des aventures exotiques et extraordinaires de son célèbre agent secret, suite à sa rencontre avec cet étrange Dusko Popov ! L’agent du Palacio José Diogo Vieira raconte : « J’ai souvent entendu dire que Fleming et Popov demandaient toujours la table du bar la plus proche de la sortie ou de l’issue de secours afin de pouvoir s’extraire facilement en cas d’urgence. Une fois qu’ils avaient suffisamment bu et étaient bien saouls, ils sortaient du Palacio pour se rendre au Casino attenant où ils passaient le reste de la nuit à jouer intensément au baccara ! ».

Lieu de tournage bondien

Deuxième temps fort de ce voyage mémoriel impromptu en territoires bondiens, purement cinéphilique cette fois : le magnifique Palacio d’Estoril servit de lieu de tournage au sixième opus de la franchise, Au service secret de Sa Majesté en 1968, le seul film dans lequel apparaît l’ancien mannequin australien George Lazenby, aux côtés de la britannique Diana Rigg (la Emma Peel de la série Chapeau Melon et bottes de cuir) et l’américain d’origine grecque Telly Savalas (futur star de la série Kojak et abonné aux seconds rôles dans les films estampillés « cinémas de genre » »), sous la direction du britannique Peter Hunt. De l’avis général des spécialistes et des fans, il s’agit sans doute d’un des meilleurs Bond de l’Histoire ! Le Palacio offrit ses plus beaux atours aux producteurs et à l’équipe du film : ses intérieurs cossus, son bar évidemment (toujours à l’identique !) ainsi que ses jardins extérieurs et notamment sa somptueuse piscine qui venait d’être construite.

José Diogo Vieira avait 18 ans au moment du tournage. Un homme d’une grande gentillesse, aujourd’hui âgé de 73 ans et toujours en activité au sein de l’établissement hôtelier, qui se remémore avec émotion et nostalgie ce moment exceptionnel de sa vie… et me fit ainsi entrer, par la même occasion, dans un rêve éveillé en me proposant une visite guidée de ces hauts lieux de la mémoire bondienne en nous faisant revivre cet acteur incroyable, aux multiples talents, George Lazenby, qui aurait dû devenir (avec un peu plus de plomb dans la cervelle et de perspicacité dans ses choix stratégiques de carrière) le nouveau « Sean Connery » de cette saga légendaire ! Une bien belle rencontre en tout cas et un lieu sympathique de pèlerinage pour tous les fans de l’intrépide agent 007 !

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