Comme on dit vulgairement : « Vivere omnes beate volunt : sed ad pervidendum, quid sit quod beatam vitam efficiat, caligant. » Bien sûr, inutile de traduire… (1).
Pour les uns, le bonheur consiste à se prendre pour Jupiter — libido dominandi. Pour d’autres, c’est accéder à la bibliothèque de Babel — libido sciendi. Pour Asia Argento, il s’agissait apparemment (parce qu’enfin, les démentis, hein…) de se taper le jeune Jimmy Bennett, qui avait tourné avec elle, et sous sa direction, quand il était encore môme, dans le Livre de Jérémie (2004).

Libido sentiendi.

Quant à savoir lequel de ces désirs est le plus louable ou le plus véniel… Savoir même si ce sont des péchés… Chacun attrape, comme disait Picasso, le désir par la queue.

In memoriam Gabrielle Russier

Young Jimmy n’avait pas encore 18 ans — crime impardonnable aux Etats-Unis, où l’on plaisante peu avec la limite d’âge : les films pornographiques les plus ébouriffants spécifient « All participants over 18 », et l’essentiel de la filmographie imposante de Traci Lords a disparu dans les archives du FBI, vu que l’actrice avait presque tout tourné avant ses 18 ans fatidiques. Elle aurait dû venir en France, nous sommes plus coulants avec cette histoire de majorité sexuelle. On l’a bien vu tout récemment — et c’est tant mieux, sinon Lolita disparaissait dans l’Enfer de la Bibliothèque Nationale.

Bref, voilà que P’tit Jimmy (qui a l’air tarte, mais le désir est chose si étrange) tente de relancer une carrière qui pataugeait déjà : il se plaint d’avoir été violé par la belle Asia — ou tout au moins de s’être fait téter le poireau. Depuis 48 heures, Ben Brafman, l’avocat de Harvey Weinstein se frotte les mains, persuadé qu’ils est désormais de mettre en pièces l’accusation d’Asia Argento, obligée jadis (dit-elle) à gober le merlan du Grand Méchant Producteur.

Et alors ? Gabrielle Russier a été poussée au suicide par une collusion de juristes vertueux et de communistes qui ne l’étaient pas moins sous prétexte que son amant avait, lui aussi, 17 ans et des poussières. L’affaire avait fait grand bruit à l’époque — et jusqu’à l’Elysée (mais nous avions alors un président hautement cultivé).

Le jeune Christian Rossi n’a pas raconté si Gabrielle jouait du mirliton — mais j’espère bien, pour lui et pour elle.

À noter qu’Asia Argento se défend en expliquant que ces 380 000 dollars étaient une aide financière désintéressée. Nombre de harceleurs patentés expliqueront demain que les promotions canapé où furent taillées maintes plumes éloquentes furent elles aussi des allocations alimentaires pour bouches affamées.

Bon sang de puritains !

Je ne comprendrai jamais la justice américaine. Le seul fait de ne pas avoir (eu) une vie irréprochable suffit à disqualifier un témoignage : il a menti une fois, peut-être est-il — ou est-elle — en train de mentir une autre fois, clament les avocats des accusés.

Du coup, Franz-Olivier Giesbert parle, à propos d’Asia, d’« arroseuse arrosée », et ajoute : « On ne se méfie jamais assez des marchands de vertu, des donneurs et des donneuses de leçons. » Certes. Mais enfin, depuis que le Christ a empêché la lapidation de la femme adultère (Jean, 8, 1-11), nous savons qu’il y a bien peu de gens qui n’ont « jamais péché » — si tant est que faire une turlute vous condamne à l’enfer. Comme aurait dit Bill Clinton, qui est l’une des stars du classement mondial des hypocrites : « Oui, mais…

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