Est-il bien raisonnable de laisser un cinéaste déraisonnable commenter chaque mois l’actualité en toute liberté ? Assurément non. Causeur a donc décidé de le faire. 


 

Ce mois-ci, Jean-Paul Lilienfeld regardait tranquillement « Cash investigation » et a eu envie d’en savoir plus sur le gourou des semences libres « Kokopelli ».

Le 18 juin, « Cash investigation » proposait un « Multinationales : hold-up sur nos fruits et légumes ». N’ayant toujours pas compris comment tout un chacun avait pu se faire spolier du droit de replanter ce que la nature lui donne, c’est-à-dire des graines, je m’installe devant mon écran.

Pour résumer, et sans être certain d’avoir tout saisi, il existe un catalogue officiel des variétés de semences, et quiconque fait une exploitation commerciale de ces semences (ou de ce qu’elles produisent) doit passer sous les fourches caudines de ce catalogue. Pas question de replanter les graines de laitues de tonton Alphonse si vous comptez ensuite vendre vos salades.

Vaste sujet, important, complexe et trop loin de mes compétences pour que mon avis soit vite forgé.

Cependant, j’avoue avoir vibré deux fois lors du visionnement : La première au moment du crash-test de tomates génétiquement programmées pour résister aux chocs pendant le transport. Un must de la cascade sans truquage. Balancées d’une hauteur d’un mètre, elles ne doivent pas exploser en touchant le sol pour être agréées. Le ralenti sur la déformation du fruit au moment de l’impact était poignant.

La deuxième lorsque la voix off ridiculement dramatique a annoncé : « Pour défendre les semences paysannes contre le catalogue officiel, certains se mettent hors-la-loi… » 

Yes ! On allait avoir de l’action. Du pirate. Du gentil petit David de la libre semence contre les méchants Goliath des multinationales.

Et la voix de poursuivre : « Dans l’Ariège, au fin fond d’une vallée, à quatre heures de cheval de Toulouse… »

Au début, on rigole…

Oups, j’ai ri. Franchement, vous en connaissez beaucoup vous des gens qui vont de Foix à Toulouse à cheval ? Moi qui ai eu une maison en Ariège pendant dix ans, je vous garantis que l’Ariégeois moyen a plutôt tendance à se déplacer en voiture vingt ans d’âge avec pot trafiqué.

Mais déjà la voix nous faisait pénétrer dans « le repaire de Kokopelli, où se tient l’homme à abattre pour les semenciers, Ananda Guillet… » 

A lire : Belattar et les vautours de Christchurch

Tatata !

Et Kokopelli, alias Dominique Guillet, père d’Ananda, je connais. Je m’étais intéressé à lui il y a quelque temps à cause de son activité de sauveur des semences paysannes. Vouloir préserver 2 400 légumes rares et fournir leurs graines qui ne soient pas stériles (c’est-à-dire que les plantes vont elles-mêmes redonner des graines qui seront replantables gratuitement, ce qui n’est pas le cas de celles du catalogue officiel) me semblait une démarche louable.

Sauf que…

J’ai commencé par apprendre que certains collaborateurs de Kokopelli défendaient dans un livre des méthodes managériales et commerciales très éloignées de l’empathie et de l’humanisme professés dans la communication baba cool de l’association (Nous n’irons plus pointer chez Gaïa

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Été 2019 - Causeur #70

Article extrait du Magazine Causeur

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