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« Blizzard »: le vent se lève pour Marie Vingtras

L’écrivain publie son premier roman chez l’Olivier

« Blizzard »: le vent se lève pour Marie Vingtras
Marie Vingtras, Festival du livre de Paris 2022 au Grand Palais Ephémère, le 23 avril 2022 © LAURENT BENHAMOU/SIPA

Blizzard est le premier roman de la Française Marie Vingtras. Il a reçu il y a peu le prix 2022 des libraires. Une distinction méritée, pour celle dont on peut se demander si elle ne souffre pas du trouble de personnalité multiple…


Existe-t-il plus déroutant, pour un lecteur français habitué aux « classiques » de son pays, que de lire Les belles endormies, roman assez tardif de l’écrivain japonais Yasunari Kawabata (1899-1972) ? Difficile à dire. Quoi qu’il en soit, une fois lu ce court roman, sans véritable début ni fin, ledit lecteur, surtout s’il se trouve pour la première fois confronté à une œuvre de ce type, se sentira tout chose. A la fois émerveillé et embarrassé, peut-être même gagné par cette impression d’ « inquiétante étrangeté », dont parlèrent naguère Freud puis Lacan.

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Il faut dire que si elle n’en est pas moins littérature qu’une autre, celle de Kawabata se distingue de ce à quoi nous sommes habitués sous nos latitudes : par des codes propres, par un arrière-fond spirituel rétif au rationalisme le plus sec, à l’utilitarisme benthamien, à l’empirisme humien. Bref à la logique de ce que l’on pourrait – un peu vite – qualifier d’ « Occident ». Et, c’est encore plus vrai pour Les belles endormies, roman qui se singularise, lui, par une façon de raconter tirant sur l’impressionnisme littéraire, loin de la narration traditionnelle, canonique, ordinaire.

Japanese connection

S’il a lu ce chef-d’œuvre du prix Nobel de littérature, cru 1968, le lecteur ne pourra s’empêcher, en refermant Blizzard, premier roman de Marie Vingtras, de penser aux Belles endormies. En raison de son ambiance, d’abord. Celle-ci, étouffante, n’est pas sans rappeler cette maison qui, chez Kawabata, permet à des vieillards au bout du rouleau de dormir auprès de très jeunes filles, aussi vierges que nues, préalablement anesthésiées à coups de drogues pour ne garder aucun souvenir de cette expérience à leur éveil le lendemain. C’est l’ambiance, dans l’un comme dans l’autre, d’un (drame à) huis clos.

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Mais d’un huis clos pas du tout sartrien chez Marie Vingtras. Dans Blizzard, en effet, celui-ci se tient paradoxalement à ciel ouvert, en plein cœur de cette nature déchaînée au sein de laquelle une jeune femme cherche désespérément un jeune garçon, perdu de vue après quelques minutes d’inattention.

Si quelque chose rappelle aussi Kawabata, c’est la forme retenue par Marie Vingtras. Celle-ci, en tout cas, surprend au moins autant que celle retenue par Kawabata pour son roman paru en 1961. « Dans une construction chorale, la romancière alterne en chapitres courts les voix intérieures des différents protagonistes, décrivant la violence des sentiments qui les traversent, à la hauteur des éléments qui se déchaînent » (Laurence Houot, France Info, 25 août 2021). Ce n’est certes pas, à strictement parler, cet impressionnisme littéraire à l’œuvre dans Les Belles endormies dont on parlait plus haut. Mais cette curieuse symphonie avec « voix intérieures » l’évoque, s’en rapproche.

Une écriture kaléidoscopique

Surtout, cette symphonie sonne juste. Très juste. Si juste, même, que le lecteur connaissant le film « Split » (Night Shyamalan, 2017) peut à bon droit se demander si, à l’instar de Kevin Wendell Crumb – le « héros » incarné par James McAvoy –, Marie Vingtras, pour être à ce point convaincante lorsqu’elle parle pour ses personnages, ne souffrirait pas d’un sérieux « trouble dissociatif de l’identité ».

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Ceci posé, si ce Blizzard n’est pas sans rappeler Les belles endormies, il s’en éloigne aussi énormément. Ne serait-ce que par l’écriture. Celle-ci, forgée pour donner à voir l’intériorité d’une collection de personnages aux parcours et personnalités différents, est en quelque sorte kaléidoscopique. Elle n’a, dès lors, pas grand-chose à voir avec celle de Kawabata. Elle n’a d’ailleurs guère de ressemblance avec d’autres écritures connues. Elle ne s’en lit pas moins avec gourmandise. À vrai dire, on s’y habitue si bien que ce n’est pas sans une certaine frustration qu’on en prend congé une fois le livre terminé. Et qu’on se prend, par la même occasion, à espérer qu’il ne s’agissait là que du tout premier roman d’une longue série.

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