Pour Florent Louise, enseignant-chercheur de 27 ans, notre système de retraite est un anachronisme vivant. A l’heure du papy-boom, ponctionner les seuls actifs n’est plus viable. Heureusement, un autre modèle de solidarité est possible. 


Quand il fut instauré après-guerre, le système français de protection sociale constituait un progrès indéniable. C’était la concrétisation d’un mythe aux yeux des adeptes d’un Etat fort. L’assurance vieillesse, avec son mécanisme de retraite par répartition, s’érigeait en vitrine de la sécurité sociale. Son principe était on ne peut plus simple : les masses laborieuses finançaient les pensions de leurs valeureux aînés fatigués par la vie. Il ne faut pas y voir un quelconque sacrifice ou une spoliation du revenu des actifs mais un pur acte d’entraide que les enfants accompliront à leur tour pour financer la retraite de leurs parents.

Notre système agonise 

Aujourd’hui, ce récit confine à la fable tant notre système de retraite agonise. La taille du gâteau reste la même alors que le nombre de convives assis autour de la table augmente et que le personnel en cuisine diminue. Pour le dire de manière moins imagée, le nombre de retraités explose avec le papy-boom et la durée du versement des pensions s’allonge grâce à l’amélioration notoire de notre espérance de vie. A l’inverse, la population active tend à décroître à cause d’un taux de natalité trop faible pour assurer son renouvellement, mais aussi parce que l’investissement dans les études retarde toujours plus l’entrée sur le marché du travail. Résultat : les modalités initiales de financement du système, qui s’appuient exclusivement sur les cotisations sociales, sont dévoyées par diverses impositions.

Prenons la CSG. Cette cotisation ponctionne la pension des actuels retraités pour assurer le versement … de leurs revenus futurs. Bienvenue chez Ubu roi ! Au moins la CRDS a-t-elle le mérite de la clarté puisqu’elle oblige tous les actifs, en particulier les plus jeunes, à réparer les erreurs de la génération précédente. Pour sauver les retraites, et plus largement notre protection sociale, le candidat Emmanuel Macron proposait de transformer les cotisations en impositions. Cela aurait eu l’avantage de faire reposer la solidarité nationale sur l’ensemble de la nation, et non plus sur les seuls actifs.

Solidarité contrainte

N’ayons pas peur des mots : le système de retraite par répartition est devenu une aberration. Comment le croire encore viable alors que notre population vieillit ? Comment invoquer la solidarité nationale alors que le non-paiement de sa cotisation expose à des poursuites judiciaires ? La solidarité contrainte est un sacré oxymore ! Inversement, il devient urgent d’adopter un système de retraite par capitalisation. La seule équation qui vaille est la suivante : ce que j’épargne pour ma retraite doit me revenir en propre. Voilà une solution simple, juste et sécurisante.

Cette révolution copernicienne devra être engagée par un gouvernement. J’en proposerai deux variantes. La première est l’organisation d’un système de retraite par capitalisation à gestion paritaire : les partenaires sociaux, au niveau de la branche, deviendraient indépendants pour administrer leur caisse de retraite. Cette formule prend en compte la pénibilité au travail et instaure un mécanisme décentralisé d’entraide pour les plus bas salaires. Il risque cependant de compliquer les choses avec une mosaïque d’assurances et des difficultés pratiques à calculer le montant de la pension d’un actif mobile.

Capitalisation personnalisée 

D’où une seconde option : bâtir un système de retraite par capitalisation personnalisée. Chacun resterait libre de ménager la somme qu’il souhaite pour ses vieux jours. Ce scénario responsabilise les travailleurs, leur accordant davantage de liberté dans la gestion de leur carrière, mais reste difficilement applicable aux plus démunis. Toutefois, si le gouvernement explorait cette voie, rien ne l’empêcherait d’accorder à tous les retraités une pension minimale financée par l’impôt.

Reste une question épineuse : comment honorer les retraites en cours de versement et celles des actifs en train de cotiser ? Le respect des droits acquis oblige de repousser à 42 ans la pleine réalisation du système de retraite par capitalisation. Entre temps, l’État prendra à sa charge le paiement des pensions. Mais il recourra à l’emprunt pour cesser de trop solliciter le contribuable. On peut ainsi imaginer un contrat en vertu duquel en contrepartie de la privatisation des retraites, l’État demanderait aux banques et aux compagnies d’assurance de souscrire à des titres publics émis pour garantir le crédit de notre dette publique. Au fil des ans, le recours à l’endettement public diminuerait à mesure que s’’éteindrait le stock de retraités sous l’empire de la répartition.

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