Au Royaume-Uni, le Premier ministre conservateur Boris Johnson vient d’obtenir un plébiscite pro-Brexit. La presse, la radio et la télévision hexagonales, prétendaient que les Britanniques regrettaient le Brexit. Se remettront-elles en question? Rien n’est moins sûr…


On nous avait dit que les Britanniques regrettaient le Brexit.

On nous avait dit qu’ils regrettaient d’avoir pris cette si mauvaise décision, abreuvés de fake news.

On nous avait même dit qu’ils s’en repentaient. Pourtant, aucune image des files de citoyens de Sa Majesté en train de se flageller avec des orties fraîches ne nous avait été proposée.

On nous avait dit que les Britanniques avaient compris que c’était très mal de tricher avec le Sens de l’Histoire.

On nous avait dit que Boris Johnson était au mieux un clown, au pire un sous-Trump.

On nous avait dit – dans la si sérieuse émission C dans l’air – que BoJo pouvait même perdre son siège face à un si sympathique candidat travailliste d’origine pakistanaise.

On nous avait dit que les Britanniques voulaient un autre référendum.

On nous avait dit qu’entre BoJo le clown et Corbyn, qu’on soupçonnait – plutôt à juste titre – de tolérer l’antisémitisme dans son parti, émergeraient les LibDem,  vieux parti Brit’ émanation paradoxale d’un macronisme anglais. Sage. Jeune. Moderne.

On nous avait dit que Johnson ne pensait qu’à profiter du Brexit pour faire du Royaume une sorte de Singapour local, en super-thatchérien qu’il était.

On nous avait dit que des légions de jeunes s’étaient inscrites sur les listes électorales, et seraient au-rendez vous de l’avenir. Européen. Forcément européen.

Et puis, ce matin, patatras.

Les Tories ont triomphé. BoJo le clown a sa majorité. Absolue, la majorité. La plus large depuis quarante ans.

Corbyn a perdu. Les LibDem ont treize sièges. Farage n’en a aucun. Inutile, Farage. Puisque les Tories de Johsnon font le job (M’entends-tu, Christian Jacob ?).

Au nord, dans les fiefs du Labour, le peuple qui votait à gauche mais qui avait plébiscité le Brexit en 2016, a sanctionné Corbyn, après l’avoir vu délibérément tenter d’annuler leur décision souveraine aux Communes.

Les Tories ont gagné après avoir mené une campagne qui tournait le dos au thatchérisme, célébrant le retour de l’Etat dans l’économie.

Boris Johnson va pouvoir faire voter l’accord qu’il avait arraché à Michel Barnier, en assumant le rapport de forces que cette pauvre Mrs May n’avait pas osé tenter.

On aimerait voir la réaction dans la plupart des rédactions françaises ce matin. Au Monde, notre grand quotidien de référence, bien sûr. Autour de Madame Lapix, aussi. Chez Joffrin. J’allais oublier la joyeuse bande du Bien et du Juste de France Inter. Quant à Yves Calvi ce matin sur RTL, il ne s’y attardait pas trop. Il préférait continuer de gloser sur le blocage de notre bon pays par des hordes gauchistes.

La tentation serait de demander des comptes à tous ces gens et les accuser d’avoir menti sciemment. Ce serait une erreur. Car le pire, c’est qu’ils étaient de bonne foi. N’y voyons pas un complot médiatique. Pour la plupart, ils sont tellement prisonniers de leurs schémas mentaux qu’ils croyaient sincèrement aux calembredaines qu’ils débitaient à l’échelle industrielle. Ils dénonçaient les fake news des brexiters, ce n’était pas pour en créer à leur tour ! Imaginez le reporter du service public de radio ou de télévision, formé par l’ESJ de Lille, et qui vit chaque minute sa vie professionnelle au service du Bien contre le Mal (Non, vous n’êtes pas dans un épisode de Goldorak, mais dans une rédaction française). Imaginez-le, pendant ses week-ends à Londres, tâter le pouls de la Ville-Monde, pourquoi pas participer aux grandes manifestations londoniennes contre la fermeture, contre la xénophobie, contre le populisme. Imaginez-le, ébloui par la marée de drapeaux bleus et étoilés, ignorant tous les vieux cons beaufs qui avaient voté Leave en 2016, inondés par la propagande poutino-trumpienne. Ce reporter, il est sincère, il n’est pas menteur. Il est bon, il n’est pas cynique. Il est idiot, il n’est pas manipulateur.

Pendant deux jours, comme au lendemain de la victoire de Trump, il y aura peut-être une légère remise en question. On invitera un ou deux experts qu’on n’a pas vu depuis quelques mois, lesquels avaient été plus lucides que les autres. En 2016, on avait ainsi troqué Nicole Bacharan, la femme qui disait que Trump ne pouvait pas gagner, ni les élections présidentielles, ni même la primaire républicaine, par Laure Mandeville du Figaro, qui avait été une des seules à avoir des yeux.

Très vite, tout était rentré dans l’ordre. On a pardonné à Nicole. Elle est revenue. Deux jours de remise en question ? Peut-être trois ? Ou pas du tout ? Faites vos jeux !

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