Accueil Site Page 2389

Éloge de la transition

24

pascal chabot age transitions

Ouvrir la boîte noire de la conscience, disséquer les violences de notre quotidien consumériste, est une des grandes idées de la bien-pensance écologiste dont le tenant est cet homme nouveau que Michel Serres a baptisé « Petite Poucette » et qui sauvera tout, d’après le philosophe, grâce à un usage intelligent et révolutionnaire des nouvelles technologies. Pascal Chabot, dans L’Âge des Transitions, s’empresse de préciser que cette rêverie n’est plus dans l’air du temps. La grande nouveauté du XXème siècle et a fortiori du XXIème, c’est que la révolution y est devenue impossible. Notre monde est de plus en plus immatériel, constitué de flux; les idéologies qui poussaient autrefois les hommes sur les barricades ne les entraînent guère plus que dans les rues, pacifiquement munis d’affichettes. Fini les révolutions, bonjour les « transitions ». Coup d’Etat édulcoré, bouleversement doux, la « transition » est d’abord la manifestation d’un désir, celui d’arracher son destin – pour un peuple, un groupe ou un individu – aux griffes de la machine aveugle postmoderne. En rendant au désir sa place centrale, la « transition » pourrait se définir comme le modèle même du changement consenti, positif, et surtout indolore. Sous cet angle, on comprend que « transition » ait été désigné comme le mot de 2014 par le jury du « Festival du mot ». Des Printemps arabes aux publicités de la marque Lu, les faiseurs d’opinion et de consommateurs n’ont de cesse d’appeler à « ouvrir le champ des possibles ». Le capitalisme, ou comment avoir l’impression de changer le monde en mangeant des petits beurres…

Toutefois, au-delà de cette poudre aux yeux, de vraies transitions sont possibles : là où les hommes osent adopter une attitude subversive, ambivalente et teintée de cynisme vis à vis du système-monde qu’ils peuplent et nourrissent. Les individus engagés sur la voie de la transition, que celle-ci soit économique, écologique ou démographique, sont conscients mais pas fous. Conscients, par exemple, que leur « empreinte carbone » n’est pas seulement un concept abstrait brandi par l’écologie politique, mais pas prêts pour autant à renoncer à leurs déplacements et à leur mode de vie. Nous vivons des temps, dit Pascal Chabot, où le cours de l’existence est comme suspendu et c’est donc l’occasion de se le réapproprier. Il s’agit de chercher l’équilibre entre conscience et culpabilité, de se préparer un avenir moins pesant sans renoncer au confort du présent ni blâmer les acquis du passé. Appliquant ces principes aux champs énergétique, démographique et démocratique, L’Âge des transitions dégage les horizons sans hypocrisie ni fausses promesses, refusant le catastrophisme comme l’angélisme prométhéen.

Le réalisme, ainsi, est bien la condition sine qua non de la transition écologique, rendue nécessaire par l’épuisement – réel mais calculé – des hydrocarbures. L’homme a envers la nature une attitude de prédation, son existence implique la consommation de son propre environnement : rien que pour sa survie, des animaux naissent et meurent dans les mêmes cages. Le savoir suffit à en refuser les excès. Notre cécité est illustrée à la perfection par l’exemple du pétrole : qui se figure qu’il injecte dans le moteur de sa voiture des animaux et des végétaux du jurassique en putréfaction ?

En politique, on ne le sait que trop, la transition porte en elle le risque qu’une régression se substitue au progrès désiré. Chaque transition  est un écosystème fragile et non reproductible : la démocratie, à ce titre, n’est pas un bien occidental exportable partout. Quant à la transition démographique, que nous voyons depuis l’Occident à travers notre peur des foules et de l’envahissement, elle est l’illustration du remplacement de l’ancienne distinction colon/colonisé par la différence entre rentiers du progrès et laissés pour compte.

C’est finalement parce qu’il est impossible de renverser l’ordre établi d’un monde mou que les transitions s’imposent comme seuls changements envisageables et la seule révolution possible consiste à prendre le mot dans son sens premier : un déplacement. Celui de notre regard qui doit refuser les horizons fantasmés et accepter cette nouvelle réalité.

Pascal Chabot, L’âge des transitions, PUF.

L'âge des transitions

Prix: 16,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 16,00 €

*Photo : wikicommons.

Manchette : Classicisme et lutte de classes

2

jean patrick manchette

Récemment l’ami Jérôme m’a demandé tout à trac si une Série noire avait changé ma vie. Sans aucun doute possible, c’est Le Petit Bleu de la côte Ouest de Jean-Patrick Manchette. (SN n° 1 714, janvier 1977.)

Sans avoir jamais entendu parler de l’auteur, je me suis précipité pour acheter Le Petit Bleu après que j’en avais lu une recension élogieuse dans Rock & Folk. J’y ai d’abord découvert qu’on devait utiliser l’indicatif après la locution conjonctive « après que », et non pas le subjonctif. Cela suffit-il à changer une vie ? Pas tout à fait.[access capability= »lire_inedits »]

Je ne vais pas vous raconter le livre. Je vais simplement essayer de vous appâter avec quelques extraits de la première page. Laquelle débute ainsi : « Et il arrivait parfois ce qui arrive à présent : Georges Gerfaut est en train de rouler sur le boulevard périphérique intérieur. »

On apprend quelques lignes plus tard que « Georges Gerfaut est un homme de moins de quarante ans. Sa voiture est une Mercedes gris acier. Le cuir des sièges est acajou, et de même l’ensemble des décorations intérieures de l’automobile. L’intérieur de Georges Gerfaut est sombre et confus, on y distingue vaguement des idées de gauche. »

Et ça finit comme ça : « La raison pour laquelle Georges file ainsi sur le périphérique avec des réflexes diminués et en écoutant cette musique-là, il faut la chercher surtout dans la place de Georges dans les rapports de production. Le fait que Georges a tué au moins deux hommes au cours de l’année n’entre pas en ligne de compte. Ce qui arrive à présent arrivait parfois auparavant. »

S’ensuit une histoire pleine de marxisme, ce qui pourrait vous laisser indifférent, s’il n’était irrigué de bruit, de fureur, et de morts violentes – y compris celle du nouveau roman, exécuté en deux cents pages par le style classiciste de Manchette et sa ferveur narrative. Marx oui, mais cloné sur Retz et Dumas : on ne peut pas intelligemment raconter l’histoire de ce siècle si on ne sait pas raconter joliment des histoires.

La lecture et la relecture du Petit Bleu accompagneront mon glissement progressif du militantisme fun et parfois violent vers l’armchair marxism, qui constitue aujourd’hui mon fond de doxa. Marxisme de fauteuil, cela veut notamment dire qu’en politique je n’essaie plus depuis longtemps de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit. Mais si je peux vous convaincre de lire Jean-Patrick Manchette, alors je serai ravi.[/access]

Le petit bleu de la côte Ouest

Prix: 8,10 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 3,17 €

*Photo : LIDO/SIPA. 00383186_000001.

Nécro Spiritual

10

anita ekberg dormann

Elles nous ont quittés en ce début d’année. Dans l’anonymat le plus complet. Un entrefilet dans la presse écrite, une image furtive au JT, une disparition sur la pointe des pieds. Les médias d’habitude si prompts à panthéoniser à tout-va avaient oublié jusqu’à leur nom. Branle-bas dans les rédactions qui ont des mémoires de poissons rouges. En dehors de l’actualité du jour, point de salut. Au fait, qui se souvient de ces femmes jadis célèbres ? Visiblement, personne. Elles ont écrit des livres qui ne sont plus réédités, tourné des films en noir et blanc dans les studios de Cinecittà ou des séries produites par la défunte SFP. C’est dire leur anachronisme repoussant. Ces « has been » n’ont pas récolté les quelques miettes de gratitude qu’on lance à la volée durant ces jours de recueillement. Le public n’a rien contre un peu de savoir-vivre et de culture, deux matières qui ne sont pas enseignées à l’école donc inutiles en société. L’ignorance prospère sur les écrans, elle coule même des jours heureux.

A l’annonce du décès de Geneviève Dormann, j’ai eu une envie pressante de relire cette hussarde à la voix profonde. Mission quasi-impossible. Même au cœur de Paris, dans la librairie de son éditeur Albin Michel ou chez les bouquinistes des quais de Seine, plus une trace de son œuvre. Houdini était passé par là. On me signalait toutefois la présence de l’un de ses romans à Saint-Denis de la Réunion. Dans l’Océan Indien, on n’oublie pas les dodos. Comment comprendre cette amnésie ? Il est vrai que seules les plumes en toc ont droit aux hommages officiels. L’impertinence, les sentiments amers et la belle écriture de cette journaliste comptent pour des prunes. De plus, elle avait eu le malheur d’être rattachée à un courant littéraire, les Hussards, qui, aux leçons de moraline, préférait l’impétuosité des Mousquetaires. Question de tempérament, de style. Le caractère de Geneviève explosait à la table de Pivot quand elle évoquait la carrière de Colette. « Les femmes naissent esclaves ou libres » lâchait-elle, satisfaite de cette formule expéditive qui claque le beignet des imposteurs. Elle avait été adoubée par le métier. Des certificats couronnaient son talent : Prix des Quatre-Jurys (Je t’apporterai des orages), Prix des Deux-Magots (Le Bateau du courrier), Grand Prix de la Ville de Paris (Fleur de péché), Grand Prix du roman de l’Académie française (Le Bal du dodo), Prix Kléber-Haedens (Le Roman de Sophie Trébuchet), Prix de la Biographie poétique (La Gourmandise de Guillaume Apollinaire) ou Prix Maurice-Genevoix (Adieu, phénomène). En 1959, elle avait fait son entrée dans le monde des lettres avec La Fanfaronne, un roman plein de grâce et d’abandon. « Les mots se mettent dans les souvenirs comme les mites dans un vêtement. Comme c’est vilain à voir, on remplace, on raccommode, on substitue. On dissimule une reprise sous une broderie » écrivait-elle. Des phrases comme ça nous pousseraient presque à prendre le premier avion pour Saint-Denis. Si longtemps après, la lecture d’un passage nous trouble, il en est de même avec certaines scènes de cinéma. Elles viennent perturber notre sommeil.

L’apparition d’Anita Ekberg fait partie des miracles felliniens. Dans la nuit romaine, nous entendons encore le son de sa voix, légèrement voilé par les jets de la Fontaine de Trevi. Elle appelle Marcello, elle supplie Marcello de la rejoindre. « Come here ! ». Qui peut résister à l’attraction de cette succube suédoise dans la Dolce Vita ? Cheveux blonds en cascade, épaules dénudées, seins conquérants, les années 60 avaient décidément le parfum du fruit défendu. Anita s’en est allée dans l’indifférence comme Corinne Le Poulain, incarnation de la française légère et désirable. Jolie frimousse, jeu virevoltant, sens inné de la comédie, Corinne en déshabillé de soie faisait merveille dans les séries télé d’après la crise du pétrole. Aux côtés de Georges Descrières, elle formait un couple passionné dans « Sam et Sally ». Geneviève, Anita, Corinne, merci pour ces moments !

 

 

 

 

L’Uni interdite de réunion à la fac de Nancy

8

nancy uni vial

La grande tradition de liberté d’expression sur le campus universitaires a-t-elle vécu ? Non, il ne s’agit pas là d’un article sur l’extension à l’Université de l’interdiction des signes religieux ostensibles qui est la règle depuis 2004 dans les établissements primaires et secondaires. Si ce n’est pas le cas, d’ailleurs, c’est parce que les étudiants qui la fréquentent sont pour la plupart majeurs, et donc des citoyens libres.

Pourtant, la présidence de l’Université de Nancy-Lorraine vient de prendre une décision pour le moins étonnante en interdisant la tenue d’une conférence organisée par un syndicat étudiant, l’UNI, laquelle devait avoir lieu jeudi 26 mars dans un amphithéâtre de la faculté de droit. Le conférencier prévu était Olivier Vial, qui préside son syndicat au niveau national. Mais hier, le doyen de la fac de droit a transmis, plutôt ennuyé, le mail de la Présidence de l’Université de Lorraine, qui lui ordonnait d’annuler la tenue de cette conférence, faisant valoir que : « Compte tenu de la période de réserve électorale qui est en vigueur du 1er mars au 29 mars 2015 et selon les recommandations du Cabinet de la Préfecture 54, il ne [lui] apparai[ssai]t pas concevable qu’un tel événement se tienne sur le domaine public universitaire. ». Le cabinet du Président de l’Université ajoute deux motifs à cette interdiction : le fait que l’UNI, sur son site internet, affiche sa volonté de proposer une alternative face à la gauche et que la description affichée de la conférence pose la question suivante : l’école est-elle manipulée par le pouvoir socialiste ?[1. Les deux passages sont soulignés dans cet article pour la bonne et simple raison qu’ils apparaissent surlignés en jaune dans le mail adressé au doyen de la faculté de droit. Cela ne s’invente pas.]Le courrier s’achève sur l’ardente obligation du doyen d’exécuter les ordres, dans la stricte application du principe de neutralité des services publics, passage encore souligné par le cabinet du Président. Ce matin, le cabinet envoie un mail à la section nancéienne de l’UNI confirmant qu’il a demandé au doyen de ne laisser se tenir un tel événement sur le campus universitaire, s’appuyant là encore sur la neutralité des services publics et la réserve électorale due à la campagne des élections départementales.

Le problème, c’est que, juridiquement, tout cela est bien fragile. Primo, à notre connaissance, la réserve électorale s’applique aux fonctionnaires mais pas aux bâtiments. Ainsi tout citoyen, lecteur de Causeur ou non, a eu l’occasion de se rendre à une réunion électorale dans un bâtiment public, école, mairie ou autre. Dans ces périodes, les pouvoirs publics encouragent même le prêt de salles afin que la campagne électorale puisse se tenir dans les meilleures conditions d’expression. En l’occurrence, le président de l’université pouvait et devait interdire au doyen d’assister à cette réunion (encore que, elle n’était pas, à proprement parler, « électorale ») mais en aucun cas lui demander d’interdire le prêt de l’amphi.

Deuxio, la neutralité des services publics a bon dos. Outre qu’elle s’oppose à la grande tradition universitaire de liberté d’expression évoquée plus haut, ajoutons que le nombre de réunions à connotation politique qui se tiennent chaque année sur les campus universitaires est impossible à chiffrer. L’UNI, ainsi que ses homologues bien plus à gauche en organisent un très grand nombre chaque année. Mais pas seulement. Des associations politiques privées du caractère officiellement représentatif de l’UNI peuvent tenir des réunions sur tout sujet. Pourquoi cette jurisprudence lorraine ? L’UNI souffrirait-elle d’une discrimination insoutenable ?

L’acharnement de la présidence de l’Université à se référer aux recommandations du cabinet du Préfet de Meurthe et Moselle  pose tout de même question. N’y-a-t-il eu aucune réunion politique dans des bâtiments publics en Meurthe-et-Moselle, ces dernier jours ? Lorsqu’on appelle le cabinet du préfet, une personne sympathique botte en touche,  nous renvoyant vers le chef de bureau de la prévention et de la sécurité, lequel se dit logiquement non-concerné par cette affaire et me renvoie… vers le directeur de cabinet du Préfet. Finalement, je parviens à contacter ce dernier, qui tombe des nues et me dit ne rien connaître à cette affaire. J’insiste en signalant que la présidence de l’université dit agir sur recommandation d’un organe qu’il dirige, mais il persiste et signe, m’indiquant qu’il « verrait ça avec la présidence de l’université ».

D’un coup, je me sens comme une sorte de Tullius Détritus dans le 54. Et c’est à ce moment-là qu’un collaborateur du président de l’université m’appelle pour me signaler qu’il vient de répondre à mon mail matinal. Finalement, la recommandation du cabinet du préfet ne concernait pas spécifiquement cette conférence mais toutes les réunions politiques en cette période électorale. Il me dit que deux autres événements ont été annulés pour les mêmes raisons dans la même période sur le campus dont une inauguration d’une bibliothèque à laquelle devait participer le président socialiste sortant du conseil général (Bizarre, il me précise bien que l’édile est socialiste…). Mais surtout, le mail indique que la conférence pourra se tenir sitôt les élections départementales achevées, lorsque la fameuse réserve électorale (nouvellement appliquée aux bâtiments) ne posera plus problème. À partir du 30 mars, Olivier Vial pourra donc aller briser la neutralité des services publics sans problème. Tout est bien qui finit bien, non ? À moins que le juge des référés n’oblige le président de l’Université de Lorraine à retourner sur les bancs de sa fac de droit.

*Photo : wikicommons.

 

Télévision, l’autre société pornographique

51

tv dropped lumet

Voilà sept ans que je n’ai plus la télé — sauf parfois le week-end, afin de m’assurer que ma décision était la bonne. Voilà vingt ans que je ne regarde plus TF1 — et M6 guère davantage. Là, je n’ai même pas besoin de vérifier.
Mais parfois je me branche, sur le Net, sur une chaîne d’informations en continu, pour avoir des nouvelles des guignols qui font l’info… Je ne suis pas encore mort, mais con-taminé quand même.
L’autre jour, donc, j’allume au hasard i-télé, et j’apprends en boucle (ah, le voyeurisme du désastre, ça a commencé, rappelez-vous, avec le 11 septembre où on aurait cru qu’une flotte d’avions percutait un nombre innombrable de tours jumelles) que des athlètes que par ailleurs j’estimais étaient morts dans un double accident d’hélicoptères en Argentine. « Dropped » — c’est le cas de le dire.
Un peu plus tard, j’ai appris que l’envoyé spécial de TF1 s’était fait filmer devant les carcasses encore fumantes des appareils. Quand je pense qu’un quidam qui montrerait ses fesses à la télé passerait pour indécent — faire de l’audience sur des cadavres calcinés, c’est quoi ? C’est de l’audience, coco.

Il y a bientôt quarante ans — en 1976 — Sidney Lumet sortait Network, un film exceptionnel sur l’univers de la télé (avec Peter « Bloody sunday » Finch, William « Wild bunch » Holden, Faye « Bonnie & Clyde » Dunaway, et Robert « Apocalypse now » Duvall — courez l’acheter !) où un présentateur vedette (Peter Finch, hallucinant, et qui décéda pendant la tournée de présentation du film, ce qui ne l’empêcha pas d’avoir un Oscar posthume) poussé à bout, piquait une sainte colère en direct en hurlant aux gens de se mettre à la fenêtre et de crier à leur tour « I’m as mad as hell and I’m not going to take this anymore ».

C’était il y a quarante ans, quand la télé n’était pas encore la poubelle qu’elle est devenue. L’idée était déjà bonne. Elle est aujourd’hui la seule qui vient quand on regarde ce que l’industrie du divertissement et du temps de cerveau disponible a fait d’un média qui jadis proposa des choses respectables. La merde n’est pas une fatalité : c’est le produit d’un système. Et ce système a un nom : il s’appelle Libéralisme.
Je sais, je sais, ça fait de la peine à certains habitués de ce blog — mais attendez un peu…
A priori, la télévision semble être une pioche ou une arme à feu : un outil dont le bon ou mauvais usage dépend de l’utilisateur. Les cow-boys de la NRA disent que ce n’est pas l’arme qui tue, mais le doigt qui appuie sur la gâchette. Oui — mais s’il n’y avait pas d’arme ?
D’autant que les médias sont un outil un peu particulier. Qui se souvient de Marshall McLuhan, le grand-prêtre de la Communication, qui écrivait, en 1964 : « En réalité et en pratique, le vrai message, c’est le médium lui-même, c’est-à-dire, tout simplement, que les effets d’un médium sur l’individu ou sur la société dépendent du changement d’échelle que produit chaque nouvelle technologie, chaque prolongement de nous-mêmes, dans notre vie ».
On se rappelle en général la formule centrale (« Le medium, c’est le message »), alors que l’expression qui compte, c’est « changement d’échelle » — ce qui fait d’un medium un outil un peu particulier.

Qui a lu ici « Le Marxisme et les problèmes de linguistique », une petite brochure signée par Staline himself que j’ai retrouvée pour vous ? Le petit père des peuples y explique benoîtement que la langue n’est pas une superstructure (idéologie), pas même une infrastructure, mais une base — l’outil dépourvu en soi de signification, le trésor commun dans lequel nous puisons pour exprimer notre opposition notre adhésion aux principes du socialisme soviétique.
Pipeau, dit McLuhan : tout médium (depuis l’oracle de Delphes jusqu’à l’ordinateur sur lequel je tape ces billevesées) est en soi le message, dès qu’il induit un changement d’échelle — dès que sa diffusion implique d’abord une conformité, et très vite un conformisme.
Le libéralisme, en transformant la culture bourgeoise du capitalisme version Adam Smith en « objets culturels » susceptibles d’être vendus (Fleur Pellerin s’est bien plus coulée en expliquant que le boulot d’un ministre de la Culture est de s’occuper desdits objets qu’en affichant son ignorance de Modiano) a opéré au cœur de ce « changement d’échelle » : la télévision en soi est devenue le message. Et ce qu’elle dit est tout simplement mortel.
Coup double : non seulement le téléspectateur consomme du programme, mais, publicité aidant, il consomme aussi ce qu’on lui vend avec ce programme. Coup triple en vérité : le divertissement (je rêve à ce que Pascal aurait dit de la télévision) est une fin en soi, non pour oublier notre condition mortelle, mais pour rester dans notre fauteuil au lieu de renverser les gouvernements et de pendre les banquiers, ce qui serait a priori le mouvement naturel, surtout quand les uns et les autres nous prennent pour des cons-ommateurs. On n’est plus « sage comme une image », on est sage grâce aux images. Nombre de parents installent une télé dans la chambre de leurs enfants pour les rendre dociles, et eux-mêmes sont matés dans leurs canapés par le flot de niaiseries qui dégouline des étranges lucarnes. Ce n’est pas même le contenu qui compte : c’est le flux en soi.

Rappelez-vous : un jour la télévision, qui du temps de l’ORTF connaissait chaque soir sa « fin des programmes » — et les écrans restaient noirs jusqu’au lendemain matin — a diffusé du n’importe quoi en continu. La nuit, on meuble — on respecte le quota d’œuvres « françaises » en utilisant des apprentis-comédiens pour lire des romans —, mais le jour, on meuble aussi (la répétition en boucle sur les chaînes d’information continue étant un modèle dans le genre). On meuble avec du spectacle — et on n’a même pas à se soucier de la qualité du spectacle : le spectacle en soi, c’est le rectangle de l’objet télévision (ou celui de l’ordinateur, à présent, et j’y succombe comme un autre). La télé, c’est la réalité. La seule. Du theatrum mundi baroque on est passé à la société du spectacle, et bientôt au spectacle du vecteur de spectacle. On est devant sa télé, et on attend que ça commence — mais ça ne commence jamais : ça coule. Et nous coulons avec, et Godot ne viendra jamais.

Alors, que l’on filme de la débilité certifiée ou du drame humain, que l’on diffuse de la chanson française ou du téléfilm américain, le résultat est le même. La télé est une bibliothèque infinie, où nous n’avons même plus à trier : tout s’avale successivement — comme sur les rayonnages d’Amazon, où les objets se suivent sans se ressembler, identifiés par un code barre. J’en connais qui l’ouvrent à sept heures du matin, et la ferment en se couchant — pour se vider la tête des soucis professionnels, arguent-ils : c’est bien de cela qu’il s’agit, on ne se remplit pas d’un medium, il nous vide. Du téléspectateur reste encore une forme humaine — mais l’intérieur est creux. Et comme l’a si bien dit Patrick Le Lay, on remplit ce vide avec Coca-Cola — le voilà, l’objet culturel ultime.

Etonnez-vous que les prédicateurs aient si peu de mal à glisser de la tentation de djihad dans ces cervelles décervelées ! Vidé par la télé, au lieu d’être encore soi, on devient un autre — et pas n’importe qui : crétin crédule ou criminel. Ou simplement une chose.

*Photo : wikicommons.

Villiers-le-Bel : l’hôpital Charles Richet débaptisé

60

charles richet racisme

À l’ombre des débats sur la fin de vie, on déterre certains cadavres. L’hôpital Charles Richet de Villiers-le-Bel a ainsi décidé de ne plus porter son nom. Motif : cet éminent médecin, Prix Nobel de médecine en 1913, vétéran de la Grande Guerre, professait l’eugénisme. Il plaidait pour l’élimination des enfants « tarés » et « anormaux », et les stérilisations forcées. Sa croyance dans l’existence d’une sélection naturelle chez les êtres humains s’accompagnait d’un racisme dont on trouve des perles dans un ouvrage, publié en 1919, au titre fort approprié, L’Homme stupide. Il estimait par exemple que « les écureuils et les singes sont bien au-dessus des nègres, dans la hiérarchie des intelligences. »

Par le passé, des voix s’étaient déjà élevées pour débaptiser l’hôpital de Villiers-le-Bel. Après avoir estimé pendant des décennies que les travaux scientifiques de Charles Richet dépassaient ses considérations eugénistes, et faisant valoir que des descendants du médecin furent membres de la Résistance, la direction de l’hôpital s’est ralliée à cette position, sous pression du directeur de l’AP-HP lui-même, Martin Hirsch. La municipalité lui a emboîté le pas, et un autre nom pour l’établissement est prévu d’ici la fin du mois de mars.

L’eugénisme de Charles Richet nous choque aujourd’hui, mais, comme tout sujet historique, il doit être remis dans son contexte. Il était le produit d’un courant très répandu en Europe du Nord, au début du XXe siècle. Ce sont les sociaux-démocrates scandinaves qui en furent les pionniers : la Suède vota dès 1922 la stérilisation des malades mentaux. Le Danemark fit de même en 1928. Le ministre danois de la Justice Karl Kristian Steincke, social-démocrate, affirmait qu’il s’agissait d’une mesure humaniste envers les « dégénérés », qui ne nuiraient plus à la société, et seraient débarrassés de leur fardeau.

En France, le courant eugéniste fut incarné par Charles Richet, et par un de ses collègues, médecin militaire comme lui, Alexis Carrel. Ce dernier, également Prix Nobel de médecine en 1912, voyait dans l’eugénisme une solution aux  problèmes sociaux, notamment grâce à l’euthanasie des malades mentaux. Il détailla son programme en 1934 dans son ouvrage L’homme, cet inconnu, traduit en près de trente langues, et vendu à des millions d’exemplaires dans le monde. « Pourquoi préservons-nous ces êtres inutiles et nuisibles ? L’anormal empêche le développement du normal », écrivait-il, ajoutant : « En Allemagne, le gouvernement a pris des mesures énergiques contre la multiplication des types inférieurs ». Il est vrai qu’à cette époque, le IIIe Reich planifiait l’extermination systématique des malades mentaux, et l’euthanasie généralisée pour les malades incurables, sous le nom de Gnadentod, « mort miséricordieuse ». Là aussi, les raisons s’affirmaient humanistes : « Il fallait mettre fin à l’existence indigne d’être vécue des malades mentaux », affirma, lors de son procès, Hans Lammers, médecin et chef de la chancellerie de 1933 à 1945.

Alexis Carrel avait déjà été épinglé post-mortem pour ses prises de positions. En 1996, l’université Lyon-I débaptisa la faculté de médecine portant son nom. Là encore, c’est une mobilisation d’associations veillant à la vertu, SOS-Racisme en tête, qui entraîna cette décision. En revanche, un des plus chauds partisans d’Alexis Carrel et de ses propositions eugénistes, le biologiste Jean Rostand, dispose encore de lycées et d’hôpitaux à son nom. Sans doute son militantisme contre l’arme nucléaire et pour l’avortement dans l’après-guerre le rendent-ils plus fréquentable que ses confrères Richet et Carrel.

La prise de conscience de l’histoire eugéniste et raciste des démocraties occidentales est une chose. Elle doit être encouragée et enseignée. Toutefois, la tendance à purger le passé est inquiétante. Outre que l’anachronisme, le jugement a posteriori, selon les critères du présent, est une impasse intellectuelle, on ne voit pas très bien où s’arrêterait la limite de ce tri citoyen. Faudra-t-il débaptiser les lycées aux noms es révolutionnaires Danton et Carnot ? Après tout, le premier ferma les yeux sur les massacres de Septembre 1792, et le second, membre du Comité de Salut Public, joua un grand rôle dans la Terreur et la répression des Vendéens. Faudra-t-il effacer toute trace de Jules Ferry pour son « droit des races supérieures vis-à-vis des races inférieures » ? Si cet éloge de la colonisation est à punir, alors il faut faire de même pour Léon Blum, qui affirmait « le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture. » À ce rythme-là, la liste sera longue. Plutôt que de débaptiser, instruire et éduquer sont de meilleures options. Pour pouvoir assumer sereinement et lucidement le passé, tout le passé. « De Clovis au Comité de salut public, j’assume tout », disait Napoléon. Vous savez, celui qui a rétabli l’esclavage en Haïti, et mis l’Europe à feu et à sang. Citons-le encore, tant qu’il nous l’est permis.

Photo : wikicommons.

Lettre ouverte à Najat Vallaud-Belkacem

46

najat vallaud belkacem ecole

Madame la ministre,

Vous venez d’annoncer une réforme du collège qui était bien nécessaire — car quoi qu’ait pu dire jadis Segolène Royal, le collège est bien le maillon faible, après une école primaire qui n’apprend plus à lire et à écrire à tout le monde et avant le lycée où fort heureusement les savoirs savants ne sont plus à l’ordre du jour. Il était temps, d’ailleurs, que la réforme de Luc Chatel descende vers l’amont, si je puis dire, et que la Gauche prouve enfin qu’elle peut faire aussi bien que la Droite. Ce qui arrive depuis deux ans en Classes préparatoires est très en dessous du niveau requis : mais qui a encore besoin de classes prépas ? Vous avez l’université entre vos mains désormais depuis que la regrettée Geneviève Fioraso est allée passer la maîtrise d’économie qui lui manquait. Pensez à la mettre sur les bons rails où elle est déjà.

Mais le collège ! Quelle occasion manquée ! Certes, l’idée de commencer une seconde langue dès la Cinquième en finançant cet enseignement par les heures de première langue supprimées en Quatrième et en Troisième — nous n’avons aucun besoin de savoir l’anglais mieux que François Hollande. Et puis cette initiative assèchera la demande pour les classes bilingues ou européennes, ces refuges de l’élitisme bourgeois. Notez bien que du coup tous ces enfants des classes favorisées, et pas mal d’autres aussi, se tourneront vers le privé, y compris ce privé confessionnel que vos amis appellent de leurs vœux, vu que l’Islam n’est pas assez présent en France. À terme, cela permettra peut-être de se débarrasser de ce fardeau immense qu’est l’Education Nationale : pensez, vous pourriez être la dernière ministre du Mammouth ! La classe !

Comme vous l’avez dit vous-même, les apprenants s’ennuient à l’école, et il faut mettre enfin du divertissement dans les vieux murs des collèges — demander par exemple à Gad Elmaleh d’enseigner l’économie, et particulièrement l’économie souterraine, ou à Jean-Noël Guérini le tri citoyen des déchets ménagers : ce seraient des numéros de clowns fort appréciés des élèves. Ça, ce serait du concret — la descente dans l’ordure !

Quant à la transdisciplinarité… Enfin ! Cinq misérables heures par semaine en moyenne ! Je comprends la colère du patron du SNPDEN, le surdoué Philippe Tournier ! Seuls 20% de l’emploi du temps sont aménageables au gré des fantaisies de « l’équipe pédagogique », cet admirable concept ! C’est la totalité qu’il fallait bouleverser. C’est l’ensemble des cours qu’il fallait rendre ludiques et interdisciplinaires ! Faire officier en même temps les enseignants de Français et de Maths, avec une petite expérience amusante organisée par le prof de Physique-Chimie — le tout en anglais ! Et briser l’espace-classe — consacrer enfin le couloir comme espace pédagogique, ce qu’il est déjà, je vous le fais remarquer ! Ouvrir le collège sur la vraie vie — j’ai dans mon quartier bon nombre de petits dealers que l’on pousserait certainement à la réhabilitation si on les laissait officiellement pénétrer dans un collège où ils sont déjà installés, puisqu’ils y recrutent leurs fourmis et y écoulent leurs produits 100% naturels. De l’herbe ! Voilà de quoi séduire et ramener à vous les élus d’EELV !

C’est la notion même de « prof » qu’il fallait déboulonner ! Qu’est-ce qu’ils se croient, ceux-là, sous prétexte qu’ils ont passé un concours ! Tout le monde peut devenir enseignant ! Notez que la primarisation galopante que vous mettez en place participe quelque peu de cette entreprise de démolition salutaire. Mais pourquoi l’arrêter à la Sixième ? De toute façon, vous allez bientôt recruter n’importe qui pour faire le job, puisque plus personne ne veut s’y risquer pour gagner des clopinettes. Mais enfin, ils ont les vacances, n’est-ce pas…
Pour leur apprendre à rester à leur place (au fond de la classe et devant le distributeur de cafés de la salle des profs), il fallait faire entrer massivement dans les établissements les parents qui y campent de toute façon, et leur donner la charge pédagogique à laquelle ils aspirent — afin de mieux préparer les enfants aux rigueurs de la vie sociale. Un cours sur les meilleures blagues entendues en faisant la queue à Pôle Emploi dériderait l’atmosphère !
De même, vous n’avez rien annoncé concernant la vie du collège. Certes, les redoublements sont désormais à peu près impossibles, mais vous avez maintenu les notes, au grand dam du merveilleux président de la FCPE, l’inoubliable Paul Raoult, qui a pourtant votre oreille. À quoi pensiez-vous ?

Enfin, tout cela ne se mettra en place qu’à la rentrée 2016, sous prétexte que les DHG (Dotations Horaires Globales) sont déjà expédiées. Mais c’est là qu’il fallait faire preuve d’originalité ! Les chefs d’établissement, sous la houlette de leur syndicat-godillot majoritaire, n’auraient pas rechigné à chambouler toute l’organisation ! Parce que d’ici 2016, il peut s’en passer, des choses ! Pensez, vos demi-mesures risquent fort d’inciter les hésitants à voter définitivement FN, dès la fin du mois. Vous me direz que c’est justement cela, le plan : créer les conditions d’accession au pouvoir de Marine Le Pen, dont vous êtes, ainsi que l’ensemble du gouvernement, le sous-marin fidèle. Je suis vraiment stupide de ne pas y avoir pensé !

*Photo : EREZ LICHTFELD/SIPA/SIPA. 00699717_000009.

Press leaks made in Germany

16

press leaks allemagne

Après Julian Assange, Edward Snowden pour les « leaks » politiques mondiaux, le Swissleaks de Hervé Falciani sur HSBC, nous avons aujourd’hui un énorme « pressleaks » en Allemagne, en la personne du Dr. Udo Ulfkotte, 53 ans, qui a collaboré pendant dix-huit ans ans au plus prestigieux quotidien Allemand, la FAZ (Frankfurter Allgemeine Zeitung), jusqu’à en être le rédacteur en chef. Ulfkotte fut également Conseiller du Chancellier Kohl. En 2003, il est distingué par le prix de la Fondation Annette Barthelt.

Dans un témoignage, Gekaufte Journalisten (Journalistes achetés), il révèle les noms de ses collègues les plus célèbres en Allemagne, instrumentalisés par les services de renseignements américains et allemands. Ulfkotte estime que l’Allemagne est une « colonie américaine ». Il affirme avoir été manipulé comme les autres. Aujourd’hui, il se repent et déclare « avoir honte d’avoir fait partie de ce système de corruption ». Malgré l’omerta sur son témoignage,  le livre est un bestseller.  » Aucun journaliste est autorisé à parler de mon livre au risque de se faire virer. Nous avons donc un bestseller, sur lequel les mainstreams n’ont ni l’autorisation d’écrire, ni l’autorisation de parler. » lance-t-il à la télévision Russe, RT.

Ulfkotte estime, que le but des services secrets est de conduire les nations vers la guerre et que la corruption de journalistes d’informations majeurs en Occident est une routine pour la CIA. Parmi les « histoires » que le Dr. Ulfkotte devait écrire sur ordre, on trouvait la légende selon laquelle que le Colonel Kadhafi construisait des usines de poison. Il déclare également avoir vu de ses propres yeux l’utilisation de gaz contre les Iraniens par Saddam Hussein, durant la guerre Iran-Irak. Les responsables éditoriaux de l’époque n’étaient pas intéressés par ce scio, parce que l’Irak était alliée des USA. L’ancien journaliste estime être mieux placé que quiconque pour dénoncer ce système, n’étant pas marié, n’ayant pas d’enfants qui pourraient être mis en danger par ses révélations. « Lorsque j’ai confié à mon journal, la FAZ, que j’allais publier mon livre, leurs avocats me menacèrent, en me disant je devrai en tirer toutes les conséquences, surtout si je publiais des noms ou des secrets, mais je m’en fiche. Vous voyez, je n’ai pas d’enfants à me soucier. Vous devez aussi savoir que j’ai été gravement blessé durant les attaques au gaz dont j’ai été témoin en Iran en 1988. Je suis le seul journaliste allemand qui a survécu à ces attaques au gaz. J’en souffre toujours. J’ai été victime de trois attaques cardiaques. Je ne pense pas vivre plus de quelques années. » Il regrette d’avoir « menti » aux lecteurs toutes ces années.

Et Ulfkotte d’enchérir :« J’ai publié des articles sous ma signature rédigés par les agents de la CIA et autres services secrets, en particulier les services allemands. » Ulfkotte décrit les cajoleries et la corruption dont il a fait l’objet par la CIA et autres services de renseignements alliés, dans le but de faire avancer leurs agendas politiques. Ulfkotte raconte que des organisations proches du gouvernement offrent des voyages tous frais compris aux journalistes. En contrepartie, il est exigé d’eux, d’écrire favorablement sur leurs « sponsors ». Il revient sur le gazage des Iraniens dont il a été témoin dans les années 80 et précise: « Ils m’ont demandé que je remette les photos que j’ai prises à l’association allemande des compagnies chimiques à Francfort – Verband der Chemischen Industrie -. Ce poison qui a tué tant d’Iraniens était made in Germany. »

Dans son livre La CIA et les médias, le reporter du Watergate, Carl Bernstein cite le témoignage de William B. Bader, ancien officier de la CIA, devant le Comité d’investigation du Sénat: « D’étonnantes relations sont en vigueur. Vous n’avez pas besoin de manipuler Time Magazine par exemple, car au niveau de la direction sont déjà installés des agents de la CIA. » Voici ce que Bernstein écrit: « La relation de l’agence avec le Time était la plus viable parmi les journaux, selon les officiels de la CIA. De 1950 à 1966, ce sont environ dix employés de la CIA qui fournirent au Time des couvertures approuvées par l’éditeur Arthur Hays Sulzberger. Les arrangements sur les couvertures faisaient partie de la politique générale du Time, mise en place par Sulzberger, qui consistait à porter assistance à la CIA dès que c’était possible. » Plusieurs décennies après Bernstein, l’Allemand Ulfkotte apporte à son tour son lot de révélations.

Ulfkotte a dernièrement soutenu Pegida. Pas étonnant que les « marcheurs » de Pegida, dans toute l’Allemagne, scandent sans cesse : « Lügenpresse ! » Presse menteuse… Son courageux éditeur, Kopp, déclare qu’aucune personnalité n’a encore porté plainte contre lui. Mais Ulfkotte précise : « Je souhaite qu’ils portent plainte car, tout sera alors déballé devant la justice et porté à la connaissance du public »

Combien de journalistes, chez nous, en France, font l’objet de cette corruption ? Libération publiait récemment un article sur les « leakers », estimant qu’ils devaient être protégés pour révéler au grand public les coulisses obscures de la politique ou de la finance. Écriraient-ils la même chose, si l’un des leurs révélait leurs turpitudes ? Et bien le voici, c’est le Dr. Udo Ulfkotte ! On pariera que si le livre paraît en France, Libération le passera sous un épais silence.

*Photo : wikicommons.

Dolce & Gabbana: éloge de la mamma

321

Dolce & Gabbana GPA« La seule famille qui existe est la traditionnelle. Pas de progéniture artificielle ou d’utérus en location : la vie coule de son propre flot, il y a des choses qui ne devraient pas être changées ». Frigide Barjot ? Eric Zemmour ? Ou encore Michel Onfray, dans un scandaleux et énième tressautement réactionnaire ? Non, Domenico Dolce et Stefano Gabbana, tandem emblématique de la grande maison italienne Dolce & Gabbana, par ailleurs en couple dans la vraie vie jusqu’en 2005.

La bombe a été larguée dans un entretien accordé au journal italien Panorama ce 12 mars 2015. Loin des discours relativistes qui théorisent sur les liens du cœur et « la famille qu’on se choisit », les deux compères font l’éloge du sang et rappellent en outre que « la famille n’est pas une mode passagère, mais un sentiment d’appartenance surnaturel ».

Ces propos, qui ne sont pas sans rappeler ceux de Guido Barilla en 2013, ont fait bondir les associations militantes. Le site LGBT Italia News a, le premier, vivement réagi par une longue lettre et un appel au boycott relayé par le hashtag #BoycottDolceGabbana.

La poudre est jetée, le feu commence à prendre, le scandale est imminent et même Elton John s’est empressé d’annoncer sur Instagram qu’il ne porterait plus jamais de vêtements de la marque, escorté et soutenu par d’autres célébrités telles que Courtney Love et Victoria Beckham.

Il y a quelques jours déjà, à l’occasion de la Semaine de la Mode de Milan, le défilé Dolce & Gabbana avait fait grincer quelques dents : à notre époque de femmes sans utérus, la maternité y était scandaleusement mise à l’honneur. Ce fut une procession de mannequins vestales portant des nouveau-nés dans leurs bras frêles et de belles robes brodées des mots « Je t’aime Maman ». Bianca Balti, magistrale et féline égérie de la marque, y faisait elle-même parader sa grossesse rayonnante.

Cela n’avait pas été du goût de tout le monde. Peu après, dans LePlus de l’Obs par exemple, Charlotte Barbaza s’inquiétait. Rappelant à juste titre que la place de jeunes bambins n’était peut-être pas sous le feu des projecteurs et des regards observateurs, elle critiquait le tournant réactionnaire opéré par le tandem : un défilé à son goût un peu « sexiste », probablement « conservateur », en tout cas « gênant ».

Renvoyer la femme à l’une de ses facettes les plus naturelles, et par là-même l’une des plus épanouissantes, en effet, quelle provocation !

Quelle provocation aussi, de la part des deux inséparables créateurs, que de marteler à longueur d’entretiens et de créations leur immense respect pour la figure maternelle. « Je ne peux imaginer mon enfance sans ma maman. Je pense aussi qu’il est cruel d’arracher un bébé à sa mère », clamait il y a peu Stefano Gabbana, qui se dit farouchement opposé à la gestation pour autrui (GPA), tandis que Domenico Dolce reconnaissait n’être « pas convaincu » par ceux qu’il nomme « les enfants de la chimie » ou encore « les enfants synthétiques » produits par des méthodes artificielles.

Ce qu’il faut retenir, dans les propos de nos deux Italiens, ce n’est pas tant l’allégeance à la famille traditionnelle (hautement contestable tant ses fondations patriarcales sont strictement culturelles) que celle faite aux liens du sang et à sa figure éternelle trop souvent malmenée par la modernité : la mère. Car les liens du sang, c’est elle.

« Mère sûr, père pas sûr », répète la sagesse populaire comme on martèle un aveu de la nature. « Maman », répète et balbutie l’enfant à peine investi du pouvoir de la parole, se nichant contre le sein de celle qui est la source de tous bonheurs et de tous maux.

La première femme de la vie d’un homme, celle qui donnera son visage à toutes les autres, qui forgera par son amour et son désamour l’adroit ou l’écroulé, le sain ou l’infirme, le magnanime ou le tortionnaire.

La première femme de la vie d’une femme, celle qui élève ou flétrit les féminités naissantes, condamne à l’ombre ou à la lumière les destinées des jeunes pousses dont elle a la charge.

Initiatrice des rêves et des cauchemars, gardienne des mondes, source potable ou toxique, Eve, Folcoche ou Amalthée, de son vrai nom : Maman.

C’est une mystérieuse histoire qui commence avant même la venue au monde, c’est un sanctuaire silencieux dans lequel nul ne saurait s’introduire sans danger.

Et c’est cela que Dolce & Gabbana sont venus répéter à ceux qui croyaient pouvoir l’oublier. Ils sont la mauvaise conscience d’une société qui ne veut pas qu’on discute de son égoïsme sur la place publique, qui aimerait qu’on la laisse faire ses bêtises en feignant de n’avoir rien vu et qui fustige ceux qui viennent poser les doigts sur ses hématomes.

Car notre société n’aime pas les mères, bien qu’elle s’en défende. Elle n’aime pas les mères car elle n’aime pas la nature et les liens du sang.

Elle n’aime pas ce qui lui paraît injuste car en bonne coquille vide, elle n’a ni Dieu ni ciel pour lui expliquer le pourquoi des choses.

Naturellement, elle déteste le destin, alors il va sans dire qu’elle hait de toutes ses forces la maternité, ce fleuve qui suit sa route sans dévier de son cours.

A l’heure où tant de femmes peinent à concilier tous les rôles que la société les somme d’endosser, hallelujah ! La mère est sans égaux et sans rivaux. C’est Dolce & Gabbana qui vous le dit.

A une époque où les mères sont arrachées à leurs nouveau-nés après 4 mois de congé maternité afin que des inconnues puissent s’occuper d’eux et que les premières puissent retourner gentiment gagner leur croûte, merci, enfin, de remettre cette figure sur le piédestal dont elle a été sauvagement chassée. Le ciel vous le rendra en mille.

Le vent tourne, la nature reprend ses droits et la mode s’incline. Dolce & Gabbana prend le large et se démarque de la morale « progressiste » en vigueur dans les sphères artistiques. Nul doute que ces propos bienvenus feront tempête. Peut-être coûteront-ils même assez cher à l’illustre maison, qui s’empressera dans les jours qui viennent d’arrêter l’hémorragie, par un communiqué consensuel ou par le silence médiatique. Mais ils permettront au moins d’instiller un peu de nature, de sagesse et d’air frais là où il n’y a qu’efficience, civilisation, béton et néons urbains.

*Photo : Antonio Calanni/AP21416581_000005

Éloge de la transition

24
pascal chabot age transitions

pascal chabot age transitions

Ouvrir la boîte noire de la conscience, disséquer les violences de notre quotidien consumériste, est une des grandes idées de la bien-pensance écologiste dont le tenant est cet homme nouveau que Michel Serres a baptisé « Petite Poucette » et qui sauvera tout, d’après le philosophe, grâce à un usage intelligent et révolutionnaire des nouvelles technologies. Pascal Chabot, dans L’Âge des Transitions, s’empresse de préciser que cette rêverie n’est plus dans l’air du temps. La grande nouveauté du XXème siècle et a fortiori du XXIème, c’est que la révolution y est devenue impossible. Notre monde est de plus en plus immatériel, constitué de flux; les idéologies qui poussaient autrefois les hommes sur les barricades ne les entraînent guère plus que dans les rues, pacifiquement munis d’affichettes. Fini les révolutions, bonjour les « transitions ». Coup d’Etat édulcoré, bouleversement doux, la « transition » est d’abord la manifestation d’un désir, celui d’arracher son destin – pour un peuple, un groupe ou un individu – aux griffes de la machine aveugle postmoderne. En rendant au désir sa place centrale, la « transition » pourrait se définir comme le modèle même du changement consenti, positif, et surtout indolore. Sous cet angle, on comprend que « transition » ait été désigné comme le mot de 2014 par le jury du « Festival du mot ». Des Printemps arabes aux publicités de la marque Lu, les faiseurs d’opinion et de consommateurs n’ont de cesse d’appeler à « ouvrir le champ des possibles ». Le capitalisme, ou comment avoir l’impression de changer le monde en mangeant des petits beurres…

Toutefois, au-delà de cette poudre aux yeux, de vraies transitions sont possibles : là où les hommes osent adopter une attitude subversive, ambivalente et teintée de cynisme vis à vis du système-monde qu’ils peuplent et nourrissent. Les individus engagés sur la voie de la transition, que celle-ci soit économique, écologique ou démographique, sont conscients mais pas fous. Conscients, par exemple, que leur « empreinte carbone » n’est pas seulement un concept abstrait brandi par l’écologie politique, mais pas prêts pour autant à renoncer à leurs déplacements et à leur mode de vie. Nous vivons des temps, dit Pascal Chabot, où le cours de l’existence est comme suspendu et c’est donc l’occasion de se le réapproprier. Il s’agit de chercher l’équilibre entre conscience et culpabilité, de se préparer un avenir moins pesant sans renoncer au confort du présent ni blâmer les acquis du passé. Appliquant ces principes aux champs énergétique, démographique et démocratique, L’Âge des transitions dégage les horizons sans hypocrisie ni fausses promesses, refusant le catastrophisme comme l’angélisme prométhéen.

Le réalisme, ainsi, est bien la condition sine qua non de la transition écologique, rendue nécessaire par l’épuisement – réel mais calculé – des hydrocarbures. L’homme a envers la nature une attitude de prédation, son existence implique la consommation de son propre environnement : rien que pour sa survie, des animaux naissent et meurent dans les mêmes cages. Le savoir suffit à en refuser les excès. Notre cécité est illustrée à la perfection par l’exemple du pétrole : qui se figure qu’il injecte dans le moteur de sa voiture des animaux et des végétaux du jurassique en putréfaction ?

En politique, on ne le sait que trop, la transition porte en elle le risque qu’une régression se substitue au progrès désiré. Chaque transition  est un écosystème fragile et non reproductible : la démocratie, à ce titre, n’est pas un bien occidental exportable partout. Quant à la transition démographique, que nous voyons depuis l’Occident à travers notre peur des foules et de l’envahissement, elle est l’illustration du remplacement de l’ancienne distinction colon/colonisé par la différence entre rentiers du progrès et laissés pour compte.

C’est finalement parce qu’il est impossible de renverser l’ordre établi d’un monde mou que les transitions s’imposent comme seuls changements envisageables et la seule révolution possible consiste à prendre le mot dans son sens premier : un déplacement. Celui de notre regard qui doit refuser les horizons fantasmés et accepter cette nouvelle réalité.

Pascal Chabot, L’âge des transitions, PUF.

L'âge des transitions

Prix: 16,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 16,00 €

*Photo : wikicommons.

Manchette : Classicisme et lutte de classes

2
jean patrick manchette

jean patrick manchette

Récemment l’ami Jérôme m’a demandé tout à trac si une Série noire avait changé ma vie. Sans aucun doute possible, c’est Le Petit Bleu de la côte Ouest de Jean-Patrick Manchette. (SN n° 1 714, janvier 1977.)

Sans avoir jamais entendu parler de l’auteur, je me suis précipité pour acheter Le Petit Bleu après que j’en avais lu une recension élogieuse dans Rock & Folk. J’y ai d’abord découvert qu’on devait utiliser l’indicatif après la locution conjonctive « après que », et non pas le subjonctif. Cela suffit-il à changer une vie ? Pas tout à fait.[access capability= »lire_inedits »]

Je ne vais pas vous raconter le livre. Je vais simplement essayer de vous appâter avec quelques extraits de la première page. Laquelle débute ainsi : « Et il arrivait parfois ce qui arrive à présent : Georges Gerfaut est en train de rouler sur le boulevard périphérique intérieur. »

On apprend quelques lignes plus tard que « Georges Gerfaut est un homme de moins de quarante ans. Sa voiture est une Mercedes gris acier. Le cuir des sièges est acajou, et de même l’ensemble des décorations intérieures de l’automobile. L’intérieur de Georges Gerfaut est sombre et confus, on y distingue vaguement des idées de gauche. »

Et ça finit comme ça : « La raison pour laquelle Georges file ainsi sur le périphérique avec des réflexes diminués et en écoutant cette musique-là, il faut la chercher surtout dans la place de Georges dans les rapports de production. Le fait que Georges a tué au moins deux hommes au cours de l’année n’entre pas en ligne de compte. Ce qui arrive à présent arrivait parfois auparavant. »

S’ensuit une histoire pleine de marxisme, ce qui pourrait vous laisser indifférent, s’il n’était irrigué de bruit, de fureur, et de morts violentes – y compris celle du nouveau roman, exécuté en deux cents pages par le style classiciste de Manchette et sa ferveur narrative. Marx oui, mais cloné sur Retz et Dumas : on ne peut pas intelligemment raconter l’histoire de ce siècle si on ne sait pas raconter joliment des histoires.

La lecture et la relecture du Petit Bleu accompagneront mon glissement progressif du militantisme fun et parfois violent vers l’armchair marxism, qui constitue aujourd’hui mon fond de doxa. Marxisme de fauteuil, cela veut notamment dire qu’en politique je n’essaie plus depuis longtemps de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit. Mais si je peux vous convaincre de lire Jean-Patrick Manchette, alors je serai ravi.[/access]

Le petit bleu de la côte Ouest

Prix: 8,10 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 3,17 €

*Photo : LIDO/SIPA. 00383186_000001.

Nécro Spiritual

10
anita ekberg dormann

anita ekberg dormann

Elles nous ont quittés en ce début d’année. Dans l’anonymat le plus complet. Un entrefilet dans la presse écrite, une image furtive au JT, une disparition sur la pointe des pieds. Les médias d’habitude si prompts à panthéoniser à tout-va avaient oublié jusqu’à leur nom. Branle-bas dans les rédactions qui ont des mémoires de poissons rouges. En dehors de l’actualité du jour, point de salut. Au fait, qui se souvient de ces femmes jadis célèbres ? Visiblement, personne. Elles ont écrit des livres qui ne sont plus réédités, tourné des films en noir et blanc dans les studios de Cinecittà ou des séries produites par la défunte SFP. C’est dire leur anachronisme repoussant. Ces « has been » n’ont pas récolté les quelques miettes de gratitude qu’on lance à la volée durant ces jours de recueillement. Le public n’a rien contre un peu de savoir-vivre et de culture, deux matières qui ne sont pas enseignées à l’école donc inutiles en société. L’ignorance prospère sur les écrans, elle coule même des jours heureux.

A l’annonce du décès de Geneviève Dormann, j’ai eu une envie pressante de relire cette hussarde à la voix profonde. Mission quasi-impossible. Même au cœur de Paris, dans la librairie de son éditeur Albin Michel ou chez les bouquinistes des quais de Seine, plus une trace de son œuvre. Houdini était passé par là. On me signalait toutefois la présence de l’un de ses romans à Saint-Denis de la Réunion. Dans l’Océan Indien, on n’oublie pas les dodos. Comment comprendre cette amnésie ? Il est vrai que seules les plumes en toc ont droit aux hommages officiels. L’impertinence, les sentiments amers et la belle écriture de cette journaliste comptent pour des prunes. De plus, elle avait eu le malheur d’être rattachée à un courant littéraire, les Hussards, qui, aux leçons de moraline, préférait l’impétuosité des Mousquetaires. Question de tempérament, de style. Le caractère de Geneviève explosait à la table de Pivot quand elle évoquait la carrière de Colette. « Les femmes naissent esclaves ou libres » lâchait-elle, satisfaite de cette formule expéditive qui claque le beignet des imposteurs. Elle avait été adoubée par le métier. Des certificats couronnaient son talent : Prix des Quatre-Jurys (Je t’apporterai des orages), Prix des Deux-Magots (Le Bateau du courrier), Grand Prix de la Ville de Paris (Fleur de péché), Grand Prix du roman de l’Académie française (Le Bal du dodo), Prix Kléber-Haedens (Le Roman de Sophie Trébuchet), Prix de la Biographie poétique (La Gourmandise de Guillaume Apollinaire) ou Prix Maurice-Genevoix (Adieu, phénomène). En 1959, elle avait fait son entrée dans le monde des lettres avec La Fanfaronne, un roman plein de grâce et d’abandon. « Les mots se mettent dans les souvenirs comme les mites dans un vêtement. Comme c’est vilain à voir, on remplace, on raccommode, on substitue. On dissimule une reprise sous une broderie » écrivait-elle. Des phrases comme ça nous pousseraient presque à prendre le premier avion pour Saint-Denis. Si longtemps après, la lecture d’un passage nous trouble, il en est de même avec certaines scènes de cinéma. Elles viennent perturber notre sommeil.

L’apparition d’Anita Ekberg fait partie des miracles felliniens. Dans la nuit romaine, nous entendons encore le son de sa voix, légèrement voilé par les jets de la Fontaine de Trevi. Elle appelle Marcello, elle supplie Marcello de la rejoindre. « Come here ! ». Qui peut résister à l’attraction de cette succube suédoise dans la Dolce Vita ? Cheveux blonds en cascade, épaules dénudées, seins conquérants, les années 60 avaient décidément le parfum du fruit défendu. Anita s’en est allée dans l’indifférence comme Corinne Le Poulain, incarnation de la française légère et désirable. Jolie frimousse, jeu virevoltant, sens inné de la comédie, Corinne en déshabillé de soie faisait merveille dans les séries télé d’après la crise du pétrole. Aux côtés de Georges Descrières, elle formait un couple passionné dans « Sam et Sally ». Geneviève, Anita, Corinne, merci pour ces moments !

 

 

 

 

L’Uni interdite de réunion à la fac de Nancy

8
nancy uni vial

nancy uni vial

La grande tradition de liberté d’expression sur le campus universitaires a-t-elle vécu ? Non, il ne s’agit pas là d’un article sur l’extension à l’Université de l’interdiction des signes religieux ostensibles qui est la règle depuis 2004 dans les établissements primaires et secondaires. Si ce n’est pas le cas, d’ailleurs, c’est parce que les étudiants qui la fréquentent sont pour la plupart majeurs, et donc des citoyens libres.

Pourtant, la présidence de l’Université de Nancy-Lorraine vient de prendre une décision pour le moins étonnante en interdisant la tenue d’une conférence organisée par un syndicat étudiant, l’UNI, laquelle devait avoir lieu jeudi 26 mars dans un amphithéâtre de la faculté de droit. Le conférencier prévu était Olivier Vial, qui préside son syndicat au niveau national. Mais hier, le doyen de la fac de droit a transmis, plutôt ennuyé, le mail de la Présidence de l’Université de Lorraine, qui lui ordonnait d’annuler la tenue de cette conférence, faisant valoir que : « Compte tenu de la période de réserve électorale qui est en vigueur du 1er mars au 29 mars 2015 et selon les recommandations du Cabinet de la Préfecture 54, il ne [lui] apparai[ssai]t pas concevable qu’un tel événement se tienne sur le domaine public universitaire. ». Le cabinet du Président de l’Université ajoute deux motifs à cette interdiction : le fait que l’UNI, sur son site internet, affiche sa volonté de proposer une alternative face à la gauche et que la description affichée de la conférence pose la question suivante : l’école est-elle manipulée par le pouvoir socialiste ?[1. Les deux passages sont soulignés dans cet article pour la bonne et simple raison qu’ils apparaissent surlignés en jaune dans le mail adressé au doyen de la faculté de droit. Cela ne s’invente pas.]Le courrier s’achève sur l’ardente obligation du doyen d’exécuter les ordres, dans la stricte application du principe de neutralité des services publics, passage encore souligné par le cabinet du Président. Ce matin, le cabinet envoie un mail à la section nancéienne de l’UNI confirmant qu’il a demandé au doyen de ne laisser se tenir un tel événement sur le campus universitaire, s’appuyant là encore sur la neutralité des services publics et la réserve électorale due à la campagne des élections départementales.

Le problème, c’est que, juridiquement, tout cela est bien fragile. Primo, à notre connaissance, la réserve électorale s’applique aux fonctionnaires mais pas aux bâtiments. Ainsi tout citoyen, lecteur de Causeur ou non, a eu l’occasion de se rendre à une réunion électorale dans un bâtiment public, école, mairie ou autre. Dans ces périodes, les pouvoirs publics encouragent même le prêt de salles afin que la campagne électorale puisse se tenir dans les meilleures conditions d’expression. En l’occurrence, le président de l’université pouvait et devait interdire au doyen d’assister à cette réunion (encore que, elle n’était pas, à proprement parler, « électorale ») mais en aucun cas lui demander d’interdire le prêt de l’amphi.

Deuxio, la neutralité des services publics a bon dos. Outre qu’elle s’oppose à la grande tradition universitaire de liberté d’expression évoquée plus haut, ajoutons que le nombre de réunions à connotation politique qui se tiennent chaque année sur les campus universitaires est impossible à chiffrer. L’UNI, ainsi que ses homologues bien plus à gauche en organisent un très grand nombre chaque année. Mais pas seulement. Des associations politiques privées du caractère officiellement représentatif de l’UNI peuvent tenir des réunions sur tout sujet. Pourquoi cette jurisprudence lorraine ? L’UNI souffrirait-elle d’une discrimination insoutenable ?

L’acharnement de la présidence de l’Université à se référer aux recommandations du cabinet du Préfet de Meurthe et Moselle  pose tout de même question. N’y-a-t-il eu aucune réunion politique dans des bâtiments publics en Meurthe-et-Moselle, ces dernier jours ? Lorsqu’on appelle le cabinet du préfet, une personne sympathique botte en touche,  nous renvoyant vers le chef de bureau de la prévention et de la sécurité, lequel se dit logiquement non-concerné par cette affaire et me renvoie… vers le directeur de cabinet du Préfet. Finalement, je parviens à contacter ce dernier, qui tombe des nues et me dit ne rien connaître à cette affaire. J’insiste en signalant que la présidence de l’université dit agir sur recommandation d’un organe qu’il dirige, mais il persiste et signe, m’indiquant qu’il « verrait ça avec la présidence de l’université ».

D’un coup, je me sens comme une sorte de Tullius Détritus dans le 54. Et c’est à ce moment-là qu’un collaborateur du président de l’université m’appelle pour me signaler qu’il vient de répondre à mon mail matinal. Finalement, la recommandation du cabinet du préfet ne concernait pas spécifiquement cette conférence mais toutes les réunions politiques en cette période électorale. Il me dit que deux autres événements ont été annulés pour les mêmes raisons dans la même période sur le campus dont une inauguration d’une bibliothèque à laquelle devait participer le président socialiste sortant du conseil général (Bizarre, il me précise bien que l’édile est socialiste…). Mais surtout, le mail indique que la conférence pourra se tenir sitôt les élections départementales achevées, lorsque la fameuse réserve électorale (nouvellement appliquée aux bâtiments) ne posera plus problème. À partir du 30 mars, Olivier Vial pourra donc aller briser la neutralité des services publics sans problème. Tout est bien qui finit bien, non ? À moins que le juge des référés n’oblige le président de l’Université de Lorraine à retourner sur les bancs de sa fac de droit.

*Photo : wikicommons.

 

Télévision, l’autre société pornographique

51
tv dropped lumet

tv dropped lumet

Voilà sept ans que je n’ai plus la télé — sauf parfois le week-end, afin de m’assurer que ma décision était la bonne. Voilà vingt ans que je ne regarde plus TF1 — et M6 guère davantage. Là, je n’ai même pas besoin de vérifier.
Mais parfois je me branche, sur le Net, sur une chaîne d’informations en continu, pour avoir des nouvelles des guignols qui font l’info… Je ne suis pas encore mort, mais con-taminé quand même.
L’autre jour, donc, j’allume au hasard i-télé, et j’apprends en boucle (ah, le voyeurisme du désastre, ça a commencé, rappelez-vous, avec le 11 septembre où on aurait cru qu’une flotte d’avions percutait un nombre innombrable de tours jumelles) que des athlètes que par ailleurs j’estimais étaient morts dans un double accident d’hélicoptères en Argentine. « Dropped » — c’est le cas de le dire.
Un peu plus tard, j’ai appris que l’envoyé spécial de TF1 s’était fait filmer devant les carcasses encore fumantes des appareils. Quand je pense qu’un quidam qui montrerait ses fesses à la télé passerait pour indécent — faire de l’audience sur des cadavres calcinés, c’est quoi ? C’est de l’audience, coco.

Il y a bientôt quarante ans — en 1976 — Sidney Lumet sortait Network, un film exceptionnel sur l’univers de la télé (avec Peter « Bloody sunday » Finch, William « Wild bunch » Holden, Faye « Bonnie & Clyde » Dunaway, et Robert « Apocalypse now » Duvall — courez l’acheter !) où un présentateur vedette (Peter Finch, hallucinant, et qui décéda pendant la tournée de présentation du film, ce qui ne l’empêcha pas d’avoir un Oscar posthume) poussé à bout, piquait une sainte colère en direct en hurlant aux gens de se mettre à la fenêtre et de crier à leur tour « I’m as mad as hell and I’m not going to take this anymore ».

C’était il y a quarante ans, quand la télé n’était pas encore la poubelle qu’elle est devenue. L’idée était déjà bonne. Elle est aujourd’hui la seule qui vient quand on regarde ce que l’industrie du divertissement et du temps de cerveau disponible a fait d’un média qui jadis proposa des choses respectables. La merde n’est pas une fatalité : c’est le produit d’un système. Et ce système a un nom : il s’appelle Libéralisme.
Je sais, je sais, ça fait de la peine à certains habitués de ce blog — mais attendez un peu…
A priori, la télévision semble être une pioche ou une arme à feu : un outil dont le bon ou mauvais usage dépend de l’utilisateur. Les cow-boys de la NRA disent que ce n’est pas l’arme qui tue, mais le doigt qui appuie sur la gâchette. Oui — mais s’il n’y avait pas d’arme ?
D’autant que les médias sont un outil un peu particulier. Qui se souvient de Marshall McLuhan, le grand-prêtre de la Communication, qui écrivait, en 1964 : « En réalité et en pratique, le vrai message, c’est le médium lui-même, c’est-à-dire, tout simplement, que les effets d’un médium sur l’individu ou sur la société dépendent du changement d’échelle que produit chaque nouvelle technologie, chaque prolongement de nous-mêmes, dans notre vie ».
On se rappelle en général la formule centrale (« Le medium, c’est le message »), alors que l’expression qui compte, c’est « changement d’échelle » — ce qui fait d’un medium un outil un peu particulier.

Qui a lu ici « Le Marxisme et les problèmes de linguistique », une petite brochure signée par Staline himself que j’ai retrouvée pour vous ? Le petit père des peuples y explique benoîtement que la langue n’est pas une superstructure (idéologie), pas même une infrastructure, mais une base — l’outil dépourvu en soi de signification, le trésor commun dans lequel nous puisons pour exprimer notre opposition notre adhésion aux principes du socialisme soviétique.
Pipeau, dit McLuhan : tout médium (depuis l’oracle de Delphes jusqu’à l’ordinateur sur lequel je tape ces billevesées) est en soi le message, dès qu’il induit un changement d’échelle — dès que sa diffusion implique d’abord une conformité, et très vite un conformisme.
Le libéralisme, en transformant la culture bourgeoise du capitalisme version Adam Smith en « objets culturels » susceptibles d’être vendus (Fleur Pellerin s’est bien plus coulée en expliquant que le boulot d’un ministre de la Culture est de s’occuper desdits objets qu’en affichant son ignorance de Modiano) a opéré au cœur de ce « changement d’échelle » : la télévision en soi est devenue le message. Et ce qu’elle dit est tout simplement mortel.
Coup double : non seulement le téléspectateur consomme du programme, mais, publicité aidant, il consomme aussi ce qu’on lui vend avec ce programme. Coup triple en vérité : le divertissement (je rêve à ce que Pascal aurait dit de la télévision) est une fin en soi, non pour oublier notre condition mortelle, mais pour rester dans notre fauteuil au lieu de renverser les gouvernements et de pendre les banquiers, ce qui serait a priori le mouvement naturel, surtout quand les uns et les autres nous prennent pour des cons-ommateurs. On n’est plus « sage comme une image », on est sage grâce aux images. Nombre de parents installent une télé dans la chambre de leurs enfants pour les rendre dociles, et eux-mêmes sont matés dans leurs canapés par le flot de niaiseries qui dégouline des étranges lucarnes. Ce n’est pas même le contenu qui compte : c’est le flux en soi.

Rappelez-vous : un jour la télévision, qui du temps de l’ORTF connaissait chaque soir sa « fin des programmes » — et les écrans restaient noirs jusqu’au lendemain matin — a diffusé du n’importe quoi en continu. La nuit, on meuble — on respecte le quota d’œuvres « françaises » en utilisant des apprentis-comédiens pour lire des romans —, mais le jour, on meuble aussi (la répétition en boucle sur les chaînes d’information continue étant un modèle dans le genre). On meuble avec du spectacle — et on n’a même pas à se soucier de la qualité du spectacle : le spectacle en soi, c’est le rectangle de l’objet télévision (ou celui de l’ordinateur, à présent, et j’y succombe comme un autre). La télé, c’est la réalité. La seule. Du theatrum mundi baroque on est passé à la société du spectacle, et bientôt au spectacle du vecteur de spectacle. On est devant sa télé, et on attend que ça commence — mais ça ne commence jamais : ça coule. Et nous coulons avec, et Godot ne viendra jamais.

Alors, que l’on filme de la débilité certifiée ou du drame humain, que l’on diffuse de la chanson française ou du téléfilm américain, le résultat est le même. La télé est une bibliothèque infinie, où nous n’avons même plus à trier : tout s’avale successivement — comme sur les rayonnages d’Amazon, où les objets se suivent sans se ressembler, identifiés par un code barre. J’en connais qui l’ouvrent à sept heures du matin, et la ferment en se couchant — pour se vider la tête des soucis professionnels, arguent-ils : c’est bien de cela qu’il s’agit, on ne se remplit pas d’un medium, il nous vide. Du téléspectateur reste encore une forme humaine — mais l’intérieur est creux. Et comme l’a si bien dit Patrick Le Lay, on remplit ce vide avec Coca-Cola — le voilà, l’objet culturel ultime.

Etonnez-vous que les prédicateurs aient si peu de mal à glisser de la tentation de djihad dans ces cervelles décervelées ! Vidé par la télé, au lieu d’être encore soi, on devient un autre — et pas n’importe qui : crétin crédule ou criminel. Ou simplement une chose.

*Photo : wikicommons.

Villiers-le-Bel : l’hôpital Charles Richet débaptisé

60
charles richet racisme

charles richet racisme

À l’ombre des débats sur la fin de vie, on déterre certains cadavres. L’hôpital Charles Richet de Villiers-le-Bel a ainsi décidé de ne plus porter son nom. Motif : cet éminent médecin, Prix Nobel de médecine en 1913, vétéran de la Grande Guerre, professait l’eugénisme. Il plaidait pour l’élimination des enfants « tarés » et « anormaux », et les stérilisations forcées. Sa croyance dans l’existence d’une sélection naturelle chez les êtres humains s’accompagnait d’un racisme dont on trouve des perles dans un ouvrage, publié en 1919, au titre fort approprié, L’Homme stupide. Il estimait par exemple que « les écureuils et les singes sont bien au-dessus des nègres, dans la hiérarchie des intelligences. »

Par le passé, des voix s’étaient déjà élevées pour débaptiser l’hôpital de Villiers-le-Bel. Après avoir estimé pendant des décennies que les travaux scientifiques de Charles Richet dépassaient ses considérations eugénistes, et faisant valoir que des descendants du médecin furent membres de la Résistance, la direction de l’hôpital s’est ralliée à cette position, sous pression du directeur de l’AP-HP lui-même, Martin Hirsch. La municipalité lui a emboîté le pas, et un autre nom pour l’établissement est prévu d’ici la fin du mois de mars.

L’eugénisme de Charles Richet nous choque aujourd’hui, mais, comme tout sujet historique, il doit être remis dans son contexte. Il était le produit d’un courant très répandu en Europe du Nord, au début du XXe siècle. Ce sont les sociaux-démocrates scandinaves qui en furent les pionniers : la Suède vota dès 1922 la stérilisation des malades mentaux. Le Danemark fit de même en 1928. Le ministre danois de la Justice Karl Kristian Steincke, social-démocrate, affirmait qu’il s’agissait d’une mesure humaniste envers les « dégénérés », qui ne nuiraient plus à la société, et seraient débarrassés de leur fardeau.

En France, le courant eugéniste fut incarné par Charles Richet, et par un de ses collègues, médecin militaire comme lui, Alexis Carrel. Ce dernier, également Prix Nobel de médecine en 1912, voyait dans l’eugénisme une solution aux  problèmes sociaux, notamment grâce à l’euthanasie des malades mentaux. Il détailla son programme en 1934 dans son ouvrage L’homme, cet inconnu, traduit en près de trente langues, et vendu à des millions d’exemplaires dans le monde. « Pourquoi préservons-nous ces êtres inutiles et nuisibles ? L’anormal empêche le développement du normal », écrivait-il, ajoutant : « En Allemagne, le gouvernement a pris des mesures énergiques contre la multiplication des types inférieurs ». Il est vrai qu’à cette époque, le IIIe Reich planifiait l’extermination systématique des malades mentaux, et l’euthanasie généralisée pour les malades incurables, sous le nom de Gnadentod, « mort miséricordieuse ». Là aussi, les raisons s’affirmaient humanistes : « Il fallait mettre fin à l’existence indigne d’être vécue des malades mentaux », affirma, lors de son procès, Hans Lammers, médecin et chef de la chancellerie de 1933 à 1945.

Alexis Carrel avait déjà été épinglé post-mortem pour ses prises de positions. En 1996, l’université Lyon-I débaptisa la faculté de médecine portant son nom. Là encore, c’est une mobilisation d’associations veillant à la vertu, SOS-Racisme en tête, qui entraîna cette décision. En revanche, un des plus chauds partisans d’Alexis Carrel et de ses propositions eugénistes, le biologiste Jean Rostand, dispose encore de lycées et d’hôpitaux à son nom. Sans doute son militantisme contre l’arme nucléaire et pour l’avortement dans l’après-guerre le rendent-ils plus fréquentable que ses confrères Richet et Carrel.

La prise de conscience de l’histoire eugéniste et raciste des démocraties occidentales est une chose. Elle doit être encouragée et enseignée. Toutefois, la tendance à purger le passé est inquiétante. Outre que l’anachronisme, le jugement a posteriori, selon les critères du présent, est une impasse intellectuelle, on ne voit pas très bien où s’arrêterait la limite de ce tri citoyen. Faudra-t-il débaptiser les lycées aux noms es révolutionnaires Danton et Carnot ? Après tout, le premier ferma les yeux sur les massacres de Septembre 1792, et le second, membre du Comité de Salut Public, joua un grand rôle dans la Terreur et la répression des Vendéens. Faudra-t-il effacer toute trace de Jules Ferry pour son « droit des races supérieures vis-à-vis des races inférieures » ? Si cet éloge de la colonisation est à punir, alors il faut faire de même pour Léon Blum, qui affirmait « le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture. » À ce rythme-là, la liste sera longue. Plutôt que de débaptiser, instruire et éduquer sont de meilleures options. Pour pouvoir assumer sereinement et lucidement le passé, tout le passé. « De Clovis au Comité de salut public, j’assume tout », disait Napoléon. Vous savez, celui qui a rétabli l’esclavage en Haïti, et mis l’Europe à feu et à sang. Citons-le encore, tant qu’il nous l’est permis.

Photo : wikicommons.

Lettre ouverte à Najat Vallaud-Belkacem

46
najat vallaud belkacem ecole

najat vallaud belkacem ecole

Madame la ministre,

Vous venez d’annoncer une réforme du collège qui était bien nécessaire — car quoi qu’ait pu dire jadis Segolène Royal, le collège est bien le maillon faible, après une école primaire qui n’apprend plus à lire et à écrire à tout le monde et avant le lycée où fort heureusement les savoirs savants ne sont plus à l’ordre du jour. Il était temps, d’ailleurs, que la réforme de Luc Chatel descende vers l’amont, si je puis dire, et que la Gauche prouve enfin qu’elle peut faire aussi bien que la Droite. Ce qui arrive depuis deux ans en Classes préparatoires est très en dessous du niveau requis : mais qui a encore besoin de classes prépas ? Vous avez l’université entre vos mains désormais depuis que la regrettée Geneviève Fioraso est allée passer la maîtrise d’économie qui lui manquait. Pensez à la mettre sur les bons rails où elle est déjà.

Mais le collège ! Quelle occasion manquée ! Certes, l’idée de commencer une seconde langue dès la Cinquième en finançant cet enseignement par les heures de première langue supprimées en Quatrième et en Troisième — nous n’avons aucun besoin de savoir l’anglais mieux que François Hollande. Et puis cette initiative assèchera la demande pour les classes bilingues ou européennes, ces refuges de l’élitisme bourgeois. Notez bien que du coup tous ces enfants des classes favorisées, et pas mal d’autres aussi, se tourneront vers le privé, y compris ce privé confessionnel que vos amis appellent de leurs vœux, vu que l’Islam n’est pas assez présent en France. À terme, cela permettra peut-être de se débarrasser de ce fardeau immense qu’est l’Education Nationale : pensez, vous pourriez être la dernière ministre du Mammouth ! La classe !

Comme vous l’avez dit vous-même, les apprenants s’ennuient à l’école, et il faut mettre enfin du divertissement dans les vieux murs des collèges — demander par exemple à Gad Elmaleh d’enseigner l’économie, et particulièrement l’économie souterraine, ou à Jean-Noël Guérini le tri citoyen des déchets ménagers : ce seraient des numéros de clowns fort appréciés des élèves. Ça, ce serait du concret — la descente dans l’ordure !

Quant à la transdisciplinarité… Enfin ! Cinq misérables heures par semaine en moyenne ! Je comprends la colère du patron du SNPDEN, le surdoué Philippe Tournier ! Seuls 20% de l’emploi du temps sont aménageables au gré des fantaisies de « l’équipe pédagogique », cet admirable concept ! C’est la totalité qu’il fallait bouleverser. C’est l’ensemble des cours qu’il fallait rendre ludiques et interdisciplinaires ! Faire officier en même temps les enseignants de Français et de Maths, avec une petite expérience amusante organisée par le prof de Physique-Chimie — le tout en anglais ! Et briser l’espace-classe — consacrer enfin le couloir comme espace pédagogique, ce qu’il est déjà, je vous le fais remarquer ! Ouvrir le collège sur la vraie vie — j’ai dans mon quartier bon nombre de petits dealers que l’on pousserait certainement à la réhabilitation si on les laissait officiellement pénétrer dans un collège où ils sont déjà installés, puisqu’ils y recrutent leurs fourmis et y écoulent leurs produits 100% naturels. De l’herbe ! Voilà de quoi séduire et ramener à vous les élus d’EELV !

C’est la notion même de « prof » qu’il fallait déboulonner ! Qu’est-ce qu’ils se croient, ceux-là, sous prétexte qu’ils ont passé un concours ! Tout le monde peut devenir enseignant ! Notez que la primarisation galopante que vous mettez en place participe quelque peu de cette entreprise de démolition salutaire. Mais pourquoi l’arrêter à la Sixième ? De toute façon, vous allez bientôt recruter n’importe qui pour faire le job, puisque plus personne ne veut s’y risquer pour gagner des clopinettes. Mais enfin, ils ont les vacances, n’est-ce pas…
Pour leur apprendre à rester à leur place (au fond de la classe et devant le distributeur de cafés de la salle des profs), il fallait faire entrer massivement dans les établissements les parents qui y campent de toute façon, et leur donner la charge pédagogique à laquelle ils aspirent — afin de mieux préparer les enfants aux rigueurs de la vie sociale. Un cours sur les meilleures blagues entendues en faisant la queue à Pôle Emploi dériderait l’atmosphère !
De même, vous n’avez rien annoncé concernant la vie du collège. Certes, les redoublements sont désormais à peu près impossibles, mais vous avez maintenu les notes, au grand dam du merveilleux président de la FCPE, l’inoubliable Paul Raoult, qui a pourtant votre oreille. À quoi pensiez-vous ?

Enfin, tout cela ne se mettra en place qu’à la rentrée 2016, sous prétexte que les DHG (Dotations Horaires Globales) sont déjà expédiées. Mais c’est là qu’il fallait faire preuve d’originalité ! Les chefs d’établissement, sous la houlette de leur syndicat-godillot majoritaire, n’auraient pas rechigné à chambouler toute l’organisation ! Parce que d’ici 2016, il peut s’en passer, des choses ! Pensez, vos demi-mesures risquent fort d’inciter les hésitants à voter définitivement FN, dès la fin du mois. Vous me direz que c’est justement cela, le plan : créer les conditions d’accession au pouvoir de Marine Le Pen, dont vous êtes, ainsi que l’ensemble du gouvernement, le sous-marin fidèle. Je suis vraiment stupide de ne pas y avoir pensé !

*Photo : EREZ LICHTFELD/SIPA/SIPA. 00699717_000009.

Press leaks made in Germany

16
press leaks allemagne

press leaks allemagne

Après Julian Assange, Edward Snowden pour les « leaks » politiques mondiaux, le Swissleaks de Hervé Falciani sur HSBC, nous avons aujourd’hui un énorme « pressleaks » en Allemagne, en la personne du Dr. Udo Ulfkotte, 53 ans, qui a collaboré pendant dix-huit ans ans au plus prestigieux quotidien Allemand, la FAZ (Frankfurter Allgemeine Zeitung), jusqu’à en être le rédacteur en chef. Ulfkotte fut également Conseiller du Chancellier Kohl. En 2003, il est distingué par le prix de la Fondation Annette Barthelt.

Dans un témoignage, Gekaufte Journalisten (Journalistes achetés), il révèle les noms de ses collègues les plus célèbres en Allemagne, instrumentalisés par les services de renseignements américains et allemands. Ulfkotte estime que l’Allemagne est une « colonie américaine ». Il affirme avoir été manipulé comme les autres. Aujourd’hui, il se repent et déclare « avoir honte d’avoir fait partie de ce système de corruption ». Malgré l’omerta sur son témoignage,  le livre est un bestseller.  » Aucun journaliste est autorisé à parler de mon livre au risque de se faire virer. Nous avons donc un bestseller, sur lequel les mainstreams n’ont ni l’autorisation d’écrire, ni l’autorisation de parler. » lance-t-il à la télévision Russe, RT.

Ulfkotte estime, que le but des services secrets est de conduire les nations vers la guerre et que la corruption de journalistes d’informations majeurs en Occident est une routine pour la CIA. Parmi les « histoires » que le Dr. Ulfkotte devait écrire sur ordre, on trouvait la légende selon laquelle que le Colonel Kadhafi construisait des usines de poison. Il déclare également avoir vu de ses propres yeux l’utilisation de gaz contre les Iraniens par Saddam Hussein, durant la guerre Iran-Irak. Les responsables éditoriaux de l’époque n’étaient pas intéressés par ce scio, parce que l’Irak était alliée des USA. L’ancien journaliste estime être mieux placé que quiconque pour dénoncer ce système, n’étant pas marié, n’ayant pas d’enfants qui pourraient être mis en danger par ses révélations. « Lorsque j’ai confié à mon journal, la FAZ, que j’allais publier mon livre, leurs avocats me menacèrent, en me disant je devrai en tirer toutes les conséquences, surtout si je publiais des noms ou des secrets, mais je m’en fiche. Vous voyez, je n’ai pas d’enfants à me soucier. Vous devez aussi savoir que j’ai été gravement blessé durant les attaques au gaz dont j’ai été témoin en Iran en 1988. Je suis le seul journaliste allemand qui a survécu à ces attaques au gaz. J’en souffre toujours. J’ai été victime de trois attaques cardiaques. Je ne pense pas vivre plus de quelques années. » Il regrette d’avoir « menti » aux lecteurs toutes ces années.

Et Ulfkotte d’enchérir :« J’ai publié des articles sous ma signature rédigés par les agents de la CIA et autres services secrets, en particulier les services allemands. » Ulfkotte décrit les cajoleries et la corruption dont il a fait l’objet par la CIA et autres services de renseignements alliés, dans le but de faire avancer leurs agendas politiques. Ulfkotte raconte que des organisations proches du gouvernement offrent des voyages tous frais compris aux journalistes. En contrepartie, il est exigé d’eux, d’écrire favorablement sur leurs « sponsors ». Il revient sur le gazage des Iraniens dont il a été témoin dans les années 80 et précise: « Ils m’ont demandé que je remette les photos que j’ai prises à l’association allemande des compagnies chimiques à Francfort – Verband der Chemischen Industrie -. Ce poison qui a tué tant d’Iraniens était made in Germany. »

Dans son livre La CIA et les médias, le reporter du Watergate, Carl Bernstein cite le témoignage de William B. Bader, ancien officier de la CIA, devant le Comité d’investigation du Sénat: « D’étonnantes relations sont en vigueur. Vous n’avez pas besoin de manipuler Time Magazine par exemple, car au niveau de la direction sont déjà installés des agents de la CIA. » Voici ce que Bernstein écrit: « La relation de l’agence avec le Time était la plus viable parmi les journaux, selon les officiels de la CIA. De 1950 à 1966, ce sont environ dix employés de la CIA qui fournirent au Time des couvertures approuvées par l’éditeur Arthur Hays Sulzberger. Les arrangements sur les couvertures faisaient partie de la politique générale du Time, mise en place par Sulzberger, qui consistait à porter assistance à la CIA dès que c’était possible. » Plusieurs décennies après Bernstein, l’Allemand Ulfkotte apporte à son tour son lot de révélations.

Ulfkotte a dernièrement soutenu Pegida. Pas étonnant que les « marcheurs » de Pegida, dans toute l’Allemagne, scandent sans cesse : « Lügenpresse ! » Presse menteuse… Son courageux éditeur, Kopp, déclare qu’aucune personnalité n’a encore porté plainte contre lui. Mais Ulfkotte précise : « Je souhaite qu’ils portent plainte car, tout sera alors déballé devant la justice et porté à la connaissance du public »

Combien de journalistes, chez nous, en France, font l’objet de cette corruption ? Libération publiait récemment un article sur les « leakers », estimant qu’ils devaient être protégés pour révéler au grand public les coulisses obscures de la politique ou de la finance. Écriraient-ils la même chose, si l’un des leurs révélait leurs turpitudes ? Et bien le voici, c’est le Dr. Udo Ulfkotte ! On pariera que si le livre paraît en France, Libération le passera sous un épais silence.

*Photo : wikicommons.

Dolce & Gabbana: éloge de la mamma

321
Dolce & Gabbana GPA

Dolce & Gabbana GPA« La seule famille qui existe est la traditionnelle. Pas de progéniture artificielle ou d’utérus en location : la vie coule de son propre flot, il y a des choses qui ne devraient pas être changées ». Frigide Barjot ? Eric Zemmour ? Ou encore Michel Onfray, dans un scandaleux et énième tressautement réactionnaire ? Non, Domenico Dolce et Stefano Gabbana, tandem emblématique de la grande maison italienne Dolce & Gabbana, par ailleurs en couple dans la vraie vie jusqu’en 2005.

La bombe a été larguée dans un entretien accordé au journal italien Panorama ce 12 mars 2015. Loin des discours relativistes qui théorisent sur les liens du cœur et « la famille qu’on se choisit », les deux compères font l’éloge du sang et rappellent en outre que « la famille n’est pas une mode passagère, mais un sentiment d’appartenance surnaturel ».

Ces propos, qui ne sont pas sans rappeler ceux de Guido Barilla en 2013, ont fait bondir les associations militantes. Le site LGBT Italia News a, le premier, vivement réagi par une longue lettre et un appel au boycott relayé par le hashtag #BoycottDolceGabbana.

La poudre est jetée, le feu commence à prendre, le scandale est imminent et même Elton John s’est empressé d’annoncer sur Instagram qu’il ne porterait plus jamais de vêtements de la marque, escorté et soutenu par d’autres célébrités telles que Courtney Love et Victoria Beckham.

Il y a quelques jours déjà, à l’occasion de la Semaine de la Mode de Milan, le défilé Dolce & Gabbana avait fait grincer quelques dents : à notre époque de femmes sans utérus, la maternité y était scandaleusement mise à l’honneur. Ce fut une procession de mannequins vestales portant des nouveau-nés dans leurs bras frêles et de belles robes brodées des mots « Je t’aime Maman ». Bianca Balti, magistrale et féline égérie de la marque, y faisait elle-même parader sa grossesse rayonnante.

Cela n’avait pas été du goût de tout le monde. Peu après, dans LePlus de l’Obs par exemple, Charlotte Barbaza s’inquiétait. Rappelant à juste titre que la place de jeunes bambins n’était peut-être pas sous le feu des projecteurs et des regards observateurs, elle critiquait le tournant réactionnaire opéré par le tandem : un défilé à son goût un peu « sexiste », probablement « conservateur », en tout cas « gênant ».

Renvoyer la femme à l’une de ses facettes les plus naturelles, et par là-même l’une des plus épanouissantes, en effet, quelle provocation !

Quelle provocation aussi, de la part des deux inséparables créateurs, que de marteler à longueur d’entretiens et de créations leur immense respect pour la figure maternelle. « Je ne peux imaginer mon enfance sans ma maman. Je pense aussi qu’il est cruel d’arracher un bébé à sa mère », clamait il y a peu Stefano Gabbana, qui se dit farouchement opposé à la gestation pour autrui (GPA), tandis que Domenico Dolce reconnaissait n’être « pas convaincu » par ceux qu’il nomme « les enfants de la chimie » ou encore « les enfants synthétiques » produits par des méthodes artificielles.

Ce qu’il faut retenir, dans les propos de nos deux Italiens, ce n’est pas tant l’allégeance à la famille traditionnelle (hautement contestable tant ses fondations patriarcales sont strictement culturelles) que celle faite aux liens du sang et à sa figure éternelle trop souvent malmenée par la modernité : la mère. Car les liens du sang, c’est elle.

« Mère sûr, père pas sûr », répète la sagesse populaire comme on martèle un aveu de la nature. « Maman », répète et balbutie l’enfant à peine investi du pouvoir de la parole, se nichant contre le sein de celle qui est la source de tous bonheurs et de tous maux.

La première femme de la vie d’un homme, celle qui donnera son visage à toutes les autres, qui forgera par son amour et son désamour l’adroit ou l’écroulé, le sain ou l’infirme, le magnanime ou le tortionnaire.

La première femme de la vie d’une femme, celle qui élève ou flétrit les féminités naissantes, condamne à l’ombre ou à la lumière les destinées des jeunes pousses dont elle a la charge.

Initiatrice des rêves et des cauchemars, gardienne des mondes, source potable ou toxique, Eve, Folcoche ou Amalthée, de son vrai nom : Maman.

C’est une mystérieuse histoire qui commence avant même la venue au monde, c’est un sanctuaire silencieux dans lequel nul ne saurait s’introduire sans danger.

Et c’est cela que Dolce & Gabbana sont venus répéter à ceux qui croyaient pouvoir l’oublier. Ils sont la mauvaise conscience d’une société qui ne veut pas qu’on discute de son égoïsme sur la place publique, qui aimerait qu’on la laisse faire ses bêtises en feignant de n’avoir rien vu et qui fustige ceux qui viennent poser les doigts sur ses hématomes.

Car notre société n’aime pas les mères, bien qu’elle s’en défende. Elle n’aime pas les mères car elle n’aime pas la nature et les liens du sang.

Elle n’aime pas ce qui lui paraît injuste car en bonne coquille vide, elle n’a ni Dieu ni ciel pour lui expliquer le pourquoi des choses.

Naturellement, elle déteste le destin, alors il va sans dire qu’elle hait de toutes ses forces la maternité, ce fleuve qui suit sa route sans dévier de son cours.

A l’heure où tant de femmes peinent à concilier tous les rôles que la société les somme d’endosser, hallelujah ! La mère est sans égaux et sans rivaux. C’est Dolce & Gabbana qui vous le dit.

A une époque où les mères sont arrachées à leurs nouveau-nés après 4 mois de congé maternité afin que des inconnues puissent s’occuper d’eux et que les premières puissent retourner gentiment gagner leur croûte, merci, enfin, de remettre cette figure sur le piédestal dont elle a été sauvagement chassée. Le ciel vous le rendra en mille.

Le vent tourne, la nature reprend ses droits et la mode s’incline. Dolce & Gabbana prend le large et se démarque de la morale « progressiste » en vigueur dans les sphères artistiques. Nul doute que ces propos bienvenus feront tempête. Peut-être coûteront-ils même assez cher à l’illustre maison, qui s’empressera dans les jours qui viennent d’arrêter l’hémorragie, par un communiqué consensuel ou par le silence médiatique. Mais ils permettront au moins d’instiller un peu de nature, de sagesse et d’air frais là où il n’y a qu’efficience, civilisation, béton et néons urbains.

*Photo : Antonio Calanni/AP21416581_000005