Lilian Thuram, Roxana Maracineanu, combat contre l’homophobie dans les stades… on n’arrête pas le progrès.


Qu’il est bon de se réveiller tous les matins dans ce nouveau monde, en voie d’assainissement. Quel plaisir de respirer, jour après jour, un air de plus en plus pur ! Mes amis, on n’est pas bien là, à la fraîche, décontractés du gland, débarrassés petit à petit de tous ces connards qui n’aiment pas les péd… pardon de tous ces homophobes qui braillent « oh hisse enculé » dans nos stades ?

Dehors tous ces animateurs blancs de plus de 50 ans qui sortent des blagues sexistes borderlines à la télé, sus à tous les racistes (blancs, forcément) et ils sont nombreux !  Finies les têtes de nègre dans nos boulangeries ! Débaptisons nos rues, déboulonnons nos statues, bienvenue à Gattaca mes frères.

Bon, juste histoire de plomber un peu l’ambiance, et tout en me mettant le doigt dans le nez – mais ça, j’ignore si l’on a encore le droit -, je voudrais rappeler humblement à nos belles âmes irréprochables, y compris pour leur valet de chambre, que :

Entre ce que l’on dit en public et ce que l’on se permet de dire en privé, il y a parfois un gouffre. Et entre ce que l’on dit en privé et ce à quoi l’on pense ou l’on rêve parfois, n’en parlons pas… enfin, je me comprends.

Traiter autrui de raciste ou de facho ne fait pas de vous illico un grand résistant. Pour le dire autrement, mettre trois secondes la tête sous l’eau le soir dans votre baignoire ne vous transforme pas automatiquement en supplicié de la Gestapo.

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Entre le racisme, l’antiracisme et le racialisme, on s’y perd un peu parfois.

Porter les lunettes de Malcolm X ne vous métamorphose pas en intello humaniste, progressiste et antiraciste. Ces mêmes lunettes ne vous dispensent pas de mettre quelques torgnoles bien senties à votre gonzesse qui, de toute façon, l’avait bien mérité. Au passage, puisqu’on évoque la question : l’antiracisme de Malcolm était-il un humanisme universaliste ? Vous avez quatre heures…

Combattre le fascisme, l’impérialisme et viser le bonheur sur Terre ne fait pas forcément de vous un type bien. Spéciale dédicace à Joseph, Mao, Pol et les autres…

Lutter contre le racisme et l’apartheid ne vous range pas automatiquement dans le camp du Bien. Une petite pensée pour Robert Mugabe et le colonel Khadafi, qui nous ont quittés trop tôt, que dieu dans sa miséricorde ait… bla, bla, bla.

Clamer la main sur le cœur « imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen » ne vous garantit pas de ne pas être mis en examen.

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Être de gauche (c’est aussi valable pour la droite), humaniste, défendre la fraternité, l’égalité, le droit des femmes, le petit peuple, le respect d’autrui, etc, etc… ne vous assure pas de ne jamais être condamné pour : corruption, subordination de témoin, plagiat, faux témoignage, infraction à la législation sur le droit du travail, abus de confiance et abus de biens sociaux, abus de faiblesse, licenciement abusif, diffamation, délit de favoritisme, détournement de fonds publics, prise illégale d’intérêt, escroquerie, trafic d’influence, fraude électorale, outrage envers un huissier, association de malfaiteurs, trafic de faux diplômes, violences conjugales, agression, agression sexuelle, séquestration, harcèlement moral, téléchargement d’images à caractère pédophile…

Se badigeonner de rouge à lèvre pour soutenir la cause des femmes n’interdit pas d’être accusé de harcèlement sexuel par de nombreuses femmes. On peut aussi être ministre du Budget en charge de la lutte contre la fraude fiscale… bref, vous connaissez la suite.

On peut se faire passer pour victime et avoir aussi été bourreau, semble-t-il. Vous pouvez très bien écrire des bouquins, faire la morale tous les samedis soir chez Ruquier (pléonasme), prêcher la bonne parole, condamner l’extrême-droite, le racisme, l’antisémitisme et… là-aussi vous connaissez la suite.

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Pour 1000 indignés il n’existe qu’un seul être vraiment digne, et encore. Celle-là n’est pas de moi mais de Henri David Thoreau, c’est cadeau.

Plaider pour la fraternité entre les hommes et contre la peine de mort ne vous prive pas de couper quelques têtes, notamment dans les années 1793-94…

Aucun rapport avec l’exemple précédent mais on peut porter la moustache, exiger une vertu et une transparence absolue, traquer la moindre faille, défendre la veuve et l’orphelin, donner des leçons de morale à la terre entière… et se réjouir de l’assassinat de 11 athlètes israéliens lors des JO de 1972 (jetons un voile pudique sur Charlie Hebdo et Tariq Ramadan).

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En parlant de Ramadan, on peut prêcher que l’infidélité est un pêché et… Bon, à sa décharge, si j’ose dire, il n’est pas le seul.

On peut être Gandhi et être raciste ou être John Lennon et se montrer violent avec les femmes.

On peut être Jean Jaurès et être antisémite ou être un républicain humaniste, comme Jules Ferry et Léon Blum, tout en défendant la colonisation au nom du devoir qu’ont les races supérieures de civiliser les races inférieures.

Se mettre dans la peau de Voltaire, défendre la tolérance, Calas, les grands principes, bref être un philosophe des Lumières ne vous empêche pas d’être homophobe, antisémite et de coucher avec votre nièce.

En 1972, dans la foule qui, devant le palais de justice de Troyes, hurlait « à mort Bontems », « à mort Buffet », il y avait un certain Patrick Henry…

Au XXIe siècle, il est tout à fait possible d’être féministe et de porter un regard amouraché envers les membres d’une religion qui considère qu’une femme vaut la moitié d’un homme.

Éructer « enculé » dans sa bagnole ou dans un stade relève peut-être davantage de la vulgarité, de la bêtise, d’une forme de défouloir ou d’un folklore débile que de l’homophobie ou de l’incitation à la haine. Précisons au passage que les homosexuels n’ont pas le monopole de la sodomie et que certaines femmes peuvent même, parfois, en éprouver du plaisir. Les salopes ! Oups, pardon, ça m’a échappé…

Contrairement à ce que pouvait penser Austin (John pas Steve), dire ce n’est pas forcément faire. Par exemple, ânonner que la ministre des Sports est une cruche ne signifie pas qu’elle est un récipient pansu, à bec et anse, souvent constitué de grès ou de terre.

Donner la possibilité à quelques pauvres types d’arrêter un match de foot à tout moment rien qu’en prononçant certains mots interdits, c’est leur donner beaucoup, beaucoup, beaucoup trop de pouvoir…

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On peut être un fervent partisan de la liberté d’expression (laquelle est aussi la liberté d’entendre ce qu’on n’a pas envie entendre) et la restreindre un peu plus chaque jour. Au nom du Bien, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

« Exige peu des autres et beaucoup de toi-même, c’est le meilleur moyen d’écarter toute animosité », disait Confucius. Lequel, paraît-il, n’a jamais existé…

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