Les cinq ordonnances relatives à la réforme du travail ont suscité des réactions diverses. Pour certains, il s’agirait d’une nouvelle « casse sociale » parce qu’elle réduirait les droits des travailleurs et surtout des syndicats. Les médias se demandent, eux, si ce sera un succès ou un échec. Probablement les deux.

Un échec…

Ce sera un échec pour ceux qui veulent que ce soit un échec, refusant à la fois la loi du marché, la concurrence, la transformation du fait de la mondialisation. Ils sont dans la rue aujourd’hui et le seront de nouveau le 23 septembre. Plus grave, ce sera une déception pour ceux, plus nombreux, qui attendaient des résultats concrets dès la rentrée, alors qu’ils ne pourront être collectivement mesurés au mieux qu’à la fin du premier semestre 2018 et ressentis individuellement dans plus d’un an, à condition que, d’ici là, la déferlante de la crise financière qui se profile, comme tous les dix ans (parfois moins), ne fasse pas de trop graves dégâts.

…et un succès

Ce sera un succès, d’abord sur le plan méthodologique. Même la France insoumise le reconnaît. Avoir utilisé la vieille ficelle de diviser pour régner en recevant individuellement chaque syndicat, ce qui a permis d’avoir un discours différent, adapté aux revendications de chaque syndicat. Puis ne les avoir réunis ensemble qu’une heure et demie pour présenter les cinq premières ordonnances et limiter la durée des échanges et des réactions. Enfin, ayant comme annoncé dans son programme procédé par ordonnances, à prendre ou à laisser : ce sera à prendre.

Reste la rue et les mouvements sociaux. On nous dit à la fois que les français veulent des réformes et qu’ils détestent les réformes. Cela dépend quelles réformes. Nombreux sont ceux qui ont à l’égard de cette réforme, comme d’autres, une attitude ambivalente, voire contradictoire. Ils veulent bien être en marche, mais sans savoir vraiment dans quelle direction.

En attendant la prochaine crise…

Guillaume Roquette, dans la nouvelle émission de David Pujadas, a relevé non sans pertinence un malentendu : de nombreux électeurs ont cru qu’il suffirait de changer le personnel politique pour changer la réalité politique et leur quotidien dans le sens qu’ils souhaitaient, à savoir des réformes sans souffrance, sans nouveaux sacrifices pour eux, avec en arrière pensée le vieux slogan du Parti communiste : « les riches paieront ».

Difficile de sortir de cette ambiguïté, d’autant que les citoyens réalisent toujours après chaque élection présidentielle, que le président soit jeune ou moins jeune, que des sacrifices leur seront imposés immédiatement et que les bénéfices, les effets positifs, ne pourront être mesurés et surtout ressentis qu’à la fin du mandat, voire même après, en fonction de la conjoncture économique et financière internationale.

La réforme du code du travail a son importance. Mais son acceptation dépendra surtout de la durée de la période de croissance économique en Europe et dans le monde. Ce qui ne dépendra pas du président jupitérien, de sa pédagogie et de sa communication. Mais  ce qui nous fera encore plus prendre conscience de notre dépendance et des limites de notre souveraineté.