Il y a quelques années, on votait FN en loucedé, bien planqué dans l’isoloir, et on ne s’en vantait pas à la machine à café – qui se proclamerait tranquillement nazi ? Si on observe la réalité à travers les lunettes médiatiques, on peut penser que rien n’a changé. Tel père, telle fille, répètent inlassablement les journalistes. Ils ne savent pas que, des électeurs du FN, ils en croisent tous les jours, peut-être même parmi leurs copains, qui sont totalement étrangers à l’histoire et aux démons de l’extrême droite. Ni que dans nos belles provinces des citoyens parfaitement respectables portent sans complexe les couleurs de Marine. On entend même des bobos parisiens commenter la dernière prestation télé de la fille Le Pen, sans les mines outragées et étranglements de rigueur. Ou des gens très bien – lecteurs de Télérama et électeurs de gauche – dire à table qu’il faudrait « rouvrir Cayenne » pour y envoyer nos islamistes « casser des cailloux à vie ».

Tout occupés qu’ils sont à traquer les intentions fascistes, les amitiés douteuses, les arrière-pensées racistes – sans oublier les déclarations bien réelles et parfaitement dégoûtantes d’une vingtaine de candidats promptement éjectés –, les médias sont aveugles à l’essentiel : la montée en puissance électorale et la conquête de mandats électifs s’accompagnent presque mécaniquement d’une normalisation culturelle. Si le FN réalise des scores de notable, c’est parce qu’il donne de nombreux signes de notabilisation.

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00678372_000016.

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