En hommage à l’écrivain-chroniqueur Patrick Besson, le « vaurien » Roland Jaccard passe d’une méditation l’autre…


 

Il y a des choses que Patrick Besson n’a jamais faites et ne fera jamais. Il les avait énumérées dans Le Point et, en le lisant, je fus saisi par une forme d’écholalie. L’approuvant sans réserve et en jubilant, je répétai :

– Non, Patrick, nous n’achèterons jamais de valises à roulettes …le comble du ridicule.
– Non, Patrick,nous ne voterons jamais écolo…
– Non, Patrick, nous ne porterons jamais de moustache…
– Non, Patrick, nous ne partirons pas en camping-car…
– Non, Patrick, nous ne nous ferons jamais tatouer…
– Non, Patrick, nous ne monterons jamais dans une gondole…
– Non, Patrick nous ne critiquerons jamais un écrivain pour autre chose que pour son style..
– Non, Patrick, nous ne passerons jamais un après-midi à Paris-Plage….oui, nous sommes inconsolables du naufrage de la piscine Deligny…

Un snobisme très sixties

Revenant à une forme passagère de lucidité, je me demandai si Patrick Besson était mon frère jumeau ou si, peut-être (et là c’est moins glorieux), nous étions l’un et l’autre demeurés fidèles à un snobisme très sixties. À l’époque, nous n’aurions jamais consenti à accompagner une fille qui faisait les soldes (quelle déchéance !), ni rempli une feuille de Sécurité sociale (quelle pingrerie !). Quant à partir en randonnée, plutôt se suicider! Je confesse cependant avoir péché à l’asticot durant mon enfance lausannoise, ce que Patrick n’a jamais fait, et qu’il m’est même arrivé de boire de la Sangria (toujours à Lausanne….ne me méprise pas Patrick !). Mais jamais, au grand jamais, je n’ai chanté: « Happy birthday to you  » …d’ailleurs je ne sais pas chanter. Et je te le jure, Patrick, jamais je n’ai lu Sylvain Bourmeau. J’ignore même son existence. En revanche, j’ai répondu à certaines lettres… surtout celles qui venaient d’Extrême-Orient. Est-ce très mal, mon cher Patrick ?

Pourquoi Sainte Thérèse d’Avila avait raison

Le plus beau cadeau que la vie nous a fait à notre naissance, c’est la possibilité de la quitter à notre gré. La vie te plaît, vis ! La vie ne te plaît pas : ne t’y attarde pas. C’est pourquoi il est grotesque et pitoyable de se lamenter ! Sainte Thérèse d’Avila disait que la vie n’est qu’une nuit à passer dans une mauvaise auberge ! Comme je lui donne raison ! Et avec quel mépris je considère tous ceux qui veulent la prolonger à n’importe quel prix ! Une capsule de cyanure vaut tous les anti-dépresseurs ! Relisons Sénèque plutôt que de partir en quête d’un bonheur qui, pour paraphraser Freud, n’est de toute manière pas inscrit dans le programme de la civilisation. Il ajoutait : « À quoi bon vivre quand on peut être enterré pour cinquante dollars ? »

Nymphettes en celluloïd

« Et Catherine Spaak ou Stefania Sandrelli, qu’est-ce que tu en fais ? » me rétorque l’ami Jérôme Leroy qui les célèbre dans ses recueils depuis Un dernier verre en Atlantide à Nager vers la Norvège en passant par Sauf dans les chansons. Mais existent-elles autrement que dans nos imaginations ces nymphettes en celluloïd ? Il arrive que oui. Peut-être est-ce cela qui nous maintient encore en vie…

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