Pourquoi tant de drapeaux palestiniens et de keffiehs dans les rues le 17 octobre? Et de quoi le drapeau palestinien est-il le nom, au juste?
20 ans : tout sauf le plus bel âge[1] ?
Cela fait au moins deux générations que l’excès de séborrhée n’est plus la seule caractéristique de l’adolescence. Il s’y ajoute maintenant une initiation à l’émeute, condition sine qua non de l’inclusion des jeunes dans l’univers multi-divers de leurs aînés.
Tous les prétextes sont bons pour effectuer cette mue, qui transforme de banals lycéens en barbares assoiffés de sang et de cendres.
La cuvée 2026 avait mieux qu’un prétexte pour descendre dans la rue : une vraie raison. La tiers-mondisation de la France se sous-développant dans tous les secteurs, l’Éducation nationale n’arrive plus à remplacer les enseignants absents ou démissionnaires. Ajoutez à cela que certains établissements sont à la limite de l’insalubrité et que, partout, les débouchés diminuent proportionnellement à l’inflation de bacheliers et vous avez une recette de manif cuite à point (et/ou saignante).
A lire aussi: Cucul-panpan sur les trouduc’
Le 17 octobre, un mécontentement légitime a viré à la sauvagerie débridée. Le catalyseur qui a provoqué cette réaction chimique s’appelle « palestinisme ». Il transforme l’idéalisation idéologique de la cause palestinienne en champignon hallucinogène. C’est cela qui, inoculé aux pyromanes déchaînés, les conduit à se voir en héros d’une lutte anticoloniale mondialisée.
À Marseille, certains attaquants de la mairie s’étaient drapés dans le drapeau palestinien.

À Lyon, des drapeaux palestiniens ou algériens fasseyaient parmi les casseurs qui ont incendié l’Office du tourisme.

À Toulouse, les voyous n’ont pas réussi à déboulonner la statue de Jeanne d’Arc, mais ils l’ont décorée d’un drapeau palestinien.

Dans la capitale, le vrai chic parisien s’est habillé de keffieh pour razzier les boutiques de luxe et menacer les forces de l’ordre.

Intifada, j’écris ton nom…
Comme tous les drapeaux, celui des deux entités palestiniennes[2] est un symbole. À des petits bourgeois, comme à des ratés de tout poil en recherche d’héroïsme et de justice, il procure une exaltation quasi-orgasmique. À la France, il dit que les casseurs « connaissent leurs droits » et qu’ils n’envisagent pas de conditionner ceux-ci au moindre devoir, fut-ce celui d’apprendre à conjuguer les verbes du deuxième groupe.
Cet exhibitionnisme est significatif : la « cause palestinienne » ne fait même plus semblant de s’intéresser au peuple palestinien, elle signifie juste la haine de l’Occident, des Blancs, du capitalisme. Et des Juifs, cela va de soi.
En mettant le feu aux monuments, aux mairies, aux camions de pompiers, bref, à tout ce qui symbolise la France, des ignorants hystérisés jouent à l’intifada. Ils se vivent en Palestiniens martyrs, dans le confort d’une République généreuse et dans la certitude d’une conscience immaculée, sûrs de l’impunité à laquelle l’indulgence des juges les a habitués.
L’intifada leur sert de dépucelage, de signal pavlovien, de parti politique, de réussite sociale et de carte d’ancien combattant. Elle est un but, pas un moyen !
Les villes françaises en flammes, un repoussoir aux yeux du monde entier
En témoigne le président américain, trop content de rallier des supporters à son panache roux en leur faisant entendre que les États-Unis sont en danger de francisation.
Un commentateur britannique, Brendan O’Neill, a repéré que les hommes politiques, les médias mainstream et le tout-pipole du monde du spectacle ont fait preuve d’une « complaisance suicidaire face à la frénésie de l’intifada qui a balayé la France au lendemain du pogrom perpétré par le Hamas, le 7 octobre 2023. La foule a peut-être allumé les feux, mais ce sont les élites qui lui ont donné les allumettes. » L’auteur de cette phrase est un des fondateurs de Spiked, le magazine dont il est maintenant le rédacteur en chef politique. Il est, comme son magazine, passé d’un trotskisme marginal à un libertarisme anti-establishment. C’est dire si, quand il parle de convergence rouge-verte extrême-gauche + islamisme, il s’exprime en connaisseur.
A lire aussi: 17 octobre: la décision désarmante de la Mairie de Paris
Et encore n’avait-il pas connaissance d’une déclaration que le petit père des pleutres français, Insoumisso Primero, a éructée le 20 octobre 2026 : « c’est pas les groupuscules de l’ultragauche, c’est monsieur Netanyahou qui pèse sur les élections à Marseille, à Toulouse, à Roubaix et à Paris ». Mélenchon est en contact direct avec le KGB. Il a donc les preuves que Netanyahou décide l’agenda du conseil municipal de Roubaix et que Macron lui obéit au doigt et à l’œil : en défense de Rima Hassan, Méluche a estimé que « la macronie sombre dans la honte de tous les abus de pouvoir et de la servilité devant les demandes de Netanyahou. »
Brendan O’Neill, qui n’est pas abonné à Complotapart, ne peut donc juger que les faits. Il voit, dans l’uniforme drapeau/keffieh, la preuve que « cette haine hystérique, disproportionnée, sectaire — et parfois délirante — à l’égard de l’État juif démontre qu’Israël a été érigé en bouc émissaire de l’Occident et de tous les crimes qui lui sont imputés. » Ces crimes putatifs sont indispensables à la bonne conscience des porteurs de keffieh, dont la haine a besoin d’une justification. Quant au bien-être des Palestiniens réels, il les laisse de marbre.
Le palestinisme comme Destop moral
L’analyse de Brendan O’Neill concorde avec celle du Pr Dan Dicker, directeur de la lutte contre la guerre politique au JCSPA[3]. Celui-ci voit « une convergence tactique entre militants d’extrême gauche et réseaux islamistes, qui a transformé le palestinisme en une arme, agissant comme un dissolvant moral qui mine la confiance de l’Occident en lui-même. (…) La présence de drapeaux palestiniens et d’une rhétorique radicale au sein des manifestations s’inscrivent dans une dynamique précise : une offensive « rouge-verte » qui unit radicaux marxistes et islamistes contre l’Occident libéral-démocratique et l’État juif. » Il explique le mécanisme par lequel l’intifada a débarqué sur les rives de la Seine : « En traitant, au fil des gouvernements successifs, les guerres défensives d’Israël comme le problème moral majeur au Proche-Orient, tout en minimisant la charte génocidaire du Hamas et les agissements de l’axe iranien, les autorités françaises ont contribué à normaliser l’idée que la puissance occidentale serait, par nature, illégitime. » Et il voit que « cette même inversion morale, qui justifie les événements du 7 octobre au nom de la « résistance », sert désormais à excuser l’incendie des mairies et le pillage des commerces en France, présentés comme de simples manifestations de « rage »».
Si tu veux la paix, prépare la guerre
En France, où une guerre civile qui ne dit pas son nom fait rage, une élue très rouge de la banlieue nantaise, Hélène Macon, enrage de voir que l’on enseigne le patriotisme aux enfants de CM1. Un texte officiel ordonne en effet une « cérémonie annuelle d’hommage à tous les « Morts pour la France » dans chaque école élémentaire, dès le CM1, ainsi que dans les collèges et les lycées. » L’élue, elle, préfère préparer les gamins à la défaite et à la soumission. Elle veut interdire les cérémonies du souvenir, comme la présence de correspondants défense des communes et de délégués militaires.
A lire aussi: L’inquiétant ensauvagement de Didier Eribon
On peut être complice des agresseurs « rouge-vert » en les comparant à des résistants et l’on peut optimiser le résultat en préparant leurs futures victimes à les accueillir avec des fleurs, des bougies et des nounours. C’est ce qui arrivera probablement à Saint-Jean-de-Boiseau, où un vote des élus a abrogé la circulaire instaurant la cérémonie du souvenir.
En attendant le résultat de cette éducation à l’ignorance, le Premier ministre israélien a raconté une histoire juive, donc drôle à faire rire jaune : « Emmanuel Macron m’a appelé après le 7 octobre […] et il m’a dit : « Il faut une solution diplomatique ». » Netanyahou lui a répondu : « Emmanuel, si nous ne les éliminons pas ici, vous les aurez à Paris. » Le Premier ministre israélien fait de la voyance, notre président fait le clown.
[1] Paul Nizan, écrivain, philosophe et militant communiste français, in Aden Arabie : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai jamais personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. »
[2] Pour ceux qui ignorent où se trouvent la rivière et la mer à libérer, il s’agit de la Judée-Samarie (alias Cisjordanie) et de Gaza.
[3] JCSPA : Jérusalem Center for Security and Public Affairs (Centre d’études de la sécurité et des affaires publiques), un think tank indépendant basé à Jérusalem.




