À Paris, samedi, la police municipale n’a rien fait!
Causeur. Depuis samedi, les maires dont les villes ont été saccagées se plaignent d’avoir manqué de policiers, et les maires de gauche, prompts à dénoncer les violences policières par temps calme, ne sont pas en reste. Très remonté, Ariel Weil, maire PS de Paris-Centre où les violences se sont poursuivies dimanche, déclare qu’on aurait dû faire appel à l’armée.

Anthony Samama. Avant de faire venir l’armée, je rappelle que Paris dispose d’environ 2500 policiers municipaux. S’ils avaient été dans les rues de Paris avec les 5 000 policiers nationaux, ce week-end, cela aurait représenté 50% d’effectifs supplémentaires.
Et qu’ont-ils fait durant les violences ?
Rien ! Jusqu’à 18 heures, beaucoup, en prévision de la manif, avaient été réaffectés à la sécurisation des parcs et jardins et de certains bâtiments plutôt qu’à la verbalisation des véhicules. Mais dès que ça a commencé à chauffer, à partir de 18 heures, la SCOP (salle de commandement de la police municipale) a ordonné par téléphone à toutes les divisions territoriales de rentrer dans leurs bases et de ne plus en sortir, sauf mission exceptionnelle et cas très particuliers.
Ariel Weil a pourtant dit à Arthur Chevallier sur RMC que la police municipale était à l’œuvre pendant les violences.
C’est faux ! Je le répète, il y a eu quelques exceptions très spécifiques. À Paris-Centre, quelques agents ont été autorisés à sortir sur des points précis mais, dès que ça a commencé à casser, plus de 90 % des effectifs ont été cloîtrés dans leurs bases. Bien sûr, ça part d’une bonne intention : ne pas les mettre en danger face à des casseurs extrêmement violents et armés.
En effet, vu qu’ils ne sont armés que d’une matraque et de grenades lacrymogènes, mais qu’il y a quand même écrit Police sur leur uniforme, ils auraient été des cibles. Surtout, auraient-ils vraiment été utiles ?
Oui ! Et je vais plus loin : je suis convaincu que les événements auraient pris une autre tournure si on avait eu ces quelque 2 500 policiers municipaux dans les rues de Paris ce week-end. Leur présence devant certains commerces et bâtiments aurait contribué à dissuader les pillards. Je ne demande pas que la police municipale fasse du maintien de l’ordre, mission très spécifique, réservé à des policiers nationaux formés pour cela. Mais, même sans armes, elle aurait pu exercer un certain nombre de missions en complément. De manière générale, et singulièrement pendant ce type de manifestations, la police nationale est très demandeuse d’une police municipale nombreuse, formée, et armée. Vous mettez vingt policiers municipaux devant chaque mairie, je suis sûr que ça protège. Ils ne sont pas là pour aller au contact avec des gens très violents. Il aurait bien sûr été inconséquent de leur demander d’aller sur les scènes de guerre qu’on a vues à République ou ailleurs. Mais ils auraient pu empêcher beaucoup de pillages par de petits voyous qui n’étaient pas des grands bandits armés jusqu’aux dents. C’est bien pour assurer leur sécurité que les Parisiens payent une police municipale non ?
En attendant, si on leur dit de rester l’arme au pied, c’est précisément parce que des armes, ils n’en ont pas.
Evidemment ! Dans beaucoup de villes de gauche, la police municipale est armée ne serait-ce que pour permettre aux agents de se protéger – rappelez-vous Clarissa Jean-Philippe, tuée en 2015. À Marseille, samedi, ville dirigée par un maire de gauche, la Police municipale est armée et elle est sortie dans les rues, a été placée en faction devant certains bâtiments.
Elle n’a pas empêché la mairie d’être saccagée.
C’est vrai. La police nationale non plus. Ça ne veut pas dire que les municipaux ont été inutiles.
À vrai dire, j’ai du mal à comprendre la différence entre un policier non armé et un travailleur social ?
Tout le problème est là ! Depuis sa création déjà tardive, en 2021, sous la pression des électeurs, c’est le choix de l’exécutif parisien de ne pas la doter d’armes létales. Ils veulent une police « Canada dry », composée de boy-scouts ou d’assistantes sociales. Ils ont même refusé le compromis que nous leur avons proposé qui est d’équiper les policiers municipaux en tasers.
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Emmanuel Grégoire est un homme raisonnable. Il ne veut pas que sa ville soit en proie à un tel chaos. Pourquoi une telle obstination ?
This is the ideology, stupid ! Pour eux, le rôle de la police municipale n’est pas de sécuriser l’espace public. C’est une police de proximité (ils adorent ce terme) qui est là pour pacifier, faire de la prévention… Ça peut marcher dans un petit village calme, mais pas dans la ville la plus délinquante de France. En off, quand on reproche aux élus de la gauche raisonnable de voter contre l’armement de la police municipale, ils répondent : « On est d’accord avec vous, mais on ne peut pas, on est tenus par notre majorité, les écolos, les communistes. » En attendant, ils votent comme eux. Ils préfèrent leurs alliés à leurs convictions.
Mais même par temps calme, cette police désarmée est-elle vraiment utile ? Je ne vois pas beaucoup de pacificateurs en bleu dans les rues.
C’est toujours mieux que rien. Mais elle serait beaucoup plus utile si on en faisait une vraie police d’intervention. Autrement dit, on y revient, si on l’armait.
Samedi, comment les policiers ont-ils réagi aux ordres ? Auraient-ils été partants pour se jeter dans cette mêlée ?
Ça dépend. Certains ont été dégoûtés par cet ordre et envisagent de démissionner. Plusieurs m’ont dit : « Je n’ai pas signé pour être enfermé dans notre base pendant que Paris flambe, mon job c’est de protéger les Parisiens et la ville. » D’autres devaient être bien contents d’être assignés à leurs quartier général. On peut les comprendre.
Vous étiez en contact avec eux à ce moment-là ?
Oui, je leur ai dit qu’à mon avis ils devraient sortir quand même. Mais ils ne voulaient pas déroger à l’ordre de l’état-major.
Vous êtes un rebelle, vous.
La mairie d’arrondissement a la main sur la division de son arrondissement, mais il y a aussi la direction à l’échelle parisienne et la Ville de Paris. Et nous sommes rarement sur la même ligne. C’est toujours difficile, pour les agents sur le terrain, de trouver le bon équilibre entre ce que je leur demande et ce que leur demande la mairie de Paris.
Savez-vous si certains ont bravé l’ordre ?
Non, personne. Et si on voit quelques policiers municipaux sur des vidéos, je le répète, c‘était quelques très rares exceptions.
Cela dit, l’une des raisons du chaos, c’est que personne à la Préfecture de Police ou à Beauvau, ne l’avait anticipé.
Et à la Mairie de Paris non plus ! Ils ont laissé dans la rue les poubelles, le matériel de chantier, les vélos, alors qu’à chaque manifestation tout cela sert d’armes contre la police et les commerces. C’est ce qu’on fait à chaque 14 juillet, à chaque 31 décembre. Et là, pour une manifestation qui allait forcément dégénérer comme toutes les autres, on laisse tout en l’état ?
Peut-être croient-ils à leur propre propagande sur les gentils lycéens et les gentils manifestants contre la vie chère. Seulement, cette fois, les électeurs de Monsieur Grégoire qui vivent à Boboland vont lui demander des comptes.
Je l’espère. De gauche ou pas, aucun Parisien un tant soit peu raisonnable ne peut comprendre qu’on enferme des policiers, certes municipaux, mais policiers quand même, alors que les Parisiens se font violenter, insulter, caillasser, et que leurs commerces sont brûlés par des racailles. Je suis sûr que beaucoup sont exaspérés d’entendre leurs élus parler de « violences policières » et légitimer les blocages de lycée. Ils veulent qu’on remette de l’ordre dans la ville. Y compris ceux qui ont voté pour Grégoire.
Allez-vous redemander l’armement de la police municipale au prochain Conseil de Paris ?
Nous le demandons extrêmement régulièrement. J’essaie au moins de pousser le taser, comme le recommande un rapport parlementaire qui y voit une étape intermédiaire. Je suis convaincu qu’ils finiront par y venir mais malheureusement, je crains qu’ils ne le fassent que quand un policier municipal sera blessé. Comme disait Lacan, le réel, c’est quand on se cogne.
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