Alors que le chef du RSS, puissant mouvement idéologique du nationalisme hindou, doit se rendre à New York, son organisation poursuit en Inde son entreprise de réappropriation du passé.
Connaissez-vous Chhatrapati Shivaji Maharaj (Shivaji) ? Général et fondateur de l’État marathe au XVIIe siècle, il est devenu aujourd’hui une figure de proue du nationalisme hindou, notamment pour le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS). À Sangareddy, dans le Telangana, ses militants défilent régulièrement devant une statue du souverain marathe, érigée à des centaines de kilomètres de son ancien royaume. Derrière cette mise en scène se joue une bataille mémorielle qui oppose, en filigrane, les deux principales communautés religieuses de l’Inde.
Mort en 1680, Shivaji est notamment connu pour ses affrontements avec l’empereur moghol Aurangzeb. Ce dernier est aujourd’hui une figure honnie des nationalistes hindous, qui voient en lui le symbole de siècles de domination musulmane sur le sous-continent. Des États dirigés par le BJP du Premier ministre Narendra Modi, proche allié du RSS, ont ainsi financé plusieurs projets destinés à promouvoir l’héritage de Shivaji. Depuis 2022, des centaines de statues du souverain ont été érigées bien au-delà du Maharashtra, parfois clandestinement ou avec le soutien d’élus locaux. En mars 2026, l’armée indienne en a même sciemment inauguré une au Ladakh, à la frontière du Pakistan, l’ennemi héréditaire. Cette prolifération dépasse désormais la simple commémoration historique. Les statues sont devenues des marqueurs identitaires, matérialisant dans l’espace public la volonté de faire de Shivaji un symbole de l’Inde hindoue, face à une minorité musulmane dont la place dans ce nouveau récit national est de plus en plus questionnée.
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Cette lecture manichéenne est pourtant contestée par les historiens. Réduire les guerres de Shivaji à un simple affrontement entre hindous et musulmans reste un anachronisme : des musulmans servaient dans son armée, tandis qu’Aurangzeb employait lui-même de nombreux hindous. Les conflits du XVIIe siècle relevaient avant tout de rivalités politiques, territoriales et dynastiques. À travers Shivaji, ce n’est donc pas seulement l’histoire que le RSS entend réécrire, mais le présent. En transformant le héros marathe en symbole de la résistance hindoue, le nationalisme indien redessine peu à peu les contours d’une nation où l’islam semble devoir occuper une place toujours plus marginale, quitte à vouloir l’éradiquer un jour de l’Inde du Mahatma Gandhi.




