Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…
Un coup de foudre. C’est ce que nous avons ressenti, la Sauvageonne et moi, lorsque nous avons découvert le centre-ville historique de Meaux. Ces petites rues gorgées d’Histoire, d’histoires ; ce passé (mon temps préféré ; le présent m’indispose et le futur m’inquiète) surgit de partout. Et la cathédrale ? Magnifique ! Superbe ! Comme le rappelle le site montjoye.net, la construction de la cathédrale de Saint-Étienne de la ville de Meaux commença à partir de 1175 mais les travaux s’arrêtèrent en 1540 ; ils ne furent jamais réellement terminés. Elle mesure 85 mètres de long, donc d’une taille relativement modeste par rapport à celles d’Amiens et de Paris. Chef-d’œuvre de l’architecture gothique, sa construction s’est étalée sur plus de 350 ans, entre 1175 et 1540. « Cette longévité exceptionnelle explique la coexistence de tous les stades du style gothique, du primitif au flamboyant, tout en conservant une harmonie visuelle remarquable », précise le même site. « Marquée par les épreuves de l’histoire, notamment la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion, elle demeure célèbre pour son lien étroit avec Bossuet, l’Aigle de Meaux, qui y fut évêque au XVIIe siècle ».
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Ce n’est pas tout ; à l’intérieur, nouvelle surprise et pas des moindres. Une exposition rend hommage à trois martyrs de l’apostolat, originaires de la paroisse : le père Maurice Rondeau, René Boitier et René Rouzé, victimes de la barbarie de l’Allemagne nazie. Ils furent béatifiés le samedi 13 décembre 2025, lors la messe de béatification de cinquante martyrs de l’apostolat à Notre-Dame de Paris. Jeunes prêtres, séminaristes, religieux, scouts ou militants de l’Action catholique, ils avaient répondu à l’appel du cardinal Suhard et rejoint clandestinement les ouvriers français envoyés en Allemagne par le Service du Travail obligatoire (STO). Leur mission ? Offrir à ceux-ci un soutien spirituel, ce malgré l’interdiction du régime nazi. Comme il est indiqué sur le site de Notre-Dame de Paris, « arrêtés en 1943, beaucoup furent emprisonnés, torturés, déportés, ou moururent d’épuisement et de maladie ».
Né le 25 août 1911, à Neuvy, dans la Marne, fils d’un agriculteur tombé au Champ d’Honneur en 1915, Maurice Rondeau étudia au petit séminaire Sainte-Marie de Meaux, puis rejoignit le grand séminaire de Meaux (actuel lycée Jean- Rose). Ordonné prêtre dans la cathédrale de Meaux à 24 ans, il eut connaissance de l’appel de l’archevêque de Paris, se porta volontaire pour devenir simple ouvrier à Aix-la-Chapelle « afin d’accompagner spirituellement les jeunes Français du Service du Travail Obligatoire, sans aumôniers ». Dénoncé pour son apostolat, il est arrêté le 7 août 1944 par la Gestapo et déporté à Buchenwald. Avec les autres déportés, il vit dans des conditions de vie épouvantables. Elles lui seront fatales : libéré par l’armée américaine le 23 avril 1945, il meurt d’épuisement le 3 mai 1945 à Cham, en Bavière. Il avait 33 ans.
Né à Faremoutiers, en Seine-et-Marne, le 8 mars 1917, René Boitier est mobilisé en septembre 1939 au 221e bataillon de Sapeurs, dans la région de Metz. Son bataillon est engagé dans la poche de Dunkerque en mai 1940 ; il parvient, dans la débâcle, à gagner l’Angleterre, puis rentre en France, et choisit librement de repartir au front, où il est fait prisonnier de guerre. Envoyé au Stalag VI-G près de Bonn, il fait la connaissance de Maurice Rondeau, découvre le scoutisme et déploie une activité missionnaire auprès de ses camarades. A l’approche des armées alliées, les Allemands font évacuer le camp. Dans l’un des convois de la mort, René Boitier, épuisé, décède le 29 avril 1945 en arrivant à Dachau, à peine libéré par les forces alliées. Il avait 28 ans.
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René Rouzé est né en janvier 1922 à Bombon, près de Mormant (Seine-et-Marne). Des amis et sa fiancée le conduisent à s’engager dans la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). Réquisitionné par le Service du Travail Obligatoire (STO), en juillet 1943, à 21 ans, il est employé comme expert dans une usine près de Potsdam en Allemagne, puis transféré dans une savonnerie à Dessau et enfin à Hirschberg où il travaille comme chimiste. Arrêté en raison de son apostolat le 4 décembre 1944, il passe quelques jours au camp de déportés juifs de Hirschberg, puis rejoint le 18 décembre le camp de concentration de Gross-Rosen. Devant l’avancée des troupes russes, les Allemands décident une évacuation vers le camp de Dora-Mittelbau ; de nombreux déportés périssent. René Rouzé, l’un des rares survivants, y arrive le 11 février. Epuisé, il meurt quelques jours plus tard, le 18 février. Il avait 23 ans. Une exposition pleine d’émotion.
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