Le voile islamique relève au fond de notre dimension psychologique plus que de la religion. C’est seulement un ou deux versets coraniques – interprétables et interprétés – qui fonderaient le port obligatoire du voile. La preuve, déjà au VIIe siècle en Arabie comme partout au Moyen-Orient c’était la règle que toutes les femmes aient la tête couverte !

Le coran dit donc précisément et uniquement que par leur habillement les musulmanes doivent être « reconnaissables » en tant que telles parmi les autres (et non cachées), comme moyen d’être protégées des agressions (légion à l’époque – sourate 33.59). D’autre part le fichu (khîmâr) dont il est question en sourate 24.31, est destiné à couvrir les décolletés, la poitrine, et non la tête, pour éviter une provocation qui éveille la sexualité chez l’homme. Ce qui n’est pas un mal en soi !

Ce que cache le voile

Or le voile qui fait polémique aujourd’hui sert (est appelé) à masquer la tête, pour le moins la chevelure, voire tout le visage et dans la mesure du possible même les yeux (burqa). Ce qui pousse bien sûr le voilement au-delà de la pudeur ou décence, à un niveau critique, d’autant plus que cela se passe dans des pays qui portent significativement un développement culturel bien différent.

En filigrane donc se trouvent inscrits dans le port du voile des réflexes psychologiques. Comme le fait, louable, qu’on ne veuille pas attirer ou attiser malencontreusement quiconque par ses formes ou sa beauté. Ou encore la jalousie d’un mari (compréhensible car naturelle) ou d’un frère, voire la paix familiale et sociale.

Mais à l’inverse il peut encore devenir un subtil moyen de séduction (de plus) pour la femme qui se voile : quand les fenêtres étincelantes de l’âme encadrées d’un noir tissu sont parées de maquillage…

En parallèle, le mâle, et plus largement tout l’être humain, tout civilisé qu’il ou qu’elle soit – et l’actualité d’Hollywood le démontre encore -, n’a pas fini d’avoir des problèmes (de tentations ou d’érections) avec ses organes qui de génitaux deviennent de plus en plus sexuels. Honnêtement, on ne peut pas se voiler la face sur ce glissement de plus en plus public !

L’identification par le voile

C’est donc noble qu’une femme, voire qu’une famille trouve une justification au voile – comme dans le pantalon (pas trop moulant) ou les jupes longues -, par décence ou pudeur. Et je ne crois pas que la véritable liberté d’expression perde quoi que ce soit en l’espèce.

Ce qui est critiquable c’est qu’en Occident on se serve désormais de cet objet pour affirmer sa religion – alors même qu’au même moment au Moyen-Orient des femmes soumises à la même loi religieuse se débattent pour en être dégagées.

Il y a encore quelques décennies, les curés étaient en soutane (pour qu’on les reconnaisse comme étant d’un clergé), et les « bonnes sœurs » étaient couvertes d’une coiffe ou une autre. La Bible en parle-t-elle ?

Elle dit que la chevelure de la femme lui a été donnée pour être sa gloire (le mot original inclut la notion de beauté). C’est-à-dire ce qui peut contribuer à ce qu’elle soit belle et aimée. Mais dans la condition de chute qui est depuis la nôtre, la beauté n’est pas pour les femmes qu’un avantage !

Le voile est donc là une sorte de paravent face aux regards, des hommes bien sûr, voire aujourd’hui aussi de certaines femmes…

Mais cette façon permanente que les religieuses avaient d’être voilées, n’était pas plus biblique que le voile aujourd’hui en question n’est coranique. Le Nouveau Testament – Écritures pérennes qui devraient aussi prévaloir sur les traditions ultérieures – prescrit que la femme chrétienne doit être voilée dans l’exercice de sa foi, « quand elle prie ou prophétise » (1ère lettre aux Corinthiens ch. 11, vers. 5). Seulement !
Aussi, par esprit d’apaisement vis-à-vis de la pensée laïque appuyée par quelques anticléricaux peu tolérants, et parce que la volonté de Dieu n’avait rien à faire avec ce port, bon gré mal gré les signes extérieurs de la foi chrétienne – dits ostentatoires (qui provoquent les impies) ! – ont-ils été enfouis ou délaissés – ce qui ne rend pas la foi moins vive quand elle est authentique.

Rapports de force

Alors bien sûr, on est dans un rapport de force, comme il y en eut pour arriver (et ensuite) à la séparation de l’État et des religions (alors principalement catholique et protestante). Rapport de force entre religion de certains et impiété d’autres. Et, non sans quelque rapport, rapport de force jusqu’entre… mâle et femelle ! Au point où il y a quelques années, les femmes ont été placées sous la pression « des seins nus » sur les plages (soi-disant – soi-pensant – pour mieux affirmer l’égalité des sexes). Et maintenant, d’autres sont, pas plus librement je pense, amenées à se baigner couvertes de la tête aux pieds. Qui, avec un peu de recul, peut voir ici et là de la liberté d’expression ?

Et donc parce qu’on est dans des rapports de force, il n’est pas question d’avoir deux poids deux mesures pour une même question, la cohérence étant davantage gardienne d’une unité (bien relative mais souhaitable) qu’une injustice de plus. Ainsi c’est aujourd’hui au musulman à prouver que sa foi en Dieu n’est pas un leurre, une simple croyance héritée ! Car si on croit réellement au Dieu vivant, on le croit capable de préserver notre foi sans qu’on ait à vouloir l’imposer, capable de rendre lui-même croyant un athée (ce qu’il a fait avec moi), ou encore de garder sa femme des tentations que le diable (Shatan) peut activer sur son âme ou sur un quelconque quidam qui se mettrait à la désirer.

Souvenons-nous encore ou sachons que dans tous les cas, dit la Bible, habite en chacun de nous une loi de notre déficience adamique appelée « loi du péché », force intérieure maligne qui incline à transgresser. Ce qui fait que plus on veut interdire, maîtriser, dominer, plus on fait se lever en réaction cette force maligne qui un jour ou l’autre fait franchir la frontière. « La loi [la religion] provoque la colère » (lettre aux Romains ch. 4, v. 15)…

Ce qui fait que la foi en tant que confiance en Dieu est plus importante que l’astreinte à vivre le réel soumis à des lois (une religion quelconque) qui s’imposent de l’extérieur, et que vouloir triompher des forces mauvaises par nos seuls mérites et propres forces.

Et donc à partir de là, il faut bien aussi parler de Dieu lui-même (à visage découvert, c’est plus pratique), en fonction de ce qu’on peut savoir ou comprendre de lui et d’écritures qui lui sont attribuées. Autre paramètre alors à prendre en compte, c’est que Dieu, en conséquence à la fois d’un machisme récurrent et de l’asservissement (ou avilissement) sexuel croissant de l’homme à la femme, permet par la voie occidentale à la femme en général de prendre une position nouvelle de pouvoir, avec de hautes places d’autorité qui se multiplient. Cela va déjà au-delà de la raison (en tant que bon sens), de la volonté divine même (il permet ne signifie pas qu’il approuve), pour plusieurs de leurs compétences réelles, et même au-delà de la parité (sur les chaînes télé par exemple et le divorce) !

Où est là le problème (dans le sens de conséquences potentielles fâcheuses) ? C’est que ce n’est pas en devenant davantage féminine qu’elles montent au créneau, mais en s’appropriant tel attribut masculin (comme le droit au dernier mot dans le couple, que l’homme prend ou cède, c’est lui qui décide) au détriment de certains des leurs (douceur, accompagnement…).

Rapport de force là aussi : attributs masculins et féminins typiques existant comme déterminismes indépendamment et antérieurement à toute culture, ou simple vue culturelle ancienne à démolir ?…

Si l’on y réfléchit objectivement pour atteindre davantage les vérités en soi, cela rend les rapports et projets vis-à-vis des genres moins conflictuels et déstabilisants, départis des effets nocifs à mortifères des frustrations et de la haine qu’engendrent certains changements organiques de rôles… et qui déjà s’engrangent. Il en résulte que nonobstant et à cause d’une loi controuvée comme la parité (difformité de l’égalité), l’homme, le mâle, n’a plus pour solution que de s’aplatir, de subir anormalement le dernier mot de l’autre, ou de péter les plombs !… Ce qui ne va pas aller en se résorbant.

« Le XXIe siècle sera religieux ou il ne sera pas. »

Alors où est l’équilibre théorique des genres ? Dans la lutte des classes insidieusement appliquée aux couples ? Et l’amour là-dedans – je veux dire du cœur (agapé ou filéo) – subsiste-t-il encore dans quelque pré, quand on voit le meilleur se changer – être changé -, ou se renforcer, en séquestration, déconstruction et douloureuses décompositions ?

De fait le voile – ce peu de chose, mais il est des peu-de-choses qui enraillent de puissantes mécaniques – est à l’intersection de la montée de l’islam et de celle de la femme dans un contexte laïc que rendent impuissant ses iniquités, la démocratie bafouée, voire son impiété même. Il met, ce voile, au cœur de notre actualité, plus encore que la question de la religion, celle de la croyance et de l’existence ou pas d’un Dieu. Et en fait, nous ne sommes tous que des croyants, certains croyant qu’existe un Dieu et d’autres croyant qu’il n’existe pas. Or il y a forcément qu’une seule réponse juste à cette question !

Sauf encore après, une autre question capitale qui vient – et c’est là qu’est le plus gros travail dans notre liberté, en matière de quête de vérité – : mais lequel Dieu est-il vraiment, parmi et au-delà des représentations qui en sont faites et proposées ? Lequel est-il que nous ne confondions pas avec son et notre adversaire le plus conséquent, S(h)atan, l’ange rebelle déchu, le marionnettiste pas encore rancardé dont l’Histoire montre qu’il se sert autant de certaines de nos croyances que de notre impiété pour tuer, dérober, spolier, génocider (s’il faut l’inventer), violer les corps comme les lois et autres alliances ?

On attribue à André Malraux que « le XXIe siècle sera religieux ou il ne sera pas. » Pour le moment il l’est ! Mais comme la religion m’est apparue un jour être seulement une sorte d’échafaudage (pratique mais aussi dangereux) pour construire une maison, l’essentiel pour celles à qui on a appris à se voiler (jusqu’à trop pudiquement) et pour celles à qui on a appris à se dévoiler (jusqu’à trop impudiquement), et encore pour tous les mecs qui craignent ou qui mâtent, l’essentiel est que la maison (temporelle, provisoire, destructible) que forment nos corps, soit bien habitée ! Habitée pourquoi pas jusqu’à ce que nous soyons éternisés par l’Esprit d’un Dieu vivant qui est vie éternellement.

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