Le vendredi noir avant l’aube d’un nouveau jeudi noir ? C’est la ruée aux portes des magasins. C’est la folie sur internet…


Les chalands s’empressent ; Les corps se bousculent ; les clics s’enchaînent ; les paniers réels ou virtuels se remplissent. Tout le monde a les yeux de Chimène pour le dernier gadget technologique ; le nouveau blouson à la mode ; ou le billet d’avion à prix cassé. Tous semblent hypnotiser par la fièvre du vendredi noir qui jette ses strass et ses paillettes de promotions sous les yeux énamourés et ensorcelés des acheteurs.

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Mais derrière la fièvre du « black friday » se cache le spectacle sinistre de la mort du keynésianisme. Avec le boom fordiste de l’après-guerre, le capitalisme avait réussi sa mutation. Il fallait tout reconstruire. Tout rebâtir. Vendre un nouveau rêve. Un nouvel idéal. Une « american way of life » à tous les citoyens de la planète. Les marchandises coulaient à flots. On s’équipait à tour de bras. On entrait dans la vie de confort. La paix du commerce semblait suivre son cours. Les syndicats obtenaient des augmentations de salaire ! Le patronat s’inclinait sans sourciller pour ses profits ! L’Etat s’enrichissait ! La concorde semblait trouvée. Le capitalisme était à son âge d’or. On ne jurait plus que par lui.* Les riches vivaient bien; les pauvres devenaient moins pauvres. C’était Alice aux pays des merveilles. C’était la social-démocratie.

Situation ubuesque : 98% des marchandises qui se baladent sur le globe sont aujourd’hui des crédits ou autres « produits financiers » contre 2% de produits réels

Pourtant, il y avait un hic dans tout cela ; un virus dans le système. Un « bug » ; « une contradiction interne » selon les mots de Karl Marx. En effet, dans le monde capitaliste, le prix de toute marchandise est évalué par le temps de travail qu’il faut pour la produire. En apparence, pendant le boom « fordien-keynésien » chaque hausse de productivité entraînait une augmentation en volume du nombre de produits mis en circulation. Mais, en réalité, quelque chose d’autre se passait en coulisses. Plus les marchandises étaient produites rapidement, du fait des améliorations technologiques, plus la valeur individuelle de ces mêmes marchandises diminuait. Or, c’est bien cette diminution qu’il fallait à tout prix éviter en haussant encore la productivité et en produisant toujours plus de marchandises afin de compenser la dévalorisation permanente des marchandises produites. Cela nécessitait alors une extension du marché, appelée aujourd’hui globalisation, pour écouler ces nouveaux produits et une extension du salariat à l’échelle mondiale.

Capitalisme 2.0

Dès lors, confronté à l’insoluble équation de cette dévalorisation permanente, le capitalisme productif devait nécessairement muter pour garantir sa survie. C’est là que le capitalisme fictif entre en jeu. Dès les années 80, avec la politique mise en place par Thatcher et Reagan, largement influencée par les analyses de Friedman et son école de Chicago, nous assistions à la naissance de ce que l’on a appelé « la dérégulation financière ». En clair, le capitalisme productif était mort! Vive la spéculation! Dans les faits, cela s’est traduit par une explosion des titres financiers à l’échelle mondiale. Et jusqu’à la situation ubuesque où 98% des marchandises qui se baladent sur le globe sont aujourd’hui des crédits ou autres « produits financiers » contre 2% de produits réels. Nous sommes alors passés d’un capitalisme qui produisait de la valeur dévalorisée à un capitalisme qui anticipe de la valeur dans l’avenir qu’elle n’a pas encore créée. Autant dire que le capitalisme d’aujourd’hui vend la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Dès lors, les « économistes moraux » qui réclament le retour à la théorie du ruissellement n’ont rien compris à la mutation en cours. Tout comme les marxistes qui réclament un honnête partage – qui n’a jamais existé – entre le capital et le travail, et qui pensent encore que l’industrie de « papa » a de l’avenir et qu’il suffit de moraliser nos chers financiers pour les faire revenir dans le droit de chemin.

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En fait, c’est oublier que le financier lui-même n’est qu’une personnification du capital – certes grassement payé – et qu’il n’est aucunement le responsable attitré de cette soi-disant dérive. C’est au contraire le capitalisme qui dérive et qui nous entraîne tous dans sa chute. Aujourd’hui, si les dettes explosent, si les crédits s’envolent, si les bourses enregistrent des montants record, c’est tout simplement parce que la valorisation du capitalisme se réalise dans les sphères financières et plus dans les entrailles de la production réelle. En effet, l’argent, comme toute marchandise s’échange, et ne cesse de se dupliquer, de se redupliquer grâce à tous les trésors d’inventivité mathématique de l’ingénierie financière. La crise de 2008 n’était qu’un avant-goût de ce qui nous attend, et le rôle joué par les banques centrales comme prêteur en dernier ressort ne fera que se renforcer. Posant ainsi la question de la légitimé démocratique de ces institutions totalement opaques et des conséquences réelles de leurs politiques monétaires sur la vie quotidienne de millions de gens.

Le transhumanisme, le salut du capitalisme ?

ll est clair aujourd’hui que le capitalisme fictif est entré dans sa phase dite d’ «ubérisation», à savoir une suppression du travail vivant par le travail mort, par le travail technologique. Aujourd’hui, Général Motors ne tire pas ses immenses profits de la vente de ses voitures, mais du nombre d’investissements spéculatifs qu’il réalise. Si l’on comprend que le capitalisme est toujours fonction du travail vivant, des hommes en chair et en os, l’on doit comprendre alors que le passage à une économie dite numérique pousse nécessairement le capitalisme à sa perte. Pour l’instant, la technologie joue le rôle de porteur de valeur, d’espoir de valorisation, de renouveau du capitalisme, mais sans jamais voir que le capitalisme tire depuis toujours son profit du travail vivant, des hommes, et jamais des machines !

Nous voilà alors entrés dans cette période de transition effrayante où les technoprophètes sont les nouveaux religieux de demain, poussant l’homme à se machiniser, à se barder de puces, de robots, pour continuer à suivre le mouvement d’un capitalisme toujours plus inhumain. Il suffit de voir les alertes incessantes de tous les organes officiels sur le climat pour comprendre qu’il ne reste plus qu’un choix: une sortie du capitalisme ou la mort de l’homme par K.O. Un véritable renouveau ou un véritable « black-out ».

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