(Photo : SIPA.AP21882387_000010)

La gauche française, ou ce qu’il en reste, loin du « terranovisme » du Parti socialiste, loin des libéraux libertaires comme Macron, c’est un peu comme les cathos progressistes. Ils ne sont plus très nombreux mais l’on n’entend qu’eux, ils sont encore à de nombreux postes décisionnaires. Et surtout ils se posent encore en arbitres des élégances politiques faisant valoir le plus possible leur capacité de nuisance quitte à se ridiculiser comme Badiou victime d’un canular comme ce vulgaire « sioniste » de BHL avec les dépositaires de la mémoire de Jean-Baptiste Botul.

Il faut dire qu’ils ont beau jeu de le faire. La droite est littéralement tétanisée par la peur panique d’être assimilée à la Réaction : tout ce qui rappellerait les fameuses z-heures les plus sombres de notre histoire, des souvenirs « nauséabonds » de Vichy où il y avait des politiques de tout bord, sauf des communistes.

Nuit debout est une émanation directe de cette « gauche morale » voire moralisatrice. Et ce sont ses enfants qui chaque nuit se rassemblent place de la République à Paris. Certains se sont demandés gravement, se demandent encore, qui sont ses gosses, de quel milieu viennent-ils. A noter que ce sont aussi des enfants perdus souffrant de carences d’éducation de la part de leurs géniteurs souvent absents à lire l’article de Ludovic Fillois sur Causeur.fr. Leur milieu ? Voyons voir ? Quel est le milieu social où l’on peut se permettre de veiller toute la nuit pendant trois semaines sans incidences sur ses revenus ? Pas un milieu précaire en tout cas, cela paraît largement évident…

Je m’étonne grandement soit dit en passant, en parlant de précarité sociale, que personne ou presque ne se soucie véritablement des personnels de nettoyage de la Mairie de Paris qui chaque jour viennent ramasser les ordures et passer le tout au jet. Eux sont des précaires par contre, le plus souvent mal logés. Où est donc leur place dans les diverses commissions mises en place au sein de Nuit debout ? Curieusement (sic) on ne les trouve nulle part. Ce n’est pas très étonnant me dira-t-on…

Oui car il y a des commissions pour chaque sujet au sein de Nuit debout qui en à peine trois semaines a réinventé la bureaucratie stalinienne. Rien de bien neuf lorsque l’on lit les délibérations des commissions, les affiches de ces veilleurs d’ultra-gauche, leurs déclarations à la télévision. C’est toujours et encore le même jargon absolument imbittable, on m’excusera du mot mais il est parfait, en vigueur depuis des lustres au sein de cette gauche vraiment de gauche, tellement partageuse que ses militants partagent tous leur salaire avec des prolétaires exploités.

Du Grand soir au grand barnum consumériste

Cela a au moins le mérite de me rappeler mes années de fac à l’Université de Nanterre où les mêmes groupuscules, aux noms claquant comme de grandiloquentes déclarations de bonnes intentions employaient exactement les mêmes slogans, le même discours, avait le même folklore vaguement africano-reggae-pouèt pouèt (« Tu ois l’Afrique j’veux dire c’est tellement authentique t’ois, z’ont pas besoin de tous nos gadgets, du coup sont drôlement plus humains que nous en fait… », etc.).

Il est également une contradiction énormissime entre leur discours anticapitaliste, se voulant refondateur, et leur participation plus qu’enthousiaste au grand « Barnum consumériste » (TM). Il me semble bien que la plupart d’entre eux poste des messages, de nombreuses photos sur Facebook, des commentaires à la pelle sur Twitter, des affiches en pagaille sur Instagram. Et leurs leaders, qui finiront adjoints à la mairie de Paris, passent à la télévision. On peut lire également souvent des sympathisants de ce mouvement réclamer avec véhémence beaucoup plus de visibilité dans les médias qui sont pourtant inféodés au Grand Capital. Un geste cohérent avec toute cette « envie de révolte, de crier zut, crotte , chier », le premier à faire, cela aurait été de jeter de suite son « smartphone », sa tablette numérique ou son ordinateur à la poubelle. Non ?

Au lieu de cela ces rebelles en charentaises se font féliciter par la préfecture de police de Paris pour leur comportement exemplaire lors des dispersions. De braves petits toutous rebelles mais disciplinés et dociles donc.

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Amaury Grandgil
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