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M. le président, il faut économiser sa honte!

Tout le monde ne soutient pas les manifestations de ce samedi

M. le président, il faut économiser sa honte!
Graves débordements lors des manifestations anti-police le 28 novembre 2020, Paris © Francois Mori/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22517666_000025

Après les violences subies par Michel Zecler lors de son interpellation par des policiers, le président semble rejoindre ceux qui s’indignent et ont manifesté bruyamment ce samedi 28 novembre. L’analyse de Philippe Bilger.


Le président de la République a délivré un long message sur Facebook où il faisait part de sa “honte” face aux images “insupportables” de la brutalité durable et raciste dont Michel Zecler, un producteur noir, a été la victime à l’intérieur du studio comme à l’extérieur de la part de trois fonctionnaires de police, un quatrième jetant une bombe lacrymogène.


Pourquoi ces vidéos ont-elles indigné bien au-delà du cercle des opposants compulsifs de la police quoi qu’elle fasse, des idéologues aspirant à ce qu’elle seule soit livrée pieds et poings liés à ceux voulant “bouffer du flic”?

Parce que ce déchaînement de violence, apparemment, a surgi comme une malfaisance inspirée par rien d’autre que le besoin de libérer une agressivité folle à l’encontre de cet homme traité de “sale nègre”. Parce que ce dernier, contrairement à tant de polémiques imputant à la police les comportements non civiques de ceux la fuyant ou se battant avec elle, n’a eu rigoureusement rien à se reprocher, bien au contraire, dans cette trop longue fureur exclusivement policière.

Cet unanimisme mêlant président, ministres, élus, droite et gauche, journalistes, célébrités, footballeurs, humanistes patentés et compassionnels conjoncturels, pourrait réjouir alors que tout démontre que notre démocratie est rien moins qu’unie. Pourquoi cependant, face à un tel maelström, est-ce que je me sens un peu gêné, comme si c’était trop?

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Ces dernières semaines, tant de choses nous ont sollicités qui sur les plans sanitaire, de l’ordre, de la sécurité et de la police ne brillaient pas par la cohérence et la limpidité qu’on a le droit de réfléchir au-delà de cet odieux épisode. La gestion totalement erratique d’un article 24 pourtant nécessaire pour protéger la police, notamment dans sa sphère privée, a constitué cet article comme un repoussoir instrumentalisé par les journalistes avant que le Premier ministre ajoute à la confusion par ses fluctuations.

La sincérité de Gérald Darmanin questionnée

Si le président de la République a semblé transmettre récemment des dates susceptibles de nous rassurer sur l’existence d’un dessein gouvernemental, il n’empêche que tous les exclus de novembre et de décembre, rejetés jusqu’en janvier, sont dans un état de désespérance et de colère où l’incompréhension le dispute à un sentiment puissant d’injustice. Il apparaît qu’il y aurait un “sanitaire” deux poids deux mesures et qu’on peut craindre que notre société déjà largement éprouvée s’enfonce l’année prochaine dans un gouffre tragiquement mesurable.

Sur la police elle-même, on est heureux d’apprendre que le préfet de police a demandé à ses troupes de respecter “une ligne républicaine”. Je suis persuadé qu’il ne s’oublie pas dans cet avertissement. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin devient une cible commode. Il est vrai que lui-même mène une politique qui ne plaît pas à ce qu’il y a de gauche dans LREM et le fait de telle manière en mêlant, ces derniers jours, juste rigueur et démagogie précipitée qu’il peut faire douter de la constance et de la sincérité de son projet. Il donne trop l’impression d’avoir des embardées contradictoires plus qu’une plénitude digne de ce nom.

Gerald Darmanin photographié avant son entretien au journal de 20 heures de France 2, le 26 novembre 2020 © Thomas COEX / AFP.
Gerald Darmanin photographié avant son entretien au journal de 20 heures de France 2, le 26 novembre 2020 © Thomas COEX / AFP.

Mais à tout seigneur tout honneur. Le président de la République n’a pas seulement eu “honte”. Il a affirmé qu’il “croyait en la République exemplaire et en une police exemplaire” et qu’il attendait rapidement qu’on lui soumette des mesures pour lutter contre les discriminations dans la police. Incitant à ne jamais succomber à la violence, d’où qu’elle vienne, il ne risquait pas, avec ces nobles banalités, d’être contredit. L’action est malaisée: le verbe généreux compense et console.

Le terme “croire” est signifiant. Il manifeste comme l’exigence ne relève pas de la volonté mais du souhait.

Pour cette République exemplaire, serait-ce enfin l’irruption bienfaisante d’un nouveau monde de l’éthique quand depuis 2017 l’ancien a dominé?

Pour cette police exemplaire, il convient surtout de ne pas tirer de la brutalité inouïe que Michel Zecler a subie, des conclusions qui globaliseraient.

Mais qu’on me permette de ne pas tomber dans une absurde stupéfaction révélant à la fois une méconnaissance de la réalité et une naïveté face à la difficulté des missions policières. Dans la mesure où j’ai toujours soutenu que l’usage de la force légitime par la police était conforme à l’esprit républicain, je n’ai jamais minimisé les rares violences illégitimes que certains fonctionnaires pouvaient commettre, de sorte que je ne suis pas surpris, mais tétanisé par leur caractère délibéré.

Les manifestants du 28 novembre oublient les violences dont sont victimes les policiers

Je n’oublie pas non plus que pendant qu’on compatissait avec ce producteur, d’autres policiers, au quotidien, étaient victimes de scandaleuses résistances, de graves atteintes et que par exemple dans le même trait de temps une quinzaine de voyous, en Seine-et-Marne, s’en prenaient à des fonctionnaires attirés dans un guet-apens.

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Je ne rappelle pas ces évidences pour faire preuve de mauvaise foi mais pour mettre sur un plateau de la balance l’intolérable d’agressions ponctuelles comme celle à l’égard de Michel Zecler, et sur l’autre les mille offenses verbales et physiques causées à des policiers dans l’accomplissement de leur mission. Il me semble que ma démarche n’est pas inutile alors qu’une foule impressionnante défile à Paris le 28 novembre, mais contre les seules violences policières et la loi “sécurité globale” qui n’avait rien de liberticide.

Mollo!

En même temps, dans cet étrange climat où le pouvoir semble même dépassé par le cours d’événements qu’il a pourtant initiés, la cote du président monte, celle de plusieurs ministres, comme si le pays ne se sentait pas vraiment concerné dans ses profondeurs par l’écume des anecdotes politiciennes mais jugeait passable, voire en progrès l’action du gouvernement. Mais de grâce, que le président économise sa honte et économisons la nôtre avec lui! On a pu déjà en dépenser beaucoup depuis 2017 et il y aura, dans notre avenir agité, mille opportunités d’indignation, de mépris, de révolte: il faudra qu’il nous en reste encore.

Car un pouvoir jamais assez exemplaire, une police jamais assez exemplaire et des citoyens jamais assez républicains !

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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