Quel beau révélateur ! Alors qu’une immense majorité des élites économiques, politiques et médiatiques persistent à croire que l’euro est une bonne chose, qui nous aurait même protégés pendant la crise, le peuple français pense de plus en plus le contraire.

La fracture monétaire

Un nouveau sondage révèle en effet que 60% des Français (contre 53% des Allemands) sont mécontents de l’euro, ce qui fait de nos compatriotes les plus eurosceptiques de la zone, les Britanniques étant plus de 80% à penser que l’euro n’apporterait aucun bénéfice. À peine 33% de la population pense que l’euro a apporté des bénéfices économiques à notre pays. Bref, la rupture avec la monnaie unique semble consommée. Rappelons pour faire bonne mesure que près de 40% des Français souhaitent le retour du franc.
Nul doute que les élites en tireront la conclusion qu’elles seules sont à même d’apprécier les bienfaits de cette monnaie unique que le bas peuple est incapable de comprendre. Cela serait sans doute un bon éditorial pour Alain Duhamel, Libération ou le Monde, qui soutiennent la monnaie unique avec la foi des religieux les plus extrêmes. Pourtant de plus en plus d’économistes réputés (Alain Cotta, Christian Saint Etienne, Jacques Sapir, Gérard Lafay) prennent position contre la monnaie unique, sans compter ceux qui critiquent la politique de la BCE…

Populisme et réalité

D’ailleurs, une analyse de la monnaie unique permet de conclure à sa dangerosité et je n’ai jamais croisé le fer avec une argumentation un tant soit peu solide la défendant. Ses partisans se contentent en général de dire qu’il serait trop compliqué de revenir en arrière, que cela reviendrait à tuer l’Europe ou que revenir au franc est passéiste. Mais d’une solide argumentation économique, il n’est jamais question.
Le décalage d’opinion entre les élites et le peuple tient sans doute au fait que si la monnaie unique a des avantages pour les premières (facilité pour les voyages intra-européens, protection des épargnants par la politique anti-inflationniste), ses inconvénients ne sont que pour le second (destruction d’emplois dans l’industrie du fait de sa surévaluation, compression du pouvoir d’achat dans une course sans fin à la compétitivité). Bref, le peuple a compris, lui, que l’euro ne servait pas l’intérêt général.

Depuis leur bulle, certaines élites ne parviennent pas à comprendre les travers de cette construction monétaire inique. Mais l’analyse qu’on en fait révèle la fracture sociale. Autrement dit, une divergence d’intérêts.

Lire la suite