Photo : Jonathan Rashad.

La question de l’existence de l’État d’Israël est à nulle autre semblable et elle est souvent le fruit de débats stériles. Peut-être est-ce parce que cette question a toujours été mal posée et que c’est moins l’actualité qu’il faudrait interroger que la possibilité d’une narration. C’est ce que tente Myriam Sär, avec un roman étonnant, L’an dernier à Jérusalem .

Ce que nous raconte ce livre, c’est ni plus ni moins que la fin de l’Etat israélien et la menace du retour en exil de sa population. Il le fait à travers le prisme de quelques personnages loin de toute caricature et nous sommes moins dans un roman à thèse que dans son inverse précis : un roman d’idées contre les idéologies, un ouvrage pro-israélien qui refuse la facilité de l’engagement et enfin un pamphlet qui ne défend rien d’autre que cette chair humaine broyée par l’histoire, trop souvent oubliée par les pros et les antisionistes.

Outre une langue frénétique débordée par le sentiment mais qui ne s’éloigne jamais de la raison et de l’intelligence, ce qui impressionne dans cet objet littéraire non identifié, c’est la volonté de croire en la destinée narrative du peuple Juif, en cette capacité à faire de la faiblesse une force, proche de la vertu d’Espérance, et à vouloir coûte que coûte tenir la valeur du sens. C’est un roman oxymore, puisque que refusant le manichéisme, Myriam Sär ne s’interdit pas de tenir ensemble plusieurs positions d’apparences contradictoires si elle les trouve justes.

Aussi la critique formulée à l’égard d’Israël, ainsi que les attaques lancées contre les détracteurs de cet État dont on finit par se demander ce qu’il a de si particulier pour réunir devant lui un tel amour et une telle haine, apparaissent moins comme l’image de la haine de soi ou de la colère contre l’autre que comme le désir de distinguer, de comprendre et d’entrer dans l’avenir sans demeurer aveugle au passé.

L’an dernier à Jérusalem est un livre violent, qui refuse de voir un camp du Bien sans pour autant se rassurer dans l’ambiguïté, un Dies Irae d’encre et de papier. Il oeuvre à la reconquête du sens face à l’absurdité des combattants qui pour la plupart n’ont que faire de ces vies qu’ils prétendent défendre et servent plus sûrement d’alibis à leur appétit de sang. L’an dernier à Jérusalem demeure, d’abord et avant tout, le cri halluciné d’une israélienne qui entend nous dire que s’il existe évidemment des Israéliens et des Palestiniens, leurs enfants que l’on tue restent quant à eux des enfants, fixés dans la mort avant de disparaître dans l’oubli auquel chaque guerre, surtout les guerres idéologiques, nous renvoie…

Et il importe peu, finalement, que Myriam Sär soit l’autre nom de Sarah Vajda, ainsi qu’il importe peu que ce livre nous dise que si l’on cherche le Sens, nous ne découvrirons que l’homme. Ce qui compte, c’est qu’il y a des vérités qui, racontées avec un supplément de fureur, nous obligent à reconnaître la terrible nécessité de les rappeler sans cesse.

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