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En France, on n’a pas d’usine mais on a des idées!

Malgré les bonnes intentions des politiques, la France est un pays en voie de sous-développement

En France, on n’a pas d’usine mais on a des idées!
Shenzhen, Chine. Unsplash

Avec la pandémie, la France a pris conscience de sa dramatique désindustrialisation, et de sa dépendance à la Chine. Comment réindustrialiser ? Les candidats à la présidentielle y vont tous de leur annonce, mais on peut se demander s’ils ont bien compris les enjeux.


Si la France fait toujours bien partie du G8, ce club qui réunit les pays les plus industrialisés, la pandémie a laissé entrevoir une autre vérité : notre pays est le plus désindustrialisé d’Europe. Comme le rappelle Claude Sicard dans Le Figaro, « notre secteur industriel n’emploie plus que 2,7 millions de personnes et ne contribue à la formation du PIB que pour 10 % seulement ». Autre chiffre affolant : en 2021, le pays est confronté au pire déficit commercial de son histoire pour atteindre 84,7 milliards d’euros (soit 3,4 % du PIB). Serions-nous à l’aube de l’émergence du premier pays en voie de sous-développement ?

Migrant industriel assimilé à la « Shenzhen speed »

On disposait de nombreux éléments pour prévoir cette situation. A titre personnel j’en ai fait l’expérience quand j’ai pris la décision de partir en Chine, en 2007, après avoir subi la liquidation des usines de Philips au Mans…

Aujourd’hui, basé à Shenzhen, j’ai compris les éléments clés de la stratégie d’industrialisation de cette région : la production y est à portée de main. La proximité de tous les acteurs de la chaîne de la valeur industrielle est un atout de poids considérable. À la « Shenzhen Speed » tout va plus vite et lorsqu’une usine a besoin d’une pièce, elle la reçoit dans l’heure. Aujourd’hui cela est totalement impossible à faire en Europe, car l’ensemble des composants viennent d’Asie… Il convient de prendre en compte ces leçons si on veut voir un jour les industriels revenir en France.

Bien penser la réindustrialisation

En France, l’objectif n’est plus de “lutter contre la désindustrialisation” mais bel et bien d’œuvrer à la réindustrialisation, un chantier pour le moins ambitieux. Ils semblent lointains les jours heureux, ceux des Trente Glorieuses où Jean-Luc Lagardère était notre Elon Musk français… Depuis lors, la France s’est embourbée dans de mauvaises orientations politiques et économiques, pour la plupart édictées à Bruxelles – jusqu’à cette synthèse chimérique de « souveraineté européenne » chère au locataire actuel de l’Elysée.

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Alors que nos élites concentrent leurs efforts essentiellement sur la communication de ce qu’il y a de plus spectaculaire (comme ce fameux “Airbus des batteries” via un consortium européen visant à produire la batterie électrique des voitures du Vieux Continent), elles en oublient l’essentiel : il faut redévelopper un tissu industriel complet, de la souveraineté énergétique à l’extraction de minéraux industriels, jusqu’à la production de masse, sachant que ce tout dernier point n’est pas facile à valoriser dans un message politique.

Ce sont là toutes les conditions nécessaires afin de pouvoir un jour espérer égaler la « Shenzhen Speed ».

France 2030: un horizon incertain  

Le chef de l’État a dévoilé le 12 octobre dernier un plan d’investissement de 30 milliards d’euros sur cinq ans pour développer la compétitivité industrielle et les technologies d’avenir en France.

650 millions d’euros de ce plan de relance ont été attribués à des projets de réhabilitation des friches industrielles, et un budget de 800 millions d’euros a été alloué à la robotique. L’Etat vient aussi de lancer un fond FrenchTech doté de 550 millions d‘euros pour des aides à des projets d’industrialisation. Tout cela semble aller dans la bonne direction mais une question se pose toutefois : pourquoi avoir attendu cinq ans ? Et la philosophie qui se cache derrière ce plan est-elle sincère, ou est-ce encore une ruse politicienne pour séduire un électorat entrepreneurial de toute façon déjà acquis ?

Le président Emmanuel Macron présente le plan d’investissement France 2030 depuis l’Elysée, 12 octobre 2021 © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22614348_000006

France 2022: c’est demain

Dans quelques semaines, l’un des candidats franchira la porte de l’Élysée. Quelles seront ses premières mesures pour réindustrialiser la France ? Aujourd’hui, tous les candidats semblent avoir bien intégré cet impératif, mais force est de constater qu’on assiste surtout à un concours de déclarations :

À gauche, Fabien Roussel (PCF) souhaite interdire les délocalisations. Planificateur et visionnaire, Jean-Luc Melenchon (LFI) avait proposé de son côté de “planifier la réintroduction d’un produit quand sa production n’existe plus en France ou en Europe”, mais il a vite revu ses ambitions à la baisse en affirmant fin janvier que « la réindustrialisation n’est pas un objectif en soi. La vraie question, c’est : “qu’est-ce qu’on doit produire nous ?” ».

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« Championne de la réindustrialisation » et pour la mise en place d’un « protectionnisme intelligent », Marine Le Pen a déclaré vouloir faire « de notre pays le paradis des entrepreneurs et de linnovation ».  Quant à Valérie Pécresse, la candidate LR, elle en appelle à l’action en rompant avec « les slogans creux » tout en voulant réindustrialiser « la France pour réduire notre empreinte carbone »! 

Pour Yannick Jadot (EELV), réindustrialiser veut dire « reconstruire une société de la bienveillance où lautre nest plus une menace, un adversaire, mais un enrichissement, une ouverture. »

Enfin, petit dernier arrivé sur l’échiquier politique, Eric Zemmour semble être le seul à avoir pensé une véritable politique de réindustrialisation dans sa globalité – idée qu’il défend depuis des années maintenant et bien avant que ce ne soit à la mode – sans effet de manches. D’une part via la mise en œuvre d’une réduction des impôts de production afin d’améliorer la compétitivité des entreprises. Il promet d’autre part de favoriser le made in France dans la commande publique. Enfin, il propose d’autre part la suppression des droits de succession des entreprises familiales.

Quel que soit le vainqueur, il devra faire vite: car si la France veut pouvoir un jour rattraper la « Shenzhen speed », elle doit se mettre au travail dès le lendemain du 24 avril 2022.


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Laurent Le Pen est un Français établi à Shenzhen depuis 2007, fondateur d'Omate, une startup spécialisée dans la conception et l'industrialisation de produits connectés.

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