Les médias français nous le répètent à longueur de journée : Donald Trump est richissime et vulgaire, raffole des blagues machistes, trouve la torture tolérable et n’est guère gêné à l’idée de recevoir le soutien d’un ancien leader du Ku Klux Klan – nos journalistes ne manquent pas de nous rapporter toutes les saillies provocatrices du candidat aux primaires républicaines. En revanche, ceux-ci ne s’attardent guère sur une question qui, plus que toute autre, devrait focaliser leur attention : quel est le projet de Trump en matière de politique étrangère ?

America first ?

La question est d’autant plus intéressante qu’une profonde fracture se dessine, sur ce sujet, entre les favoris républicain et démocrate pour la présidentielle américaine de 2016. Et, cette fois, l’opposition classique entre un « faucon » de droite et un prudent diplomate de gauche ne semble pas au programme. Bien qu’elle ne prône pas un unilatéralisme aveugle à la George W. Bush, Hillary Clinton est convaincue de la nécessité – et de la légitimité – du leadership américain sur le monde. « Aucun défi ne peut être relevé sans les États-Unis », déclarait-t-elle lors d’un discours sur la politique étrangère en 2009, alors qu’elle était encore secrétaire d’État. En tant que candidate à la primaire démocrate, elle a réaffirmé cette conviction, notamment lors d’un échange avec son rival Bernie Sanders sur la situation en Syrie : « si les États-Unis ne dirigent pas, il n’y a aucun autre leader – il y a un vide».

Donald contre la Manifest Destiny

L’idée selon laquelle l’Amérique se doit de guider le monde (Manifest Destiny) est certes très banale outre-Atlantique mais Donald Trump, lui, la rejette franchement. Aux antipodes des néoconservateurs ayant inspiré la politique étrangère de George W. Bush après le 11 septembre 2001, le front-runner républicain souhaite que les États-Unis se « concentrent sur eux-mêmes » et cessent de faire la guerre aux quatre coins de la planète au nom de quelque messianisme démocratique. « Nous ne pouvons pas continuer à être les gendarmes du monde », a-t-il affirmé à plusieurs reprises durant la campagne des primaires, accordant volontiers une part de cette responsabilité aux autres grandes puissances – Chine et Russie.

Faucon de gauche contre réaliste de droite

Pragmatique et prudent – et sans doute peu soucieux de défendre les droits de l’Homme –, Trump compte sur Bachar Al-Assad pour rétablir l’ordre en Syrie et étouffer l’État islamique. Les renversements des dictatures irakienne et libyenne, assure-t-il, se sont révélés catastrophiques, tant pour les intérêts américains que pour la sécurité et la stabilité des sociétés concernées. « Nous ne pouvons pas aller dans chaque pays dont nous ne sommes pas tout à fait satisfaits et dire “nous allons le recréer” », déclare-t-il au journal britannique The Guardian en octobre 2015. « Cela n’a pas marché. […] Rien de tout cela [les projets américains de « nation building »] ne marchera jamais ». Un positionnement iconoclaste au sein du camp républicain qui, paradoxalement, le rapproche de Bernie Sanders – la coqueluche de la jeunesse progressiste et pacifiste américaine.

Hillary Clinton, à l’inverse, semble avoir toujours été convaincue par les bienfaits des opérations de « regime change ». En 2002, alors sénatrice de l’État de New York, elle vote en faveur de l’intervention américaine en Irak. Elle a par la suite regretté publiquement ce choix… mais s’est félicitée du renversement du régime de Kadhafi en 2011 (alors qu’elle était secrétaire d’État) et a reproché au président Obama la faiblesse de son soutien militaire aux mouvements insurrectionnels syriens. Par ailleurs, elle n’hésite pas à comparer le chef du Kremlin à Hitler, quand Donald Trump entend dégeler les relations russo-américaines et laisser aux États européens le soin de s’occuper eux-mêmes de leur défense…

Bien sûr, un observateur avisé des primaires américaines ne manquera pas de noter que les positions du « Donald » en matière de politique étrangère restent à ce jour, sur certains points, floues – voire contradictoires. Le candidat à l’investiture républicaine a soutenu, par exemple, l’idée de retourner en Irak pour « prendre le pétrole » … Mais le parti pris interventionniste et belliciste d’Hillary Clinton, lui, ne souffre aucune équivoque.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Partager
Thomas Eustache
Journaliste . Il est, également, rédacteur chez Webedia.Journaliste . Il est, également, rédacteur chez Webedia.Il a, notamment, collaboré pour Valeurs Actuelles, L'Express et La Croix.