À peine m’étais-je endormi que je fis ce rêve pour le moins troublant. Je me trouvais dans le salon de mes parents, morts depuis longtemps, décidé à leur expliquer que je voulais rompre avec ma femme.

– Je veux divorcer, leur dis-je, parce que je ne suis pas heureux.
– Tu crois qu’on est heureux, ta mère et moi ? rétorqua mon père.
– Vous n’êtes pas heureux, maman et toi ? fis-je interloqué.
– Non, répondirent-ils tous les deux d’une seule voix, sans la moindre hésitation.
– Alors pourquoi êtes-vous restés ensemble ? demandai-je.
– On est contents comme ça, dit mon père.
– Oui, on est contents comme ça, surenchérit ma mère.
Mon père se tourna alors vers sa femme et maugréa :

– Ces gosses d’aujourd’hui, la seule chose qui les intéresse, c’est le bonheur. Et ma mère, dépitée, de se tourner vers moi pour conclure :

– Ne cherche pas le bonheur, mon fils, ça va juste te rendre encore plus malheureux. Avant de me rendormir, je songeai que le seul but de la vie est de se préparer à rester mort très longtemps. J’ignore pourquoi, mais cette idée me réconforta. D’ailleurs ayant pratiqué Freud pendant des années, je savais que le bonheur n’est pas inscrit dans le programme de la civilisation. Je l’ai souvent répété, personne ne m’a jamais démenti.

Souvent comparé à l’illustre docteur Samuel Johnson, dont James Boswell se fit le mémorialiste, le cardinal John Henry Newman (1801-1890) était moins préoccupé par les péchés des hommes que par la solitude de Dieu. Une intui-tion lui tenait à cœur et il y revenait souvent : il fut un temps où Dieu était seul et où rien n’existait que lui seul. « Dieu, disait-il, est réellement i

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Février 2020 - Causeur #76

Article extrait du Magazine Causeur

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