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L’article — paru dans Libération — a un titre qui attire le regard : Mariage pour tous : Hollande nous a Barjoté.e.s. Vous trouvez ça bizarre ? Soit vous retardez par ignorance, soit vous êtes un suppôt de la réaction la plus noire : il s’agit tout simplement de l’orthographe non sexiste. Une promesse de bonheur et d’égalité pour toutes et tous. Seul l’Académie française, bastion du conservatisme le plus obtus, fait encore barrage à l’avènement des lendemains orthographiques qui chantent.

Pour le reste, outre quelques député.e.s et autres fantaisies du même genre, l’article est assez convenu. Il entend tirer le bilan de la loi sur le mariage pour tous, trois ans après son adoption. Le constat est sans pitié et Hollande, comme c’est la mode actuellement, en prend plein la gueule. Il n’a pas tenu ses promesses. Il n’est pas allé jusqu’au bout cédant aux vociférations des homophobes de la Manif pour tous.

S’en suivent une série de doléances concernant la PMA et la GPA, sujets trop complexes pour la brute sexiste que je suis. Et une plainte déchirante sur le sort des bi et des trans. Je n’ai toujours pas compris s’ils voulaient qu’on leur coupe quelque chose ou au contraire qu’on leur greffe quelque chose…

Mais le plus intéressant, ce qui donne le plus à réfléchir, c’est ce qui figure à la fin de l’article. Il est signé Alice Coffin. Oubliez ce nom : on s’en fout royalement. Retenez simplement sa fonction : elle est co-présidente de l’AJL, l’Association des journalistes LGBT. Ça c’est du sérieux. Du lourd. Et surtout, c’est parfaitement original. Car à notre connaissance il n’y a pas d’AJJ, Association des journalistes juifs (peut-être parce qu’ils le sont presque tous ?). D’AJM, Association des journalistes musulmans (peut-être parce qu’il n’y en a pas assez ?). D’AJN, Association des journalistes noirs (encore moins nombreux que les musulmans ?).

Il n’y a pas non plus d’association des journalistes amateurs de femmes, de vin et de saucisson. Pas d’association des journalistes adorateurs du nombril. Pas non plus d’association des journalistes pratiquant le culte du vaudou ou sacrifiant aux rites des temples tibétains. Manquent aussi à l’appel les journalistes amoureux du tam-tam, instrument progressiste, et les journalistes militant pour le port du voile.

Mais il y a une association des journalistes LGBT ! Soit ils sont très nombreux. Soit ils sont un groupe d’élite. Il peut y avoir d’ailleurs, s’agissant d’un organisme aussi indispensable, des cas de cumul… On notera pour conclure qu’il n’y pas d’AJPDSTBH, Association des journalistes professionnels du débitage de la société en tranches bien hermétiques. Et on insistera méchamment sur le fait que ce n’est absolument pas nécessaire. L’association des journalistes LGBT remplit très bien cette fonction.