Anaïs Demoustier, Fabrice Lucchini et les autres nous régalent, dans un film savoureux, toujours en salles


Le film de Nicolas Pariser est fade, fade comme le sont les thés les plus fins, les plus exceptionnels. Lucchini ne cabotine plus. Son jeu est au plus près du réel. Anaïs Demoustier se promène sereinement dans un film où son principal rôle est de nous montrer les étranges personnages qu’elle côtoie.

Comme dans le théâtre classique, une soubrette nous informe de ce qui ne se voit pas immédiatement ni ne se dit. C’est un personnage difficile, en porte à faux. On aurait pu souhaiter lui donner plus de vie. Mais qui ne rencontre pas de ces personnages qui ne semblent vivre que de la vie des autres, et sont maladroits pour se montrer tels qu’ils sont eux-mêmes ? Les autres personnages de ce film sont aussi faux et dérangeants, comme le réel.

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On nous annonce une relation particulière entre un vieux Monsieur et une jeune femme. C’est une tromperie sur la marchandise ! Le film offre beaucoup mieux que cela. Nous avons d’abord une description du fonctionnement d’une administration puissante, avec le chef isolé dans sa tour d’ivoire, avec la prise de décision théâtrale, ici une assemblée territoriale, avec son cabinet et ses jeux de pouvoir. Un régal.

Nous avons aussi une analyse d’un phénomène de manipulation qui fait penser à Une étrange affaire de Pierre Garnier-Deferre avec M. Piccoli, G. Lanvin et N. Baye. La fausseté de la prise de poste d’Alice reporte la manipulation du monde du commerce et de l’argent avec le grand Piccoli vers le secteur public avec un (faux) modeste Lucchini. C’est magistral, c’est-à-dire que c’est à montrer à l’ENA comme Une étrange affaire était montré à l’ESSEC ou ailleurs.

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Nous avons enfin une description de la fin de la pensée de gauche, la fin du Parti socialiste. Nous avons droit à l’ancienne gauche de gouvernement, à l’ancien trotskiste, à l’ancien artiste/intellectuel engagé, au petit entrepreneur déçu, à la nouvelle écolo, et bien sûr aux professionnels de l’action publique… Toute la gauche à la recherche d’un peu de vie, d’un peu de renouveau, enfin d’une idée, défile. C’est savoureux.

A ceux qui n’avaient pas encore compris que la gauche de papa est morte, que le Parti socialiste n’a plus d’idée, que la modernité est passée à droite, ce film est une nécessité. Pour tous les autres, c’est un bonheur !

Film sorti le 2 octobre 2019

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