Le coût de la dette française se tend fortement et l’écart avec l’Allemagne se creuse. Les investisseurs sanctionnent une accumulation de risques budgétaires, politiques et économiques. Pour un État qui doit refinancer chaque année plusieurs centaines de milliards d’euros, le mouvement n’a plus rien d’abstrait.
La question a été posée frontalement mercredi matin sur BFM Business. Le taux français à dix ans s’est fortement tendu ces derniers jours et l’écart avec le Bund allemand s’élargit. Il ne s’agit pas d’une « attaque » coordonnée au sens littéral. Les investisseurs vendent ou demandent une rémunération plus élevée lorsqu’ils considèrent qu’un actif devient plus risqué. Pour la France, ce changement de perception commence à devenir visible.
Coût de la dette française : presque 5 % pour emprunter à dix ans
Le rendement de l’OAT française à dix ans évolue désormais à des niveaux inconnus depuis plus de vingt ans. La comparaison avec l’Allemagne est encore plus significative : le spread, c’est-à-dire le supplément de rémunération demandé pour prêter à Paris plutôt qu’à Berlin, s’est fortement élargi. BFM Business consacrait ce mercredi une séquence entière à cette divergence entre les deux pays.
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La nervosité ne vient pas seulement des violences récentes. Les marchés regardent la faiblesse de la croissance, le déficit, une dette publique supérieure à 110 % du PIB et la difficulté politique à engager un redressement durable des comptes. Reuters décrit un risque de cercle vicieux : la croissance faible dégrade les finances publiques, la détérioration budgétaire augmente le coût du financement et les taux plus élevés pèsent ensuite à leur tour sur l’économie.
La dette devient un budget à elle seule
La hausse des taux finit par se transmettre progressivement aux finances publiques. Une partie des obligations émises lorsque l’argent ne coûtait presque rien arrive à échéance et doit être remplacée par de nouvelles émissions beaucoup plus chères. Si les conditions financières restaient durablement dégradées, le service de la dette pourrait devenir l’un des tout premiers postes de dépense publique.
Les marchés actions ont eux aussi montré des signes de nervosité, notamment sur les banques et les entreprises les plus exposées à l’économie française. Une nouvelle échéance approche avec l’examen de la notation souveraine par Moody’s. Une dégradation ne provoquerait pas automatiquement une crise, mais elle renforcerait l’idée que la dette française a changé de statut aux yeux des investisseurs.
La France continue de trouver des acheteurs pour sa dette. Elle n’est donc pas confrontée à une crise comparable à celle de la Grèce au début des années 2010. Mais le vrai signal d’alarme arrive avant qu’un État ne perde l’accès aux marchés : il apparaît lorsque la confiance devient progressivement plus chère. C’est précisément le mouvement que Paris doit désormais enrayer.
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