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« Opération Yonathan » : victoire militaire, avertissement politique

La chronique de Richard Prasquier sur "Radio J"


« Opération Yonathan » : victoire militaire, avertissement politique
Le général de brigade israélien Dan Shomron, qui a dirigé le raid sur l'aéroport d'Entebbe en Ouganda, s'exprime à Tel-Aviv sur la libération des otages retenus pendant une semaine par des terroristes pro-palestiniens à bord d'un avion d'Air France. Photo prise le 4 juillet 1976. © Castro/AP/SIPA

La reprise des tirs entre Washington et Téhéran remet le Moyen-Orient au centre de l’actualité. Cinquante ans plus tôt, l’opération d’Entebbe révélait déjà les ressorts géopolitiques, idéologiques et terroristes qui continuent de façonner la région.


Le 4 juillet 1976 eut lieu, à l’aéroport d’Entebbe, en Ouganda, la libération des passagers israéliens et juifs, ainsi que de l’équipage d’un avion d’Air France. Il provenait de Tel-Aviv et, lors d’une escale à Athènes, quatre terroristes lourdement armés y étaient montés.

Jacques Tarnero, l’auteur de Décryptages, vient de réaliser un documentaire décrivant cette opération mythique, effectuée par l’unité d’élite israélienne, la Sayeret Matkal, et appelée aujourd’hui « opération Yonathan », en mémoire de son chef, Yonathan Netanyahou, frère aîné de l’actuel Premier ministre d’Israël. Il fut le seul soldat israélien tué au cours de cette intervention. Surin Hershko, tétraplégique depuis Entebbe, exprime, dans un entretien très émouvant figurant dans le film, sa fierté d’avoir participé à cette opération de sauvetage.

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J’ai gardé un souvenir très intense de ces journées-là et je recommande à tous de voir ce film, sur lequel Tarnero travaillait depuis des années sans bénéficier des soutiens professionnels auxquels il aurait pu s’attendre, car le sujet est, comme on dit pudiquement, « politiquement sensible ». Autrement dit, il est gênant de présenter au public français un document où l’armée israélienne se trouve mise à l’honneur. Or, cinquante ans plus tard, on constate que la libération des otages d’Entebbe, ses causes et les réactions qu’elle a suscitées, revêtait un caractère prémonitoire.

Les otages juifs, cibles désignées

Victimes, auteurs, spectateurs, c’est une triade qui accompagne depuis toujours les actions dirigées contre les Juifs. Or, à Entebbe, on ne pouvait pas s’y tromper: les terroristes ont libéré certains passagers et n’ont retenu que les Juifs. Wilfried Böse et Brigitte Kuhlmann, nés dans l’immédiat après-guerre et membres de l’extrême gauche allemande, ne désavouaient donc pas leurs prédécesseurs nazis…

Du côté d’Israël, la Sayeret Matkal, sous la direction d’Ehud Barak, avait, en 1972, mis fin au détournement d’un avion de la Sabena sur l’aéroport de Lod — une opération au cours de laquelle le jeune Benjamin Netanyahou avait été blessé — mais elle avait échoué à Maalot, où vingt-deux enfants avaient été tués par les terroristes du FPLP.

Les familles faisaient pression sur le gouvernement israélien pour qu’il cède aux preneurs d’otages. L’aéroport de Charm el-Cheikh, alors aux mains d’Israël, se trouvait à plus de trois mille kilomètres d’Entebbe. Comment échapper aux radars des pays survolés, poser les très lourds avions de transport sans se faire repérer, éliminer les terroristes avant qu’ils ne tuent les otages et faire le plein pour le retour ? Le plan, préparé en quelques jours, révélait l’extraordinaire technicité israélienne, la capacité des équipes militaires à penser hors des sentiers battus et l’aptitude des décideurs politiques, le prudent Premier ministre Rabin en tête, à prendre des risques mesurés. Les relâchements qui avaient conduit aux échecs de la guerre du Kippour, trois ans plus tôt, avaient imposé une refonte rigoureuse et un engagement d’une extrême exigence.

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Du côté des terroristes, les deux révolutionnaires allemands marxistes illuminés n’étaient que les petites mains du FPLP. Le véritable chef de l’opération était un Palestinien monté dans l’avion avec eux à Athènes. Il recevait ses ordres de Wadie Haddad, alias Abu Hani, médecin palestinien qui dirigeait les opérations extérieures du FPLP. Or, les documents retrouvés après la chute de l’URSS ont confirmé que Wadie Haddad était un agent du KGB.

Le terrorisme palestinien dans la stratégie soviétique

On oublie souvent de mentionner le rôle que l’URSS a joué au cours de ces années dans le financement du FPLP et d’autres mouvements de libération marxistes, ainsi que dans l’émergence de la question palestinienne comme foyer de cristallisation de la haine contre les États-Unis et Israël. Dès la fin de la guerre des Six Jours, au cours de laquelle leurs protégés avaient été ridiculisés, les Soviétiques s’étaient lancés, chez eux comme dans leurs États satellites, notamment la Pologne, dans une vaste campagne antisémite sous couvert d’antisionisme.

L’URSS a disparu (encore que…), mais les outils linguistiques qu’elle a élaborés contre Israël se sont affinés, notamment au sein de l’ONU. Traité aujourd’hui de génocidaire, l’État d’Israël avait été, il y a cinquante ans, qualifié de raciste, six mois avant Entebbe. Une résolution préparée par l’URSS, votée par ses alliés anti-impérialistes et musulmans, puis promulguée par une ONU dont le secrétaire général, l’Autrichien Kurt Waldheim, était un ancien officier allemand ayant servi dans les Balkans et fortement impliqué dans les massacres d’otages et les déportations de Juifs. Autant d’éléments que les Occidentaux ont apparemment longtemps ignorés, mais que les Soviétiques connaissaient parfaitement, ce qui leur procurait un moyen de pression particulièrement efficace…

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Et la France, à l’époque d’Entebbe ? C’était la France de Giscard, la France anti-israélienne du « en même temps » avant la lettre, votant contre la résolution assimilant le sionisme au racisme, mais incapable de féliciter Israël après Entebbe et préférant critiquer la violation de la souveraineté de l’Ouganda. Heureusement, il y eut le magnifique comportement de l’équipage d’Air France, qui refusa d’abandonner les passagers juifs. Mais il y eut aussi des commentaires ignobles. Serge July publia, à la libération des otages, un éditorial intitulé: « Championnat du terrorisme : Israël en tête ». Serge July a, par la suite, atténué ses critiques envers Israël. Comme quoi, il reste toujours quelques raisons d’espérer…



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