« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendrars. Causeur peut y dénicher quelques pépites…
Léon-Paul Fargue est l’éternel piéton de Paris. On sait moins qu’il a aussi été un fureteur céleste, un chercheur qui tentait de faire parler les étoiles autant que les rues de la capitale. Un fort en thème astral.
Les Quat’ Saisons est le dernier livre publié de son vivant. L’auteur voit l’ouvrage sortir de presses en juin 1947 avant de mourir en novembre. Sous ce titre qui sonne comme le nom d’un bastringue populaire, Fargue écrit : Astrologie poétique. Cette précision recadre le sujet mais reste obscure. Et sa préface n’apporte pas davantage de lumières. « Ne croyez pas – sous prétexte que vous avez réglé leur compte aux dieux, avec ou sans linceul de pourpre, en quatre coups de cuiller à pot, et mis l’univers en bouteille […] que c’en est fait de l’Ombre inexorable qui vous hante et vous guide à chaque pas, lors même qu’elle semble vous suivre comme un chien. » Au crépuscule d’une vie occupée à rencontrer les milliers de gens qui peuplent une ville et les milliers d’autres qui la hantent, Fargue complète ici sa « curiosité clinique » de la nature humaine par l’observation des astres qui « inclinent », non déterminent, l’existence de chacun. Il ne recourt à aucun calcul mathématique et s’il aborde la numérologie, c’est au coin d’une page. Ce calendrier perpétuel est plutôt le catalogue des tempéraments propres aux signes zodiacaux, mais c’est un écrivain qui prend la plume, pas Madame Soleil.
Qu’en est-il de janvier ?
C’est encore le mois des « natifs » du Capricorne. On peut leur offrir du pain noir et du sel gris, « leurs sévères couleurs », un bibelot en onyx, « un presse-papier, des billes », ou une médaille en plomb, en souvenir de celles, en argent, que « Louis XI suspendait à son vilain chapeau ». Calderon entre alors en scène. Soldat puis moine, l’auteur de La vie est un songe n’a jamais cessé d’écrire : il a tout du « capricornien » à qui tout arrive par « mérite personnel et savoir-faire plutôt que par héritage ou donations ». On apprend à cette occasion que le Capricorne, gouverné par Saturne, favorise les théologiens, les philosophes et les ermites.
À la fin du mois arrivent les natifs du Verseau. Ils ont « rarement jeté de larges ponts sur de grands fleuves », mais n’ont pas « toujours été sans obtenir un petit succès au Concours Lépine », balance Fargue. Il enfonce le clou en affirmant que les Verseaux croient dur comme fer au « Progrès en général », qu’ils l’idolâtrent « à défaut de le servir ». Il leur reconnaît tout de même de jolies qualités : équité, bienveillance, sociabilité, beauté… Mais à cause de ces vertus, « le Verseau tend à introduire le poison du sophisme dans le crâne des siens, goutte à goutte, jusqu’à faire déborder le vase ». S’il règle là des comptes, le prétexte astrologique est habile ! Il leur prodigue cependant quelques bons conseils, comme éviter de se marier avec des Scorpions et des Taureaux, et recommande les Balances, Poissons, Lions, Gémeaux et Sagittaires. Il ne peut s’empêcher d’affirmer que le Verseau est un snob qui s’ignore et qu’il est « toujours le passager du dernier bateau, en seconde classe ». Le voilà habillé pour l’hiver.
Les Quat’ Saisons, Léon-Paul Fargue, Éditions de l’Astrolabe, 1947.



