Un ancien ministre sans chauffeur, un président sans puissance et un peuple sommé de sortir du sommeil: récit d’une France au bord du réveil brutal
Apprenant, le 1 er janvier, qu’il n’avait plus droit au chauffeur offert par la République, l’ex-ministre de l’Intérieur (2000-2002), Daniel Vaillant (PS), a lâché : « Comment je fais, moi ? ». Le Premier ministre a eu raison de supprimer ces privilèges exorbitants. Toutefois le geste de Sébastien Lecornu, qui sait jouer la modestie, ne calmera pas la colère populaire. Au contraire : la plainte du mandarin socialiste, contraint de prendre le métro avec la populace, justifie l’exaspération des gens ordinaires.
Ces citoyens marginalisés entendent désormais se faire entendre. Or, en confirmant, le 31 décembre, sa résolution à « tenir » orgueilleusement jusqu’au terme de son mandat, Emmanuel Macron a pris le risque d’exacerber le dégagisme contre les castes inutiles, fardeaux des Français. En 2026, c’est un pays amorphe et vulnérable en tout que présidera le chef de l’Etat. L’appui de M. Macron, samedi, à la décision de Donald Trump de faire arrêter le dictateur vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse sortis de leur lit, est un hommage à ce qui lui manque: la puissance et l’idée claire. La stabilité dont se réclame l’habile Lecornu procède d’indigents compromis parlementaires destinés à éviter les urnes en cas de dissolution. En fait, tous les éléments d’un changement de régime sont en place. J’exposerai les ressorts de ce grand basculement dans un court essai (La Révolution des oubliés, 128 pages), à paraître chez Fayard le 4 février. J’y défendrai notamment le constat que le peuple oublié est appelé à être l’homme providentiel attendu. Lui seul peut sauver la nation de son déclin, pourvu que de nouvelles élites, rompant avec le système mondialiste, écoutent et consultent enfin les Français enracinés et leur bon sens.
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La France peut encore être sauvée, si la société civile se délivre de sa somnolence apparente. « Car mourir c’est dormir », rappelle Hamlet[1]. Le temps immobile, qui s’annonce jusqu’à la présidentielle de 2027, offre l’occasion pour les droites de consolider une doctrine commune. Là où La France Insoumise a élaboré, avec son Institut La Boëtie, une stratégie pour promouvoir sa nouvelle France immigrée – vision racialiste mais intellectuellement élaborée – l’éparpillement des cercles de réflexion se rattachant à la droite (libérale, souverainiste, sociale, etc.) entrave l’élaboration d’un projet alternatif cohérent. Celui qui a le mieux perçu le monde qui vient, outre Alexandre Jardin et son mouvement Les Gueux, est un saltimbanque de la télévision : quand Patrick Sébastien, qui a lancé son mouvement « ça suffit », explique, parlant de la présidentielle : « Je ne veux pas me présenter, je veux vous présenter », l’amuseur populaire met le doigt sur la crise de la démocratie qui reste à résoudre. En invitant les Français à lui envoyer leurs propositions afin qu’il les répercute, Sébastien bricole l’ébauche d’un processus qui, plus élaboré, pourrait pallier les lacunes des « experts » et autres « scientifiques » coupés de la vie réelle. L’urgence est de redonner la parole au peuple souverain, afin qu’il soit maître de son destin. Cet impératif vaut aussi pour les Vénézuéliens délivrés de leur tyran narco-terroriste, ou pour les Ukrainiens soumis à la guerre des autres. Sans oublier les Iraniens qui depuis une semaine défient leurs geôliers enturbannés.
[1] William Shakespeare, la tragédie d’Hamlet, prince du Danemark, dans une nouvelle traduction interprétée par Frédéric Boyer (Gallimard)
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