Zemmour fait plus de bien au débat public que ses tristes censeurs.


Tous contre un ! C’est fou comme les robinets d’eau tiède peuvent être haineux. Zemmour n’avait pas encore commencé son discours devant la convention de la droite que tous les petits flics des associations, délateurs numériques et autres vigilants médiatiques étaient aux aguets, se demandant avec gourmandise s’ils trouveraient de quoi demander des interdictions, des censures et des sanctions. Ils ne partagent pas ses idées et ils se battront pour qu’il ne puisse pas les défendre. Vieille histoire chez « les bâtards de Voltaire ».

Glissons sur la sottise épaisse de Dominique Jamet et son évocation de Goebbels. La palme de l’indignité revient à François Hollande, vous savez le président qui parlait du risque de partition de la France à ses visiteurs du soir, mais ne leva pas le petit doigt durant son mandat pour l’enrayer. Notre ex offusqué redoute aujourd’hui la « banalisation de l’extrême » mais, alors qu’il savait la sécession islamiste à l’œuvre dans les territoires perdus, il n’a rien fait. Sans doute craignait-il, en disant ce qu’il savait, d’écorner sa belle image d’homme de gauche. Et cet homme qui a préféré sa réputation à l’avenir de son pays joue sur France Inter, toute honte bue, les vierges outragées.

La société des journalistes du Figaro s’en mêle

On ne s’étonne plus non plus de voir un syndicat de journalistes, une profession qui devrait considérer que la liberté d’expression est sacrée, faire chorus avec les censeurs. « Eric Zemmour use de sa liberté d’expression comme il l’entend, à ses risques et périls judiciaires », écrit la SDJ du Figaro dans un communiqué hallucinant. En somme, que l’on embastille (métaphoriquement) Zemmour, ce sera de sa faute. Il n’avait qu’à écouter les consignes du parti. La SDJ ricane sur « la position, fort commode, de rentier de la polémique qui est la sienne ». Etonnant comme ces défenseurs de l’humanité peuvent dénier à leur adversaire la moindre humanité. On aimerait presque voir l’un d’eux essuyer le dixième de la boue qui à intervalles réguliers s’abat sur notre confrère et ami pour lui demander s’il trouve cela commode. La SDJ demande donc à la direction de « mettre un terme à cette situation ambiguë ». Oui, vous avez bien lu, une organisation de journalistes demande à sa direction de mettre un journaliste au pas. Si vous avez un combat à mener, assurez-vous que ces gens ne sont pas dans votre camp. Les journalistes de LCI ont réagi plus honorablement. Tout en critiquant la diffusion in extenso du discours de Zemmour, à l’image de ce qui se fait pour les responsables politiques, ils ont précisé qu’ils ne voulaient nullement l’interdire d’antenne.

Le spectacle de la bonne conscience lyncheuse et de la vertu haineuse, pour habituel qu’il soit, est à vomir. C’est qu’avec Zemmour, la haine est un devoir civique puisque lui-même, répètent les perroquets, tient des discours de haine.

J’aimerais bien me disputer avec Zemmour, faire le tri dans ses propos entre ce que je partage et ce que je conteste. Je pourrais lui dire que son discours cède plus au désespoir qu’à la haine (ce qui n’est pas criminel, sinon, il faudrait aussi condamner Greta Thunberg qui a le catastrophisme moins élégant et moins cultivé que lui) ; qu’il a raison de défendre l’identité française tout en discutant sa conception de l’identité. J’aimerais lui parler de la dose respective d’ancien et de nouveau que doit comporter cette identité, des immenses vertus de la société libérale. J’aimerais lui faire entendre que, pour l’avenir, nous n’avons pas le choix entre des femmes qui s’appellent Robert et des islamistes venus d’autres temps et d’autres lieux. Je lui dirais que la machine à assimiler française, pour grippée qu’elle soit, a fabriqué des millions de Français qui n’ont pas disparu par enchantement. Il moquerait ma candeur, invoquerait l’histoire. Je lui rétorquerais qu’il fait parfois le jeu de l’adversaire.

Zemmour indispensable au débat public

L’ennui, c’est que pour se disputer, il faut être entre gens de bonne compagnie. Or, avec les hyènes et les vautours qui tournoient autour de Zemmour, attendant la faute pour pouvoir crier « On le tient chef ! », toute dispute devient un procès et tout ce qu’on pourrait dire à Zemmour sera retenu contre lui – raison pour laquelle j’en viens à regretter d’avoir publiquement contesté ses idées, en oubliant qu’avec l’armée de caméras qui guettait, nous n’étions pas entre gens de bonne compagnie : le résultat des broncas anti-Zemmour, c’est qu’on ne peut pas l’engueuler tranquillement. Bien joué camarades.

Alors que ces tristes sires qui demandent qu’on le fasse taire sachent qu’il a fait plus de bien au débat public qu’ils ne le feront jamais. La preuve, c’est que depuis deux jours, on ne parle que de ça, chacun tenant absolument, sur tous les plateaux, à participer au brouhaha. Y compris ma pomme. N’empêche, sans Zemmour, on en serait peut-être encore à ânonner que tout va bien, qu’il n’y a pas de territoires perdus et que le grand problème de notre pays est l’islamophobie. Il est outrancier, s’écrient ces âmes distinguées. C’est vrai, l’entendre peut secouer, heurter, inquiéter, enrager. Vivre dans un monde où aucun propos ne pourra nous faire sursauter, est-ce cela que nous voulons ? Pauvrets ! Il faudrait les protéger contre les têtes qui dépassent et les idées qui défrisent. Sont-ils à ce point incapables de lui répondre qu’il leur faille agiter des gousses d’ail en psalmodiant salaud, raciste, islamophobe ? Leur déni persistant, tel qu’il ronronne du matin au soir sur France Inter, est en réalité bien plus dangereux que ses exagérations.

Le président qui ne dit la vérité que dans le secret du off ­ – curieux mélange de cynisme et de naïveté – a regretté sur un ton doucereux que les médias invitent un tel personnage (enfin, les médias, ils font ce qu’ils veulent), et a lancé, sans même avoir le courage de la nommer, quelques vilenies à l’adresse de l’émission de Pascal Praud sur C News. Puis, alors que Léa Salamé prononçait enfin les mots « liberté d’expression », il a lâché le morceau : pour débattre, on peut très bien inviter « un modéré de droite et un modéré de gauche ». Enfin un bon mot du président Blagounet. Comme le disait mon cher Muray organisons un débat entre patinette et trottinette – moderne contre moderne.

Si la coalition des trouillards qui préfère faire taire Zemmour qu’argumenter contre lui (grâces soient pour cela rendues à l’ami Raphaël Enthoven), devait parvenir à ses fins, notre débat public, déjà semé d’interdits et de procès, médiatiques ou judiciaires, deviendrait une bien morne plaine. Nos concitoyens n’ont pas besoin de sermons mais de raison. Exclure Zemmour, c’est signifier à tous ceux qui veulent l’entendre, quoi qu’ils pensent de ses idées, qu’ils ne sont pas assez adultes pour forger leur propre jugement. Quant à moi, je préfère le désaccord avec Zemmour que le consensus avec François Hollande. Pour la bonne raison que je n’oublie jamais que sa liberté, c’est la mienne.

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