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Pourquoi l’universalisme?

Il a la vie dure ces temps-ci. Il faut le défendre

Pourquoi l’universalisme?
Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen © D.R.

Contre ceux qui ne voient la société que comme le théâtre de la guerre des races, des sexes, des classes, contre ceux qui refusent de comprendre la richesse de chaque personne humaine pour enfermer et enrôler les individus dans des camps fixés dès la naissance, contre ceux pour qui la réalité se résume à des histoires d’oppressions systémiques et à une alternative absurde entre la dictature de la majorité et la tyrannie des minorités, contre eux tous, je suis universaliste.


Pourquoi l’universalime ?

Parce que n’en déplaise à Deleuze, à Foucault et aux héritiers de la « French Theory », la pure splendeur de la 5ème symphonie de Beethoven ne s’explique pas par des rapports de domination, quels qu’ils soient.

Parce qu’il ne suffit pas d’être pauvre pour être honnête, mais que prétendre que la délinquance ne serait qu’un produit de la misère est un crachat au visage de tous les pauvres qui sont honnêtes, et fait bien ricaner tous les criminels en cols blancs. Et que voir dans chaque bourgeois un oppresseur, c’est nier Nicolas Rolin, Guigone de Salins et Oskar Schindler.

Parce que j’admire à la fois le courage de Léonidas et celui de Yue Fei, celui de Jeanne d’Arc et celui de Charles N’Tchoréré, le génie politique d’Auguste et celui de Wu Zeitan, les poèmes de Victor Hugo, d’Omar Khayyâm et de Saigyô, les épopées d’Homère, de Ferdowsi et de Heinrich von dem Türlin, l’intelligence fulgurante d’Euclide, celle de Marie Curie et celle de Stephen Hawking, la cathédrale de Strasbourg, le Fushimi Inari Taisha, l’Alhambra et le Parthénon, l’héroïsme prodigieux d’Hermias d’Atarnée et celui de Jean Moulin, la sublime beauté des œuvres de Phidias, Li Sixun et Edmund Blair Leighton, la sagesse lumineuse de Mencius, celle de Hillel l’Ancien et celle de Plutarque.

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Parce que face à leur profonde et sublime humanité, prétendre que la couleur de peau d’Hippocrate ou celle de Denis Mukwege auraient la moindre importance serait aussi odieux que stupide. Parce que juger les écrits de Sénèque et de Cléanthe selon leurs possessions matérielles et leurs classes sociales serait ne rien y comprendre, et les rabaisser tous les deux.

Parce que la grandeur d’un être humain ne vient pas de sa naissance, mais de ce que les Grecs appelaient arétè, l’excellence : courage, intelligence, lucidité, générosité, dévouement…. Et si certaines cultures, certaines éducations sont de toute évidence plus propices que d’autres à l’éclosion et à l’épanouissement de ces qualités, à l’élan vers la plénitude de l’être que suppose la poursuite de l’arétè, celle-ci n’est l’apanage d’aucune couleur de peau, d’aucune ethnie, d’aucun sexe, d’aucune orientation sexuelle, d’aucun milieu social. Félix Éboué avait raison d’appeler les étudiants de Pointe-à-Pitre à « jouer le jeu », disant : « Jouer le jeu, c’est piétiner les préjugés, tous les préjugés, et apprendre à baser l’échelle des valeurs uniquement sur les critères de l’esprit. Et c’est se juger, soi et les autres, d’après cette gamme de valeurs. (….) Jouer le jeu, c’est savoir tirer son chapeau devant les authentiques valeurs qui s’imposent par la qualité de l’esprit, et faire un pied-de-nez aux pédants et aux attardés. » Et lui, le haut fonctionnaire Noir héros de la France Libre, dont les ancêtres avaient été émancipés de l’esclavage 40 ans seulement avant sa naissance, citait Épictète, philosophe, esclave et Blanc.

Parce que nos humaines faiblesses sont aussi universelles que ce qui fait notre grandeur, même si là encore il est des cultures et des éducations qui aident à les surmonter quand d’autres y enfoncent. Mais il n’est nulle turpitude humaine dont quiconque serait miraculeusement préservé, ou à laquelle quiconque serait irrémédiablement condamné, en raison de sa couleur de peau, de son ethnie, de son sexe, de son orientation sexuelle, de sa culture ou de son milieu social.

Parce que je refuse d’interdire à qui que ce soit d’aimer ce que j’aime, d’admirer ce que j’admire, de trouver de l’inspiration dans ce qui nourrit la mienne, et parce que d’expérience l’enracinement a encore plus de force que les racines.

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Parce que je continuerai à chanter les Dieux que j’ai choisis, même s’ils n’étaient pas ceux que priaient mes parents.

Parce qu’il est aussi monstrueux de traiter quelqu’un de « bounty » ou d’« arabe de service » que de « sale nègre », de « sale arabe » ou de « babtou fragile ».

Parce que je persiste à croire qu’il est de notre devoir de rechercher le bien commun, qui est infiniment plus que le seul intérêt général, plutôt que de nous résigner à la concurrence sans fin des intérêt particuliers, à la surenchère des subjectivités et à l’égoïsme débridé des individualismes ou des communautarismes.

Parce que si chaque peuple, chaque civilisation, chaque époque voit à sa manière le Vrai, le Beau, le Bon, le Juste, si aucune n’en a ni n’en aura jamais une parfaite connaissance, il n’en demeure pas moins que l’erreur n’est pas la vérité, que les sacrifices humains sont une abomination, que l’excision est un crime, que donc toutes les cultures ne se valent pas. Parce que les libertés de conscience, de pensée et d’expression sont nos plus précieuses conquêtes, et que nous avons la responsabilité de les défendre et de les transmettre.

Parce que le génie ne se trouve pas dans la dissolution du particulier dans l’universel, ni dans l’enfermement dans le particulier refusant de se nourrir de l’universel, mais dans la découverte de l’universel au cœur du particulier, et dans l’inscription du particulier au cœur de l’universel, étoile dans une constellation dans l’infini du ciel.

Parce que ceux qui croient que la dignité ou l’indignité résident dans la couleur de peau, le sexe ou l’origine sociale refusent par là même de reconnaître notre véritable dignité humaine, et tentent de nous couper de ce qui a toujours fait, fait et fera toujours les sages, les héros et les saints, et tout simplement, avec leurs gloires et leurs faiblesses, leur grandeur et leurs insuffisances, l’humanité des hommes.

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