Sous la dictature 2.0 sexe et politique forment un cocktail explosif.  Pas conservateurs pour un sou, même les LREM conviendront que c’était “mieux avant” après la fâmeuse affaire Griveaux.


Contre toute attente, nous apprenons le 14 février au matin que Benjamin Griveaux, aspirant LREM à la mairie de Paris, renonce à sa candidature. À l’origine de sa démission, non pas une quelconque dissidence politique, mais une publication de vidéos et de messages intimes entre l’ancien candidat et sa maîtresse.

Benjamin Griveaux n’est pas responsable

Les puritains se féliciteront de ce que Benjamin Griveaux paie le prix de son « adultère » – adultère supposé, d’ailleurs. Les sages, qui n’ont jamais été imprudents, nous expliqueront qu’il n’avait qu’à pas se filmer comme un ado de 15 ans. Pourtant, avoir une maîtresse et donner corps à des fantasmes virtuels, aussi inconscient puissent-ils paraître, sont ses droits les plus stricts. Ce n’est pas la vie sexuelle d’un homme qui en fait un bon ou un mauvais homme politique, et heureusement ! Je ne veux pas savoir ce que les maires, les députés ou les ministres font le soir dans leur chambre à coucher, tant que rien de pénalement répréhensible ne vient s’y mêler. 

En ce sens, au-delà de toute injection de moraline et de tout combat politique, Benjamin Griveaux n’est nullement responsable de ce qui s’est passé. Les seuls responsables sont la femme qui l’a odieusement balancé (Balance ton porc vous avait manqué ?), ainsi que « l’artiste » russe Piotr Pavlenski, qui a mis en scène et relayé ces données. Enfin, bien que Griveaux ait mené sa campagne sur le thème de la famille, il ne l’a pas pour autant conduite sous la houlette des dix commandements ! S’il est hypocrite, c’est peut-être envers sa femme, mais certainement pas envers les Parisiens. 

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Benjamin Griveaux dit avoir démissionné pour « préserver sa famille ». Je suis soulagée de voir que cette décision provient d’un véritable choix personnel et non d’une quelconque pression politique ou populaire, auquel cas il aurait dû farouchement résister. Il est également rassurant de constater que toutes les personnalités politiques lui témoignent leur soutien – ou presque, je fais fi de Philippot qui met cette démission sur le dos d’un mauvais score à venir. On ne sera pas étonné de voir que ce sont toujours les mêmes qui manquent cruellement d’empathie. 

C’était mieux avant

Il n’est plus de bon ton de s’exclamer que : « c’était mieux avant ! » Et pourtant… Comme tant d’autres nous observons en cette ère « 2.0 » une époque régressive, où chacun derrière son smartphone est susceptible de ruiner la vie de son voisin, de son amant ou de sa maîtresse – par vengeance ou simplement par bassesse.

Tout le monde avait, jusqu’à lors, droit à une vie privée qui ne se retrouvait pas à la merci de Twitter ; maintenant, chacun de nos faits et gestes, en plus d’être répertoriés dans le Big Data, seront potentiellement exploitables contre nous à tout moment. Si la turpitude s’est longtemps suffit à elle-même, elle est désormais exacerbée par l’omniprésence des réseaux sociaux, qui excitent les passions les plus mauvaises. 

De nos jours, de simples copies d’écran et des vidéos ne révélant même pas le visage, deviennent des pièces à conviction. N’oublions pas aussi qu’il est à la portée de n’importe qui de faire des montages sophistiqués à l’aide de simples outils informatiques.

Les hommes victimes du « revenge porn »

Cette affaire, qui n’aurait jamais dû en devenir une, nous montre une nouvelle fois à quel point le monde politique a été nivelé par le bas, non pas uniquement par les politiciens eux-mêmes, mais aussi par tous ceux qui participent au débat démocratique. Elle nous montre aussi les inquiétantes proportions que prend le « revenge porn ».

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Ce phénomène, qui consiste donc en la diffusion non consentie de vidéos et photos à caractère sexuel, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 60.000 euros d’amende par le Code Pénal. Benjamin Griveaux est la preuve malheureuse que cela touche les hommes, et pas seulement les femmes comme on pourrait le penser. Je ne serais d’ailleurs nullement étonnée d’apprendre que la femme en question a elle-même demandé des vidéos de cette nature dans l’unique but de le piéger. 

Les jeunes de ma génération peuvent dès lors craindre le pire. Aujourd’hui, il s’agit de la diffusion d’une vidéo faite par l’intéressé lui-même. Mais que pouvons-nous craindre pour demain ? Il est fort à parier que nous pourrons très vite sombrer dans une dictature de la peur et de l’absurde, où nous serons sans cesse filmés par je ne sais quelle ingéniosité technique, et ce dans nos moments les plus coupables. Face à ce phénomène nouveau qui ne pourra que prendre de l’ampleur, une seule solution s’impose : assumer que l’on veut vivre comme avant, quoi qu’il en coûte. 

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