La présence de listes communautaires aux prochaines élections municipales inquiète, notamment dans les quartiers à forte population musulmane. Nos élus défendent mal la République.


 

La droite a beau se démener en tous sens, elle peine à retrouver une quelconque crédibilité. Ses représentants peuvent feindre la gravité devant les journalistes, ils ne convainquent pas. A un jeune député LR qui pense sans doute, comme ses aînés, que la communication est la panacée de la survie politique, Éric Zemmour disait récemment: « Vous êtes mort mais vous ne le savez pas ».

Traitez la question identitaire, le reste est dérisoire

Cela ne signifie pas uniquement qu’il serait désormais impossible aux Républicains de se reconstruire électoralement (même si les élections municipales, voire sénatoriales, leur permettent de s’illusionner encore d’ici 2022), cela signifie d’abord que les leadeurs LR seraient moralement discrédités par trop d’années de politique politicienne passées non seulement loin des véritables inquiétudes de leurs concitoyens, mais également loin des livres analysant en profondeur ces inquiétudes à partir d’un véritable constat de la situation générale du pays.

Voilà bientôt quarante ans qu’ils estiment que la nation peut tourner le dos à son identité et se passer de sa souveraineté, quarante ans qu’ils sont persuadés que cela ne peut entamer ni sa cohésion ni son économie, quarante ans qu’ils se sont enfermés dans une doxa purement comptable qu’il est politiquement incorrect de questionner ! « Réduire la dette », « baisser les charges des entreprises », « relancer la croissance », ces incantations présentées comme la solution à tous nos problèmes ont constitué durant des années un bréviaire à l’usage de ceux qui, patients et disciplinés, attendaient dans les officines des partis le sésame d’une investiture. Tout cela paraît bien dérisoire.

Retailleau estime que Macron démissionne face à l’islam politique

Invité de Public Sénat le mercredi 20 novembre, Bruno Retailleau, le Président du groupe LR du Sénat, a reproché au Président Emmanuel Macron d’avoir, devant le congrès des maires, fermé la porte à sa proposition d’interdire les listes communautaires. Il lui reproche surtout de s’être contredit en déclarant que l’interdiction serait insuffisante pour régler le problème. « L’interdiction, explique-t-il, est une arme de la République. L’État l’a utilisée en fermant des écoles, des mosquées et en interdisant des mouvements associatifs. » Pour lui les choses sont claires : « Une nouvelle fois Emmanuel Macron montre qu’il démissionne face à l’islam politique qui est en train de gangréner nombre de nos territoires ».

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Son argumentation est logique. Toutefois, face à l’avancée de l’islam politique, face à la stratégie de ses organisations qui retournent contre la République et la France des principes droit-de-l’hommistes dévoyés, face à la détermination politique de ses militants, la proposition d’interdire les listes communautaires est l’expression isolée d’une action décousue des Républicains. Où est la cohérence de leurs propos, de leurs décisions ? Où est leur ligne ?

Gérard Larcher minimise le danger

Sur la même chaîne de télévision, le Président du Sénat, Gérard Larcher, déclarait le même jour: « Je crois que la question des listes communautaristes existe depuis longtemps. Je crois qu’une partie de la réponse se trouve déjà dans notre Constitution. Je citais ce matin la « République indivisible, démocratique, laïque et sociale ». Et donc le caractère indivisible de la République et de sa laïcité (…). Je crois que le plus important est de refaire communauté au singulier. »

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Est-ce là une pierre dans le jardin de Bruno Retailleau ? « Refaire communauté au singulier » supposerait-il qu’il faille s’interdire d’interdire les listes communautaristes pour ne pas stigmatiser la communauté musulmane ?

Soyons clairs ! Il n’y a aucun élément de réponse dans l’article premier de la Constitution cité par le Président Larcher. Cet article fondamental n’énonce qu’un principe. Il ne contient aucune réponse tactique à la question des listes communautaires. La difficulté qui se pose à notre pays est celle du respect de ce principe. Comment empêche-t-on l’islam politique qui a investi nombre de territoires, qui a déjà négocié hier avec certains élus, comment l’empêche-t-on de s’asseoir demain dans le fauteuil de maire et de secondariser subrepticement la loi de la République ?

Le djihadisme, ce n’est pas uniquement les attentats

Gérard Larcher a mis toute son habileté à tenter de faire croire que la situation était maîtrisable et qu’il était déterminé à la maîtriser. L’article premier de la Constitution n’empêchera pas plus le dépôt de listes communautaires, que son article second, disposant que « L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge », n’a empêché Gérard Larcher et son prédécesseur Christian Poncelet de différer pendant plus de huit ans l’installation de cet emblème de la nation dans l’hémicycle de la chambre haute du Parlement français.

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Après une attitude aussi inconséquente, comment le Président du Sénat, qui ne cache pas qu’il pourrait être candidat à l’élection présidentielle « si les événements et les circonstances politiques le décidaient », peut-il nous faire croire à une quelconque détermination. « Je rappellerai les principes d’Aristide Briand, a-t-il déclaré : « La loi doit protéger la foi tant que la foi n’entend pas dicter la loi « . C’est le principe qui est le mien (…)  Là-dessus, je ne céderai jamais. » L’accent sur le « jamais » avait beau être un brin guerrier, on n’y croit pas. Quand on a mis le drapeau de la France sous le boisseau, quand on a fini par l’installer à reculons dans l’hémicycle, discrètement, à la faveur de la venue d’un Président de pays musulman, on est en droit de s’interroger, non pas sur l’ambition somme toute légitime du personnage, mais sur sa fermeté d’âme, sur sa capacité à faire respecter les fondamentaux de notre République.

Pour Bruno Retailleau, plus incisif, le Président Macron « ne parvient pas à saisir ce qu’est le djihadisme ». Il s’arrête en chemin, ne retenant que les attentats meurtriers et laissant de côté le formatage de l’esprit de leurs auteurs. « Il y a, explique-t-il, le terrorisme qui est sanglant que nous combattons à l’étranger et sur les territoires français. Mais il y a la fabrique des vocations djihadistes de demain qui s’appuie sur un séparatisme. »

La nécessité d’une cohérence républicaine

Tout cela est fort juste. Aussi faut-il être intransigeant avec toute attitude, tout propos qui écornent la République française. Si on estime, à juste raison, que le séparatisme islamique menace l’unité du pays, on ne doit pas tolérer que le Préfet de police de Paris puisse de son côté répliquer à une femme se disant gilet jaune : « Eh bien, nous ne sommes pas dans le même camp, madame ». L’article premier de la Constitution a-t-il empêché le Préfet de police d’oublier l’indivisibilité de la République ? Un tel oubli ne donne-t-il pas à l’utilisation des tirs de LBD ou de grenades lacrymogènes une autre signification (insupportable) que celle du strict maintien de l’ordre.  Gérard Larcher et Bruno Retailleau ont-ils rappelé au Préfet de police que, du fait de cette indivisibilité, il ne pouvait y avoir de camps opposés dans nos territoires et que l’ordre républicain devait être assuré pour tous les Français sans exception ?

Nos responsables politiques gagneraient à être d’une grande exigence dans leurs convictions républicaines et à les mettre au service de la France. Ce n’est défendre efficacement ni la République ni la France que de le faire imparfaitement. Nos couleurs nationales doivent être un objet de fierté, les listes communautaires interdites, la faute d’un préfet de Police sanctionnée. Peut-être qu’un retour de l’exigence et de la cohérence annoncerait alors celui de l’autorité.

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