Matteo Salvini à peine parti du gouvernement italien, des migrants sont de nouveau autorisés à accoster à Lampedusa.


Le 5 septembre dernier, le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini mettait fin à la coalition entre La Ligue et le Mouvement 5 Étoiles en espérant vainement provoquer la tenue d’élections législatives anticipées. Malheureusement pour lui, une nouvelle coalition gouvernementale s’est formée entre le Mouvement 5 Étoiles et le parti Démocrate, et monsieur Salvini a de facto rejoint l’opposition. Annonçant un virage à 180 degrés, la nouvelle majorité a hier joint l’acte à la parole par l’accueil du Ocean Viking – énième navire faisant le jeu des passeurs et de l’immigration massive – dans le port de Lampedusa. Une première en plus d’un an.

Pari perdu

L’intention de l’ancien ministre de l’intérieur italien était claire et sa stratégie cohérente: pour assurer la bonne conduite des politiques souhaitées par son parti, il voulait être seul aux commandes de l’Italie. Pour cela, Matteo Salvini comptait à la fois sur un certain effet de surprise et sur l’inversion des tendances dans les intentions de vote qu’ont confirmé les dernières élections européennes de mai dernier.


C’était sans compter sur les intentions du Mouvement 5 Étoiles en perte de vitesse mais prêt à tout pour garder la main sur le gouvernail, désormais allié avec le parti de centre gauche (PD) et un autre mouvement d’extrême gauche (Libres et Egaux) dans une nouvelle coalition – Giuseppe Conte à sa tête – dont les ambitions sont en totale contradiction avec le projet proposé par Salvini. À gauche toute ! Aussi bien sur les sujets économiques que sociaux. Et en particulier sur la politique migratoire dont l’accueil de l’Ocean Viking représente un geste symbolique fort. Commentaire laconique de Salvini : « L’Italie va redevenir le camp de réfugiés de l’Europe. »

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Si Monsieur Salvini ne réussit pas rapidement à reprendre les rênes, toute l’Europe occidentale sera impactée par les flux migratoires massifs en provenance d’Afrique. L’Italie, géographiquement située en face des côtes libyennes, est une porte d’entrée de choix: entre 2014 et 2017, sous l’ère Renzi-Gentiloni, plus d’un demi-million d’immigrés sont entrés sur le territoire italien, la majorité ne souhaitant pas y rester. Alors où se rendent les migrants?

Tous les chemins de Rome mènent à Paris

À l’est, les frontières sont fermées à double tour et les pays du groupe de Visegrad tiennent tête à Bruxelles. Au sud, l’Espagne paye sa tranquillité en versant des sommes considérables au Maroc. Au nord, l’Allemagne semble doucement tirer les leçons de la décision prise en 2015 par le gouvernement d’Angela Merkel d’accueillir plus d’un million d’immigrés syriens (en atteste l’échec du parti de cette dernière aux élections fédérales allemandes de 2017 avec le pire score enregistré depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’entrée au Bundestag de l’Alternative pour l’Allemagne, le refus déjà exprimé de briguer un nouveau mandat pour la chancelière etc.).

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Ne reste plus que les pays de l’Europe de l’ouest… dont la France représente probablement une destination rêvée de par la porosité de ses frontières (preuve apportée récemment par la condamnation des identitaires), l’acceptation politique du dogme de la chance que représente l’immigration pour le pays (confirmée en 2018 par la signature française du pacte de Marrakech), et la très grande générosité de son modèle social.

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