Les imams face au Califat : licite ou limite?

J’ai la nette impression, mais n’hésitez pas à me détromper, qu’une fois encore tout va très mal marcher. Alors qu’on commençait à peine à s’habituer à la nouvelle attraction mondiale, le Califat islamique en qui Cyril Bennasar a génialement vu le moyen de relancer les exportations françaises, le Grand Mufti d’Arabie saoudite, tel Iznogoud, se mêle d’emberlificoter un peu plus la situation en lançant des fatwas à tout va contre Al-Baghdadi. Notre bon Pape François, à peine de retour des Corées compliquées et pas tapette pour un sou, proposait de s’offrir lui-même comme un rempart contre la barbarie des velus à kalachnikov : « Rien dans les mains, rien dans les poches, ruse des mauvais jours, ruse des ruses », il avait lu les 36 stratagèmes. Il parlait de « fermare » l’agression injuste, c’est-à-dire de l’arrêter en bon italien, sans évoquer quelque moyen militaire que ce soit. Il parlait même du « droit » de l’agresseur injuste à être arrêté.

Mais le Mufti, lui, Abdel Aziz Al-Cheikh paraît-il, s’embarrasse assez peu de componction chrétienne et de droits de l’homme : « Les musulmans sont les principales victimes de l’EI », a-t-il expliqué d’abord, (et si c’était les bouddhistes, on ferait quoi ?), ces djihadistes « divisent les musulmans » et « il n’y a pas en islam de crime plus grand, après l’hérésie, que de diviser les musulmans[1.  Nous avons certainement une erreur de traduction ici, puisque l’hérésie signifie précisément la division, à moins que le Grand Mufti vise en passant les abominables chiites.] », a-t-il ajouté. Et tout en citant un verset du Coran appelant à « tuer » les auteurs d’actes préjudiciables à l’islam, de vanter benoîtement « la tolérance qui a été à l’origine de la propagation et de la pérennité de l’islam ».

Il est difficile en l’occurrence de feindre que nous n’assistions pas à un « choc de civilisations » ou, si l’expression fait trop peur, à un conflit de visions politiques et anthropologiques : quand le musulman devient djihadiste, il tue son voisin ; quand le musulman reste tolérant, par contre, il tue son voisin.

Voilà qui nous promet des jours heureux.


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est journaliste et essayiste.

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