Les jeunes incultes qui profanent des églises sont le produit du vide spirituel de la société marchande. Sans même en avoir conscience, ces brebis égarées reprochent peut-être souterrainement à l’Église de ne plus tenir son rôle d’institution.


Cet article a été publié dans le numéro sorti le 3 avril 2019.

Il y a une vingtaine d’années, Marcel Gauchet commentait dans Le Débat les résultats d’une enquête qui montrait une grande stabilité des ventes de livres de « sciences humaines et sociales » depuis la fin du XIXe siècle : autour de 600 à 800 exemplaires par titre – exception faite d’un pic au cours de la décennie 1965-1975, suivi d’un retour à la normale. Gauchet soulignait ce que cette « stabilité » avait de trompeur : que les ventes n’aient pas augmenté, alors qu’en un siècle le public théoriquement formé par l’université à la lecture de ces ouvrages avait été multiplié par 40 ou 50, témoignait en réalité d’un effondrement de l’intérêt porté aux livres, chez ceux-là mêmes à qui ils étaient naturellement destinés.1

L’église n’est plus, pour beaucoup de jeunes, qu’un édifice bizarre où ils ne mettent jamais les pieds

Avec le nombre élevé des déprédations et profanations commises aujourd’hui dans les églises, nous sommes confrontés à une situation exactement symétrique. D’un côté, l’historienne Rita Hermon-Bélot, interrogée sur le phénomène par la rédaction de France Culture, établit un parallèle troublant entre les exactions d’aujourd’hui et celles perpétrées dans les années 1820. D’un autre côté, le texte du Concordat de 1801 avait reconnu la religion catholique, apostolique et romaine comme « la religion de la grande majorité des citoyens français », et Rita Hermon-Bélot rappelle que la France du XIXe siècle demeurait massivement catholique – ce qui, on en conviendra, n’est plus le cas. Dès lors, hausser les épaules en se disant qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil serait une erreur : il est au contraire stupéfiant que, malgré les bouleversements qui se sont produits depuis deux siècles, et la déchristianisation de la France qui va avec, les églises soient encore la cible d’attentats comparables à ceux qui avaient lieu sous la Restauration. Dans une France que Lacordaire déclarait, en 1841, « fille aînée de l’Église », profaner une église avait un sens que ne peut avoir le même geste dans une « start-up nation ».

A lire aussi: Profanation de la cathédrale de Lavaur: l’Église pardonne, moi pas!

Un sens à de tels gestes, il faut se donner du mal pour en trouver. À force de chercher, cependant, une hypothèse finit par se présenter. Quand le diable va tenter Jésus au désert, et lui su

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Avril 2019 – Causeur #67

Article extrait du Magazine Causeur

Lire la suite