Le sacrifice du lieutenant-colonel de gendarmerie est aussi celui d’un chrétien, accompli pour la France.


L’acte du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame a provoqué une sorte de sidération dans un pays bouleversé par l’émotion. Qui fait siens à nouveau les vers de Victor Hugo. Une France décidée à ce que, pour son héros, « la voix d’un peuple entier le berce en son tombeau ». Gare à ceux qui blasphèment, ironisent ou prennent des pincettes. La poignée qui s’y est essayée a pris cher, et les cohortes des insupportables habituels, Diallo, Bouteldja, Muhammad, Corcuff, Plenel et autres sont prudemment restés cois.

La résurrection d’un monde perdu

Comme tant d’autres, je me suis levé samedi matin la gorge nouée, craignant d’entendre la nouvelle redoutée : Arnaud Beltrame mort pour la France, tué à l’ennemi. Pour ressentir immédiatement le chagrin renforcé par les témoignages déchirants de sa famille. Et être confronté à cet événement extraordinaire que ce surgissement en première ligne d’un monde où il est question de devoir, d’engagement, d’honneur et de sacrifice, que les belles âmes espéraient disparu sous leur mépris, leur ricanement et leurs insultes.

Regarder la télévision dimanche matin, c’était voir « le jour du seigneur » sur toutes les chaînes, entendre des journalistes respectueux, et Jacques Séguéla décomposé nous dire : « par son sacrifice Arnaud Beltrame nous a lavé de nos péchés ». Parce qu’il n’y a pas à ergoter, les obligations du colonel de gendarmerie ne lui imposaient pas de se substituer à un otage. L’avoir fait à ce moment-là, en acceptant le risque du sacrifice, est bien l’acte du chrétien fervent qu’il était.

La victoire sur la mort

Enfant, j’ai toujours beaucoup aimé la semaine sainte. Pour moi, d’éducation catholique, c’était l’arrivée du printemps, le temps des vacances de Pâques, et surtout toute une semaine rythmée par des rituels particuliers. Le dimanche des rameaux et l’arrivée en gloire de Jésus à Jérusalem, la préparation du vendredi saint, jour de la crucifixion, avec le rappel de ce procès injuste, le reniement de Pierre, l’interminable chemin de croix et le terrible sacrifice. La Passion est une histoire pleine de bruit, de fureur et de souffrance. Qui se clôt, excusez du peu, par la victoire sur la mort.

Paul nous a expliqué, dans sa définition de l’universalisme, que ce qui justifiait l’homme était la foi dans « l’événement Christ » qui ne se prouve pas. Je fais partie des matérialistes méthodologiques qui ont besoin de preuves. La foi s’est donc esquivée sans amertume, est restée la culture. J’ai une forme de vénération pour Jean-Sébastien Bach, notamment ses Passions, et l’intensité doloriste qu’elles donnent à la crucifixion. Mais je suis de l’avis de Cioran qui disait : «S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu». Un de ces catholiques zombies en quelque sorte, tels que les qualifient de façon nullement péjorative Hervé Le Bras et Emmanuel Todd. Je ne dois pas être le seul, et je pense qu’il y a là une des explications à l’intensité de la réaction populaire devant l’assassinat d’Arnaud Beltrame.

Arnaud Beltrame, un héros français

Et comment s’étonner que dans cette semaine sainte, les catholiques voient ce sacrifice comme rédempteur ? Comment être surpris qu’ils y décèlent un « signe », après le massacre du père Hamel dans son église, l’égorgement à Marseille de ces deux jeunes filles, militantes chrétiennes engagées pour les autres ? Confortés qu’ils sont par l’étonnante actualité cinématographique. Avec L’Apparition, Jésus, l’enquête, Marie-Madeleine, Apôtre Paul, en attendant le prochain de Mel Gibson… N’en jetez plus, même si on va s’arrêter quelques instants sur La Prière de Cedric Kahn. Qui raconte comment, pour sortir de la dépendance, un toxicomane rejoint une communauté isolée dans la montagne tenue par d’anciens drogués qui se soignent par la prière. Histoire à l’évidence très folichonne mais qui, à la surprise générale, a reçu les louanges du trio Libé/Inrocks/Télérama, ce que d’aucuns peuvent à raison qualifier de miracle !

Amis cathos, vous êtes restés stoïques, face au politiquement correct et au mépris du sociétalisme triomphant. Vous avez discrètement grommelé quand on vous infligeait un anticléricalisme anachronique et quand on faisait de votre Église le repère exclusif de la pédophilie. L’un des vôtres vient d’offrir sa vie à la nation, et vous en tirez d’ailleurs fort normalement une certaine fierté, demandant simplement que cela soit reconnu comme tel. Nous devons le faire évidemment, mais rappeler que ce qui nous rassemble tous c’est d’abord qu’il est mort pour la France. Et que c’est à ce titre que nous l’honorons.

Quant à lui, notre dette est d’essayer d’être digne de la grandeur de son acte.

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