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Amy Winehouse: Life is a losing game

De camée à canée

Amy Winehouse: Life is a losing game
Amy Winehouse en concert en 2007 aux Eurockéennes de Belfort © POL EMILE/SIPA, Numéro de reportage : 00622543_000012

À l’occasion des dix ans de la mort d’Amy Winehouse, Arte lui consacre l’un des épisodes de sa série Summer of voices, dédiée aux grandes figures de la pop.


2021 est décidément l’année des commémorations. Cinquante ans que Jim Morrison a rejoint le club de 27 (inauguré trois ans auparavant par Brian Jones), et dix ans qu’Amy Winehouse en fut la dernière malheureuse élue en date. 27, 21, 23 (Amy est morte le 23 juillet 2011). Cette succession de nombres, proches les uns des autres, m’a frappée, je la trouve quasi kabbalistique.

Elle aurait eu 37 ans

Le vingt-septième livre du Nouveau Testament est celui de l’Apocalypse de Jean, vingt-et-un, selon la Kabbale aide à croire en la grâce, quant au vingt-trois, c’est un nombre sulfureux. En effet, William Burroughs lui trouvait des synchronicités liées à la mort, quant au sorcier pop Aleister Crowley, selon une théorie plus ou moins fumeuse, il lui attribuait au contraire des pouvoirs liés à la vie, à l’ADN.

La grâce, l’apocalypse, la vie, la mort. Voilà qui pourrait résumer cette « ladette » – c’est ainsi que l’on surnommait les jeunes Londoniennes dures à cuire des années 90 – que fut Amy Winehouse, tant se disputaient, dans ce corps frêle et malmené, et la force vitale et la tragédie.

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Et c’est encore Arte qui nous offre les meilleurs hommages aux mythes de la pop. La chaîne nous propose, comme pour conjurer le sort de ce « Summer of covid », une série intitulée : Summer of voices, de Sinatra à Sœur Sourire, dans laquelle, celle que les journaux appellent la « diva de la soul » trouve toute sa place. C’est à travers un documentaire qui retrace le « making of » de son chef-d’œuvre Back to Black qu’Arte aborde ce personnage extraordinaire, au sens propre du terme.

Elle chantait pour ne pas mourir

Loin des ragots au sujet de ses addictions, nous découvrons une musicienne habitée, une jeune fille qui se rêvait serveuse en roller, mais qui finit par chanter pour ne pas mourir. Et elle en mourut.

Après le succès d’estime de son premier album Frank, Amy partit enregistrer Back to black aux États-Unis, avec les plus grands, dont le DJ et producteur Mark Ronson. Celui-ci confie que cet album fut enregistré très rapidement, qu’Amy a écrit en trois jours les plus grands tubes de l’album, Back to black et Rehab. Après les chansons soul plus attendues du précédent album, Amy a voulu revenir à ses origines, aux chansons qu’elle écoutait lorsqu’elle jouait au billard dans les pubs du nord de Londres. Ce que Mark Ronson appelle « la pop de juke box », celle des girls bands des années 60, comme les Shangri La’s et leur mythique Leader of the pack. « Elles vendaient du cœur brisé à grande échelle, le monde va s’écrouler si mon petit ami ne me revient pas » ironise un peu le producteur.

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Pour Amy, cependant, nulle ironie : elle met son cœur à nu et à vif dans Back to black. Dans cette chanson qui ressemble à une complainte blues digne des plus grands, elle pleure son amour perdu, Blake (back to black, back to Blake), un bad boy sans envergure qui l’entraîna avec lui dans les abîmes vertigineux des substances illicites. Celui-ci lui reviendra, et lui porta le coup fatal. Et nous pensons à Billie Holiday, comme elle, elle chanta à en mourir, avec cette même voix qui toutes deux semblait les dépasser. Comme elle, le goût pour les mauvais garçons et la panoplie drogues/alcool qui finiront par l’engloutir. La pop revêt toujours un aspect tragique. Mais cette jeune fille à la fêlure béante faisait preuve d’un humour dévastateur, ses réparties étaient cinglantes. Les gens tristes se méfient de leur tristesse. La tristesse est un vice disait Flaubert.

Winehouse en rehab, elle a dit non non non

Le documentaire retrace les étapes techniques de l’enregistrement, ce qui ravira les spécialistes autoproclamés. On y parle en détails des arrangements, de l’utilisation de la reverb, ce procédé qui consiste à magnifier la voix ou à l’adoucir. Le producteur voulait faire de l’album une carte postale de 1964. L’arrangeur lui donna un aspect brut, plus moderne. Amy n’était pas du genre à vendre du cœur brisé à grande échelle. 

Quant à l’autre tube de l’album, Rehab, il est parti d’une impro qu’elle fit dans la rue, en racontant avec légèreté que ses parents voulait l’envoyer en cure de désintox et qu’elle répondit « no, no » : « They tried to make me go to rehab, and I said no no no ». Souvent, on chérit ses monstres. 

Cependant, ses démons lui offrirent la gloire. Toujours la dualité du diable. Back to black connut un succès phénoménal, il se vendit à 16 millions d’exemplaires. En 2008, elle est nommée aux Grammy Awards, et elle remporte trois des prix les plus importants : meilleur album, meilleure artiste et meilleure chanson de l’année pour Rehab. Seulement, les Américains lui interdisent l’entrée du territoire. Trop droguée et trop scandaleuse. Elle se produit donc à la cérémonie par liaison satellite, une première ! Elle a une réaction étonnante à l’annonce de sa victoire. Son visage n’exprime pas la joie, mais une sorte d’incrédulité mêlée à de la tristesse, comme à l’annonce de la mort d’un proche. Prémonition ?

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On parle souvent des concerts où elle était si saoule qu’elle titubait, arrivait à peine à chanter. Pourtant, elle était une interprète exceptionnelle, semblant appartenir à un autre monde. Comme happée par une présence quasi surnaturelle, comme en transe intérieure, sa voix semblant guider les mouvements de son corps, cette façon de bouger sans bouger. 

« I died a hundred times » chante-t-elle dans Back to black. Le 23 juillet 2011 fut hélas la bonne.

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