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Mode d’emploi contre les désastres

Le billet justice de Philippe Bilger


Mode d’emploi contre les désastres
Philippe Bilger © Pierre Olivier

D’abord, bien nommer l’adversaire. Marion Maréchal a dénoncé « l’alliance inédite entre l’extrême gauche et les banlieues à forte population d’origine immigrée ». Elle a raison et c’est la stratégie à la fois cynique et, je l’espère, suicidaire d’un Jean-Luc Mélenchon.

Les injonctions contradictoires du gouvernement

Ensuite, ne pas répondre à des bouleversements exceptionnels (violences, vols, pillages, dégradations, incendies, volonté profonde de subversion) par des discours, notamment celui du 18 octobre d’Emmanuel Macron (soutien, réunions, éloge du gouvernement, comités de crise et affichage d’une rigueur extrême), totalement en décalage avec la réalité catastrophique et les annonces fortes, vigoureuses et immédiatement opératoires qu’elle appellerait.

Par ailleurs, dans une société à l’irresponsabilité illimitée, ne pas refuser la démission d’un ou de plusieurs ministres qui reconnaissent avoir commis des fautes, notamment Laurent Nuñez en matière d’anticipation et de renseignement. Le président de la République a eu tort de s’opposer à son départ, sans doute par crainte d’une contagion du sens de la responsabilité au plus haut niveau de l’État et du gouvernement. Nous avons besoin d’un grand ministre de l’Intérieur, n’ayant pas peur de son ombre et ne multipliant pas les injonctions contradictoires : rigueur mais empathie, se défendre et protéger, mais pas trop !

De plus, en matière de maintien de l’ordre, inutile de réclamer de nouvelles méthodes si l’on refuse aux forces engagées sur le terrain le plein usage des moyens que la loi leur octroie pour se défendre et protéger les personnes et les biens. En face, il y a des manifestants qui ne se donnent aucune limite puisqu’ils se savent largement à l’abri des poursuites, dissimulés derrière leurs masques et protégés par l’anonymat du groupe. Trop souvent, c’est la police, contrainte de se retenir, qui sera présumée coupable.

Il n’est pas normal que, face aux voyous, pilleurs et incendiaires, la police doive se contenter au mieux d’interpeller, au lieu de pouvoir mener des actions de dissuasion radicale. Il ne s’agit pas de tuer, mais de combattre ce terrifiant paradoxe de voyous livrés à une frénésie absolue et de forces de l’ordre contraintes à une retenue telle qu’elles deviennent elles-mêmes des victimes et ne peuvent plus remplir leur mission.

Responsabilité collective, casseurs-payeurs, suspension des prestations sociales…

Comment ne pas envisager également, dans notre droit républicain, une responsabilité collective adaptée à ces violences de groupe, permettant de poursuivre l’ensemble des participants aux dévastations et aux violences sans avoir à prouver, ce qui serait impossible, la participation active de chacun ?

Cette conception de bon sens trouverait son plein effet en matière pénale. À quoi rime cette multitude d’interpellations dont on semble se féliciter alors que, dans le système actuel, elles vont aboutir le plus souvent à des condamnations avec sursis, au prétexte que la plupart des majeurs auraient un casier judiciaire vierge ? Il convient de substituer à la personnalisation des peines l’objectivation des infractions. Si les faits sont gravissimes (pillages, destruction de bâtiments officiels et emblématiques : mairies, préfectures…), une peine d’emprisonnement ferme doit être prononcée, quel que soit le passé du mis en cause. D’autant plus qu’à supposer qu’un sursis soit prononcé, celui-ci ne sera pas révoqué, compte tenu de notre système défaillant d’exécution des peines. Le citoyen n’aura plus ainsi le sentiment décourageant qu’on est impitoyable avec lui pour des infractions minimes, mais désarmé devant les violences, les pillages et les exactions.

Comment susciter l’indignation sans réserve que devraient provoquer ces violences et ces dévastations si certains médias se montrent plus prompts à dénoncer la prétendue violence de l’État qu’à condamner les transgressions multiples, bien réelles, de ces derniers jours ?

L’ensemble de ces dispositions implique évidemment que nous ayons un président enfin détaché du « en même temps » – l’efficacité ne se divise pas, elle n’est pas un équilibre, mais un choix – et un gouvernement à la hauteur, ce qui n’est pas le cas, à une ou deux exceptions près.

Ces mesures nous obligent aussi et surtout à réfléchir sur notre conception de la démocratie et de la République. Les aime-t-on profondément parce qu’elles sont impuissantes, nous garantissent des droits, mais n’édictent aucun devoir ? Au contraire, sera-t-il un jour possible de persuader la majorité des honnêtes gens que la paix publique peut être rétablie et que la tranquillité de chacun ne sera plus un vœu pieux, mais une certitude ? Acceptera-t-on, face à ces désastres, un nouveau mode d’emploi ?

Et surtout, une démocratie qui, convaincue de ne pas se renier en usant de sa force légitime, sache venir, sans honte ni sauvagerie, au secours de sa communauté nationale.




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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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