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Bienveillance démocratique, opposition politique…

Le billet politique de Philippe Bilger


Bienveillance démocratique, opposition politique…
Raphaël Glucksmann, chef du parti français de centre-gauche Place publique et député européen, a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2027 lors du journal télévisé du soir de TF1, le 23 août 2026. © Alain ROBERT/SIPA

La présidentielle de 2027 est à peine lancée que chacun semble déjà sommé de choisir son camp, ses ennemis et les idées qu’il faudra haïr. De Raphaël Glucksmann à Bruno Le Maire, les candidatures et les projets devraient pourtant être examinés pour ce qu’ils sont, et non rejetés par réflexe partisan. C’est ce que suppose une « bienveillance démocratique » : combattre les idées sans déclarer la guerre à ceux qui les portent.


Ce titre met en évidence un contraste auquel je tiens. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne s’agit pas de l’expression d’une incommensurable naïveté, mais de la volonté de séparer des domaines distincts pour rendre notre vie publique plus respirable.

Il y a bien sûr celui de l’affrontement et de la contradiction : le combat pour éviter que des idées que l’on juge mauvaises pour la France soient validées par une majorité ; la lutte pour démontrer que les programmes des adversaires sont, ponctuellement ou globalement, préjudiciables au pays. Il s’agit d’une opposition politique qui sera au cœur des mois qui viennent et dont aucune fatalité n’impose qu’elle se dégrade en antagonismes de charretiers. On peut dénoncer avec force les extrémismes sans leur dénier le droit d’exister dès lors qu’ils s’inscrivent dans notre espace républicain et, formellement, je n’en vois aucun qui échappe à cette obligation. Il est permis de pourfendre les courants dominants sans les caricaturer ni les estimer indignes.

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Ce que je nomme « bienveillance démocratique » est ce qui manque absolument dans notre climat actuel. Ce devrait être une sorte de curiosité naturelle et d’intérêt sincère pour ce qui émane de la pensée de nos compatriotes, qui sont aussi parfois des opposants politiques. On constate chaque jour l’inverse. Comme s’il convenait à toute force, pour prévenir le péché mortel d’être dupe ou complaisant, d’apposer immédiatement sur n’importe quoi le grief de la médiocrité et du conformisme, le reproche de n’être pas à la hauteur, avant même d’avoir examiné le détail des mesures.

En ce sens, j’ai été récemment agacé, mais pas surpris, par les réactions qui ont suivi l’annonce de la candidature à la primaire socialiste de Raphaël Glucksmann ou par l’atonie des appréciations sur le projet présidentiel de Bruno Le Maire, pourtant aussi éblouissant dans la forme qu’il peut solliciter l’intelligence et l’esprit critique sur le fond. Cette bienveillance démocratique, à laquelle je fais référence, devrait nous conduire également à ne jamais confondre la partie avec le tout. Ce n’est pas parce que Jean-Luc Mélenchon est inconditionnellement encensé par ses soutiens qu’il faut traiter tous ceux-ci à la même aune. De la même manière, pour l’écologie, quoi de commun entre Yannick Jadot et Marine Tondelier ?

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Le seul motif de rejet, dans notre univers républicain, devrait concerner ceux qui dénient l’esprit républicain de leurs adversaires, révélant ainsi, par là même, l’inexistence du leur. Dans un monde partisan qui n’aurait pas perdu tous ses repères, ceux qui prônent « l’insurrection » ou « la désobéissance », si venait à l’emporter l’ennemi — comme si, entre citoyens d’une même nation, on pouvait se permettre d’avoir des ennemis ! —, devraient être ostracisés pour immoralité démocratique.

À l’exception de ces mauvais coucheurs, il me semble qu’un processus pourrait se mettre en place qui, commençant par la bienveillance démocratique, déboucherait, s’il y a lieu, sur l’opposition politique. Ce ne serait pas une mince révolution que celle qui substituerait à la haine la curiosité et aux stigmatisations de principe la bonne foi et la lucidité. Rien d’angélique dans cette approche, mais l’espérance d’une paix permettant de choisir les meilleurs en connaissance de cause.

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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