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Démission piège à cons !

Macron démission ? Et puis quoi encore ?


Démission piège à cons !
© Jacques Witt/SIPA

Mélenchon, Fillon ou Philippe appellent le président Macron à quitter le pouvoir. Lors de ses vœux, ce dernier a assuré qu’il exercerait ses fonctions «jusqu’à la dernière seconde».


Notre plume n’a jamais été macroniste ainsi que ces colonnes en attestent. Le second mandat du huitième président de la Vème République se déroule bien plus difficilement que le premier, et les problèmes s’accumulent. La majorité hybride qu’a générée la dissolution de 2024 pourrait avoir sonné le glas de la Vème. Et elle a aussi, de facto, réduit le second mandat à une sorte de chemin de croix. Ainsi le locataire de l’Elysée est à un niveau d’impopularité record depuis 2017: 25 % (Toluna-Harris Interactive en ligne du 22 au 23 décembre 2025).

Hésitations autour de l’utilisation du 49.3

On peut aussi émettre les plus vives inquiétudes pour 2026, avec une telle Assemblée nationale abêtie à souhaits et un gouvernement aussi inepte. A-t-on déjà vu un Premier ministre déclarer ainsi son impuissance jusqu’à se faire hara-kiri avec le 49-3 ? Il pourrait bien d’ailleurs devoir se renier là-dessus ! Face à cette incurie exécutive et parlementaire, il y a aussi cette insécurité généralisée, ce pouvoir d’achat en berne, ces agriculteurs en colère… Sans même avoir attendu les municipales du printemps prochain, notre population semble déjà avoir choisi un duel LFI/RN pour 2027. Tous les autres mouvements politiques semblent avoir déjà des longueurs de retard… Mais, il est vrai qu’il reste encore un peu moins d’un an et demi et que, comme l’on dit, de l’eau va couler sous les ponts !

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A la suite de cette dissolution et du déroulé pour le moins chaotique du 2e mandat d’Emmanuel Macron (trois locataires de Matignon en à peine plus d’un an, tout de même !), une majorité d’observateurs, de chroniqueurs et de responsables politiques plus ou moins éclairés ont plaidé et plaident encore pour la démission du président. Le plus inouï, c’est de voir parmi eux Edouard Philippe, venu de la droite, et dont on sait très bien qu’il n’aurait jamais accédé à Matignon sans Emmanuel Macron ! Ce dernier se montrant d’ailleurs plutôt magnanime, puisque deux mois avant son élection, le maire du Havre, devenu chroniqueur à Libé, vilipendait à l’envi le futur président. L’ingratitude est toujours une sorte de faiblesse : Je n’ai jamais vu que les hommes capables se soient montrés ingrats (Goethe). Dans le sillage de l’ancien Premier ministre se sont inscrits LFI (et le zélé défenseur de Maduro, Jean-Luc Mélenchon), bien évidemment, et plus récemment François Fillon. 

Eh bien, toutes ces personnalités se trompent. Si le président de la République est comme dépourvu en matière de politique intérieure, il essaie d’œuvrer sur l’Europe avec par exemple la « coalition des volontaires » pour l’Ukraine. En matière internationale, il peine de plus en plus à faire entendre la voix de la France. On dirait qu’il agit tel un derviche tourneur face aux trois grands (Etats-Unis, Chine, Russie) se repartageant le monde. La France devant se réduire à être de la revue… Emmanuel Macron a plutôt mal géré le Mercosur qui est, il est vrai, enclenché depuis plus de vingt ans. La colère paysanne est réelle et surtout bien ancrée. Et il y a un risque réel qu’elle s’agglomère avec d’autres.

Un choix personnel

Nonobstant tout cela, le président Macron n’a aucun motif juridique de partir. D’abord, rien dans la Constitution ne l’y oblige. Rien n’est même prévu à ce sujet, à vrai dire. Une démission relève du seul choix personnel du chef de l’Etat. Ainsi, en 1969, Charles de Gaulle démissionne de sa fonction suite au référendum[1] perdu.

Par la suite, la santé de deux locataires de l’Elysée n’a pas été loin de poser problème. C’est d’abord Georges Pompidou, rongé par une leucémie incurable qui le poussa jusqu’à son décès en 1974. En aucune manière, ainsi qu’en a attesté Edouard Balladur, son plus proche conseiller, le Cantalien le plus célèbre n’a songé à partir. C’est ensuite François Mitterrand, atteint d’un cancer depuis son premier mandat et qui resta en place jusqu’à la fin du deuxième bien que très atteint physiquement. A plusieurs reprises, ainsi que nous l’a confié M. Charasse, l’ancien maire de Château-Chinon demanda à ses plus proches conseillers de l’alerter si ses capacités intellectuelles diminuaient… Dans l’affirmative, il aurait démissionné.

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Même une dissolution manquée (1997 et 2024) ne saurait donc contraindre le locataire de l’Elysée à quitter le pouvoir. Imaginons carrément Emmanuel Macron souhaitant dissoudre une seconde fois. En l’état actuel, le résultat lui serait certainement encore plus défavorable. Eh bien, sauf scrupule bien placé, il n’aurait pas à démissionner. Comme le disait Mitterrand, « le président représente le miroir entier de la nation. Les députés sont le miroir brisé ». Ce à quoi Chirac ajoutait : « Ce n’est pas la même élection, ni bien sûr la même légitimité ».

Trois projets pour 2026

Alors que l’horizon de 2027 sature déjà l’espace politique, Emmanuel Macron a tenu très récemment à clarifier sa position personnelle. Ce fut lors de ses vœux de la Saint-Sylvestre. Conscient de son affaiblissement politique, il a opposé une fin de non-recevoir à ceux qui suggèrent une démission prématurée. Il a assuré qu’il exercera ses fonctions « jusqu’à la dernière seconde ». L’année 2026 est présentée comme une étape « utile » de son quinquennat, articulée autour de trois marqueurs législatifs et sociétaux. La montée en puissance du service militaire volontaire avec sa première cohorte, la régulation de l’accès des adolescents aux écrans et aux réseaux sociaux via un projet de loi imminent, ainsi que la poursuite du texte sur la fin de vie doivent constituer l’ossature de l’activité parlementaire à venir.

Rien sur le pouvoir d’achat, les problèmes sécuritaires, pas plus que sur la crise agricole. Bref une approche pour le moins très décalée des priorités des Français. A noter que, pour la première fois depuis 2017, son audience ce soir-là a rassemblé à peine 9 millions de téléspectateurs. Si le président a souligné qu’il ne participerait pas, pour la première fois en une décennie, à la campagne électorale en tant que candidat, il s’est engagé à garantir un scrutin protégé des ingérences étrangères. Il sera aussi intéressant de voir s’il se prononcera et, dans l’affirmative, pour qui il le fera. Quant à son héritage, il sera probablement très contrasté voire lourd. « Les héritages c’est comme les chromosomes, ça se choisit pas. » (Jean Forest).


[1] La question posée aux Français était la suivante : « Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le président de la République et relatif à la création de régions et à la rénovation du Sénat ? ». La participation est de 80 %. Le non l’emporte à 52% NDLR.




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Maître de conférences en droit - Université Clermont Auvergne

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