Dans un épisode fort sympathique de la série documentaire « Les Paris du globe-cooker », nous découvrons la communauté juive séfarade de Sarcelles. Entre deux spécialités culinaires, les gros poncifs sont au menu. Les mères juives? Des mamans “à part”. Les séfarades? Ils font un peu trop de bruit! Les ashkénazes? Une cuisine bien fade… Après avoir regardé ce joli tableau, j’ai quand même voulu en savoir un peu plus sur le sort réel de cette ville qui a connu en 2014 un véritable point de rupture avec des violences alarmantes, loin du « vivre-ensemble » présenté.


A la faveur de la trêve estivale, Canal+ a rediffusé le 25 juillet un épisode de la série culinaire « Les Paris du globe-cooker ».  Il s’agit d’aller à la rencontre des saveurs du monde dans la capitale. Dans cet épisode, le cuistot Fred Chesneau nous emmène donc à Sarcelles, à la découverte de la cuisine séfarade. 

Sarcelles, la « petite Jérusalem » comme l’appellent les médias, est une ville cosmopolite du Val d’Oise qui compte entre 12000 et 15000 juifs, lesquels célèbrent Pourim en ce jour de février 2018. Le « carnaval juif » commémore la délivrance miraculeuse du peuple hébreu qui échappa au massacre planifié par le sultan perse Haman.

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Nous commençons le périple dans le RER où Fred Chesneau donne le ton en expliquant la différence entre séfarades et ashkénazes. Le judaïsme pour les nuls! Il déambule dans la ville, s’arrête dans un supermarché casher. Il précise durant cette visite que vraiment, tous les produits y sont effectivement casher! Ensuite, il s’arrête à la synagogue en précisant bien qu’il ne faut pas parler pendant la cérémonie. Fred Chesneau nous prend-il pour des imbéciles? Pendant tout le reportage, il va dérouler les clichés : les séfarades parlent fort,  mangent bien et aiment leur maman. 

J’irai manger chez vous

Il va surtout nous décrire Sarcelles – cette ville qui a connu des évènements traumatisants pour la communauté juive –  comme un eldorado du vivre ensemble. Les personnes interviewées vont d’ailleurs abonder dans son sens, en dégustant des grillades pantagruéliques chez Inoun le « roi de la grillade. » Il fait dire à ses convives : « On vit tous bien ensemble, chrétiens, juifs, musulmans. » Il va même jusqu’à se tromper de prénom et appeler Mohamed un des cuisiniers… Lapsus ? Faut quand même pas pousser: le cuisto précise rapidement qu’il répond en fait au très hébraïque prénom de Menahem. 

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Nous finissons la soirée chez Anouchka, mama juive moderne et un peu forte en gueule. Elle trouve que la femme n’a pas assez de place dans le judaïsme. Anouchka a grandi en Afrique et estime que les communautés sarcelloises ne se mélangent pas assez. Anouchka a, je vous le donne en mille, une amie musulmane qui est conviée au festin. 

Et la soirée se déroule entre « lehaïm » (santé !) tonitruants et conviviaux et petites blagues sur la cuisine ashkénaze qui, comme chacun sait, est terriblement fade. Très bien, j’ai eu envie de sortir de table et d’écouter un autre son de cloche.

La vie rêvée des juifs à Sarcelles. Mais qu’en est-il de la réalité ? 

Jonathan, 37 ans est né et vit toujours à Sarcelles. Il n’a qu’une idée: en partir. Je lui ai demandé pourquoi. « Maintenant quand tu es juif à Sarcelles, tu te sens visé, pas tranquille… Pourtant je ne porte pas la kippa ». La majorité de ses amis d’enfance ont quitté Sarcelles. Pas seulement à cause de l’antisémitisme, mais aussi parce que Sarcelles c’est un peu « le 93 des feujs » : un juif de Sarcelles est ostracisé même au sein de la communauté. L’ambiance s’est également détériorée: des quartiers autrefois tranquilles connaissent désormais des descentes de police régulières. « Bien sûr Sarcelles ça reste la banlieue, il y a toujours des bandes et du deal, mais là… enfin il y a plus en plus de populations noires et maghrébines » affirme-t-il un peu gêné. Les lieux de cultes et les écoles communautaires sont également étroitement surveillés. Comme un air de Liban.

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Juillet 2014 reste une date de sinistre mémoire, un point de rupture. Des manifestations pro-palestiennes avaient donné lieu à un mini pogrom, avec scènes de violence et commerces juifs attaqués. Jonathan, qui n’a jamais songé à faire son alya1, y a alors songé. De nombreuses familles ont sauté le pas. Dans cette atmosphère tendue, qu’en est-il de la municipalité ? 

Une mairie regardée de près

Sarcelles est traditionnellement une ville PS, Strauss Kahn y régna longtemps, d’abord adjoint puis maire, lui succéda François Pupponi, très apprécié de la communauté juive, beaucoup moins de la communauté musulmane où il se murmure qu’il serait « vendu aux juifs ». Après le départ de ce dernier en août 2017 pour cause de non cumul des mandats, trois maires se sont succédés en 18 mois: Nicolas Maccioni (PS), Annie Péronnet (PC), et enfin Patrick Haddad (PS), en poste depuis décembre 2018.  La situation est donc instable et Haddad est critiqué au sein des socialistes, même s’il a annoncé sa candidature pour 2020.

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Plus inquiétant, l’ombre de l’islam politique plane sur la mairie de Sarcelles en 2020. Samy Debah, fondateur du CCIF ne s’est-il pas retrouvé au 2ème tour des dernières législatives dans la 8ème circonscription du Val d’Oise face à Pupponi? J’ai demandé à Jonathan si un maire musulman à Sarcelles serait envisageable : « Je ne sais pas. En tout cas ce serait compliqué pour la communauté juive, nous serions dans l’oeil du cyclone. »

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