Le pessimisme chronique des « réacs » est un peu désespérant. Revendiquons notre modèle de société.


La France est la première destination touristique au monde. Sur les bords de la Côte d’Azur, Russes aisés batifolent en cet été. Dans la tendre Vendée, les retraités anglais coulent des jours en paix. Dans des banlieues plus moroses, certes, les « migrants » fraîchement débarqués goûtent de leur côté à une vie occidentalisée.

Douce France 

La France est belle, la France est riche. Surtout, la France incarne un modèle que le monde nous envie. Des soins pour tous, un système éducatif à faire pâlir les plus fortunés du Brésil, des études supérieures pour qui les mérite, sans distinction de classe. Pour ceux ayant malencontreusement perdu leur emploi, un généreux système d’ « allocations chômage ». Pour les allergiques au travail ou ceux sur la paille, le RSA, un pécule modeste certes, mais qui permet d’agrémenter des Barilla jusqu’à la fin du mois. Loin de moi le souhait de remettre en cause ce système de redistribution des richesses ! La France doit pérenniser cette manne qui aurait fait vaciller Moïse dans son désert, et que nous envie donc le monde entier.

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Tiens, allons comparer notre modèle avec celui du plus patriote des Anglais. Très vite, s’il n’a pas déjà fait demi-tour, notre Anglais se sentira désemparé. Et peut-être qu’il n’aura alors qu’un seul souhait, celui de se saouler au pub d’à côté. Pourtant l’Anglais, il l’adore, sa société. Depuis mère Tchatcher, il ne lui viendrait guère à l’esprit d’aller manifester contre cette vie qui l’oblige à trimer quasiment jusqu’à ses soixante-dix années. L’Étasunien aussi, passe sa vie à travailler. A vrai dire il ne fait que ça. Pourtant il ne s’en plaint pas. C’est bien simple, il est fier d’être Américain. Au sud, le Brésilien n’a droit ni à la santé, ni à une éducation publique correcte. Quant à des « allocations chômage », n’en parlons pas, ça ne fait guère partie de son vocabulaire. Il reste néanmoins convaincu que son pays a été béni par les cieux. Même chose au Mexique, où le système éducatif est -avec la République Dominicaine- des plus minables d’Amérique latine, et où les cartels de la blanche pavent le chemin de l’Enfer. Ça n’empêchera guère le Mexicain moyen de nous vanter son pays comme la plus belle terre de ce monde. Pas moins.

Mais qu’ai-je fait au bon Dieu ?

Alors qu’est-ce qui cloche chez nous ? La crise, nous dit-on, la crise. Depuis ma naissance dans cette contrée, les médias me rabâchent à l’oreille que mon pays « est en crise ». Encore sous le charme des antidépresseurs, la France, ancienne championne d’Europe du suicide, la France, championne du monde du pessimisme. Il faut dire que le portrait dressé par France Inter ou certains râleurs de gauche ne nous aide pas. À les entendre, nous aurions l’une des polices les plus répressives au monde – les Brésiliens riraient jaune en entendant cela – des politiques corrompus jusqu’à la moelle, des nostalgiques de Vichy ancrés chez ceux qui votent mal et pour ne rien arranger, une responsabilité de premier plan dans le réchauffement de dame planète.

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À droite ce n’est guère mieux. Quand ils ne veulent pas piétiner notre modèle social imbattable au profit d’un néolibéralisme venu d’outre Atlantique, les Cassandre annoncent une guerre civile entre Français de souche nationalistes et hordes d’Arabes islamisés prêts à mettre le pays à feu et à sang. La France serait décidément un enfer. Qu’ai-je donc fait au bon Dieu pour être né ici ?

« La France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer », a justement déclaré l’écrivain Sylvain Tesson. A 9000 kilomètres de chez nous, les Colombiens seraient les gens les plus heureux au monde, selon de récurrentes enquêtes. Les  Colombiens, vous imaginez ? Avec leur pays bousillé par soixante années de guerre civile, un modèle social lamentable, des politiciens corrompus jusqu’aux os, une insécurité quasiment enracinée, des plats du midi où ils ont le mauvais goût de mélanger riz et spaghetti et – qu’ils me pardonnent – de la bière sans grande saveur, ils resteraient les champions du monde de l’optimisme. Un petit tour dans les ollas des grandes villes colombiennes, ces zones urbaines de non-droit vouées au crack, à la prostitution, aux viols, à la torture et aux meurtres sans sommation m’ont donné un aperçu de l’Enfer. Aucune de nos banlieues, même des plus sinistrées, ne peut soutenir cette funeste comparaison. Et fort heureusement, n’en déplaise à nos professionnels des doléances ! Pourtant, ils ont une véritable joie de vivre, les fameux Colombiens. Il y a donc quelque chose qui cloche chez nous, quel que soit notre bord politique : nous nous plaignons trop.

Soyons donc fiers d’être français

Les islamistes, les « décoloniaux » ou autres prêcheurs de haine gagnent des batailles car ils investissent ce terrain favorable : avant qu’ils ne nous conquièrent, un manque de fierté et de reconnaissance envers notre société était déjà bien ancré chez nous. C’est ce pessimisme bien français qui creuse le terreau de ceux qui veulent nous pourrir. C’est notre manque d’amour propre qui fait le nid de ceux qui apparaissent à certains comme des guerriers. Ils nous haïssent car ils nous jalousent. Mais ils s’immiscent dans des organes de notre société car nous manquons de confiance en nous. À force de vouloir trop bien faire, nous sommes devenus craintifs. À force de douter, nous ne croyons plus en nous. Ils ont décelé les failles et ils s’y glissent. Ils ont saisi notre manque de foi en notre société et en profitent.

Plutôt que de toujours nous comparer aux autres dans ce que nous ne sommes pas, plutôt que de douter de notre force à désarmer ceux qui nous culpabilisent sans trêve, ceux qui rêvent de cancériser notre société jusqu’à l’agonie, regardons vers ce qui nous unit, vers ce qui fait qu’une grande partie du monde nous envie : nous avons créé un des meilleurs systèmes au monde. Ni les nations néolibérales, ni les nations socialistes ne peuvent en dire autant. Il est temps de relever la tête, il est temps de rompre avec notre pessimisme, il est temps d’être fiers d’être français.

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Alexis Brunet
est professeur de français langue étrangère.
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