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Quand la forêt avance, l’agriculture recule

Contrairement à une idée reçue, la forêt augmente en métropole depuis le début du XIXe siècle

Quand la forêt avance, l’agriculture recule
Après avoir longtemps régressé, la forêt métropolitaine s'étend depuis le début du XIXème siècle, en particulier grâce au boisement des Landes. Photo : AFP

De la Bretagne à la Corse, les espaces agricoles perdent chaque année du terrain au profit de la forêt. Ce mouvement bouscule de plein fouet les habitants traditionnels des campagnes, mais attire néoruraux et touristes friands de grands mammifères.


Un grand nombre de personnes croient que la forêt est menacée. C’est vrai dans un certain nombre de pays. Mais en France, c’est elle qui est menaçante ou, du moins, envahissante. Elle n’arrête pas de s’étendre depuis un siècle et couvre à présent un tiers du territoire. Dans certaines régions, comme dans les Landes ou dans l’Est, il s’agit d’une forêt productive ancienne. Cependant, l’essentiel de la croissance est enregistré sur une diagonale allant de la Bretagne à la Corse, englobant le Massif central et une bonne partie des Alpes et des Pyrénées. Nombre de ces régions, peu boisées au départ, ont connu une forte déprise agricole faisant le lit d’une forêt souvent spontanée. Il ne s’agit nullement de la végétation naturelle d’équilibre (nommée climax en écologie), mais d’une formation secondaire dégradée. On y trouve surtout des feuillus, typiquement des mélismélos de chênes tordus. Ce sont principalement eux qui tapissent un peu partout le paysage de grumeaux verts caractéristiques.

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Overdose de forêt ?

Les parcellaires en timbre-poste gênent l’exploitation et les minces débouchés confèrent à cette forêt un rapport faible, voire nul. L’intérêt touristique est également souvent décevant. En effet, la plupart des promeneurs, aussi regrettable que cela paraisse, s’éloignent peu des routes. L’intérieur des massifs reste peu fréquenté. En progressant, la forêt fige le recul de l’agriculture et de l’élevage. Dans certaines régions, les hameaux abritent surtout des personnes âgées de plus en plus isolées au milieu des bois. Bref, l’extension de la forêt va de pair avec une régression de la vie rurale, tout du moins dans ses formes traditionnelles. Une consolation réside cependant dans le fait que l’accumulation de ces tonnes de bois est un piège à CO2 très significatif à l’échelle de la France.

Irrésistible multiplication des conflits d’usage

L’ensauvagement de l’espace attire cependant des néoruraux et des touristes urbains, tout du moins dans certaines régions. Leur demande en ce qui concerne ces zones diffère bien souvent de celle des ruraux. Ces derniers, en effet, veulent pratiquer librement leurs loisirs (chasse, pêche, champignons) et, quand c’est encore le cas, poursuivre sans entraves leurs activités (agriculture, élevage, etc.). Leur vie ne repose pas sur une exaltation de la nature, mais sur une artificialisation du milieu et des prélèvements mesurés.

Les urbains quant à eux sont plutôt demandeurs de nature à l’état le plus pur possible. Ils se veulent volontiers écologistes, au moins temporairement. Leur approche de l’écologie est cependant peu tournée vers certaines de ses dimensions essentielles comme la pédologie ou la phytosociologie. L’expérience la plus recherchée après la contemplation des fleurs rares est la rencontre avec les grands mammifères. Les documentaires animaliers modèlent en effet les sensibilités. En outre, depuis le Roman de Renart et les Fables de La Fontaine, le fait de projeter un caractère sympathique et presque humain sur ces animaux est devenu une vieille habitude. C’est pourquoi l’introduction du loup ou de l’ours revêt une si grande importance. Elle induit des récits et renforce l’attractivité touristique. Cependant, ces modifications bousculent de plein fouet les occupants traditionnels. Dans le cas du loup, on comprend aisément combien cela complique le pastoralisme (ruminants dans les alpages). Des oppositions similaires se produisent quand des agriculteurs ont besoin d’un équipement (ex. : réserve d’eau empiétant sur une zone humide, comme à Sivens) et dans de nombreux autres cas. Au total, ce sont deux visions qui divergent. Elles ne cessent d’alimenter des conflits d’usage et ce n’est pas près de s’arrêter.

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Été 2019 - Causeur #70

Article extrait du Magazine Causeur


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est écrivain. Dernier ouvrage paru : Précipitation en milieu acide (L'éditeur, 2013).

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