L’hebdo télé préféré des profs de gauche vous dit comment baiser


Votre serviteur, dans une chronique du 11 février, avait déjà eu l’occasion de présenter les ouvrages de spécialistes de la sexualité aux titres révélateurs (Sortir du trou, levez la tête ou Lâchez-nous l’utérus !). Le 22 mars 2020, Télérama, qui a définitivement rejoint le camp des ravis de la crèche progressiste, reprend et complète cette liste. Un des auteurs encensés, Martin Page, a écrit un livre au titre nietzschéen : Au-delà de la pénétration. Un autre, Jüne Pla, une sorte de Guide du routard sexuel intitulé Jouissance Club, une cartographie du plaisir. Clara Delente, la journaliste de Télérama, en est encore toute chamboulée.

Le caractère central de la pénétration “remis en question”

« Du côté des grandes enquêtes sur la sexualité, il aura fallu attendre longtemps pour que le caractère central de la pénétration commence à être remis en question », écrit Clara Delente qui attendait ce moment révolutionnaire avec impatience. Selon la sociologue Nathalie Bajos, « la vision “hétéro-pénétrativo-centrée” est dépassée. » Un nouveau « paradigme scientifique » émerge, les « pratiques se diversifient ». Le « script traditionnel construit sur l’enchaînement préliminaires-coït-éjaculation masculine » est battu en brèche, et ça c’est bien !

Une autre sociologue, écrit la journaliste, a démontré que 95% des femmes qui s’adonnent à la masturbation connaissent la jouissance, tandis que seule une femme sur quatre atteint « très facilement » l’orgasme grâce à la seule pénétration vaginale. S’appuyant sur ces données scientifiques indiscutables Martin Page l’affirme : « L’échec de la sexualité hétéro est très ancien » – avec un peu de culture auvergnate il aurait pu aussi dire que « l’échec de la sexualité hétéro remonte à la plus haute antiquité ». Mais ne jetons pas la pierre à cet auteur qui consacre tout son temps à la lecture des documents scientifiques, sociologiques, anthropologiques et ethnologiques de sa consœur en recherches sexuelles, Maïa Mazaurette, « qui rappelle au passage que la vision hétéro-pénétro-centrée prive bon nombre d’hommes “de somptueux orgasmes prostatiques”. »

Convergence des luttes

Afin de cocher toutes les cases à la mode, Martin Page introduit son ouvrage brutalement, si j’ose dire : « La catégorie sociale qui connait le moins bien la sexualité, qui en a une vision la plus caricaturale, est celle qui domine toutes les autres. » Où l’on est bien content d’apprendre que « les hommes » sont une « catégorie sociale ».

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Grâce à son blog nous apprenons aussi que Martin Page recommande le livre qui comble les nuits d’insomnie de mesdames Diallo et Obono, Un féminisme décolonial de Françoise Vergès. Nous apprenons encore qu’il est végan et a écrit un livre intitulé Les animaux ne sont pas comestibles. [Ma maman à moi s’inscrit immédiatement en faux et me crie, depuis la cuisine, que si, si, les animaux sont parfaitement comestibles « mais, précise-t-elle en hachant le persil et l’ail qui vont accompagner deux superbes tranches de foie de veau, il faut savoir les préparer. »] 

Martin Page nous avoue également qu’il est « anticapitaliste, écologiste, animaliste » ; qu’il veut « interdire les voitures et les jouets genrés » ; qu’il remet « en cause la norme sexuelle » ; qu’il est « pour la fin du nucléaire », « contre les tablettes numériques », « contre les chefs et l’idée même de chef », « pour l’interdiction de la chasse », « pour une réduction du temps de travail (18h par semaine [lui] semble le maximum tolérable) », « pour la fin de l’héritage » et « contre l’industrie ». Il ne comprend pas que cela le mette en « délicatesse avec 99% des personnes » car il trouve « tout cela très raisonnable ». Du coup il a l’intention de se « barrer, dans une ville, ou un pays, avec qui pour une fois [il] partage des valeurs » (sic). Pour le moment il ne peut pas, confinement oblige, mais dès que cela sera possible, nul doute que Martin trouvera un pays avec « des valeurs » et un service psycho-médical à la pointe (« Ô le beau cas ! ») qui l’accueillera les bras ouverts.

“Des millions de femmes et d’hommes vivent sous le joug d’une non-éducation sexuelle”

De son côté Jüne Pla fait des dessins et « expose de multiples pratiques alternatives, sous la forme de chorégraphies de bouches, de langues, de doigts, de paumes, de phalanges. » C’est très prometteur.

Qui a préfacé le livre de Jüne Pla ? Martin Page, bien sûr. Préface écrite, comme les livres de Page et de Pla, en écriture inclusive, comme il se doit. Des sentences inoubliables y tombent comme à Gravelotte : « La sexualité n’est pas innée », « nous ne connaissons pas nos corps », « le plaisir ne peut pas se passer de connaissances », « des millions de femmes et d’hommes vivent sous le joug d’une non-éducation sexuelle », etc, etc.

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Attention, le double combat de Jüne Pla, féministe et sexuel, n’est pas un combat à deux balles. Elle le dit, l’écrit, le crie : « Toutes les luttes sont importantes. […] je ne veux pas faire partie de celles.ceux qui invisibilisent les minorités. […] on lutte tous.tes contre les mêmes choses : les inégalités. » On sent bien le vent de la révolte qui gronde, le sentiment d’injustice qui taraude, le front de la colère qui submerge les inégalités afin de les engloutir dans l’immaculé respect de l’autre, de l’humain genré ou dégenré, de chaucun.cune. Son livre n’est donc pas qu’un vulgaire livre de cul. D’ailleurs, la sociologue Nathalie Bajos l’indique à la fin de l’article de Télérama : « Ces livres sont le signe d’une visibilité sociale plus importante des questions liées à la sexualité. La sexualité n’a rien de naturel, c’est une pratique sociale ». (sic)

Pour conclure, Martin Page propose d’en finir avec le mot pénétration et de le remplacer par le mot circlusion, mot inventé par une « chercheuse spécialisée sur le queer ». Les abonnés aux clubs d’échangistes, les amateurs de rodéos sexuels, et même les simples couples d’amoureux n’attendaient sûrement que ça. D’ailleurs, Bini Adamczack, la « chercheuse sur le queer » en question, l’écrit sans ambages sur le site GLAD ! : « Le mot circlusion est facile à apprendre et facile à appliquer. Je circlus, tu circlus, iel est circlus·e. Et surtout, il est beaucoup plus pratique que pénétration. Le mot pénétration comporte quatre syllabes, circlusion en a seulement trois. Ainsi son introduction est tout à fait dans l’intérêt de l’économie. Nous gagnons du temps précieux que nous pouvons ensuite investir dans la baise. » Tout ça pour ça !

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Didier Desrimais
Amateur de livres et de musique, scrutateur des mouvements du monde
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