Lutte contre la charge maternelle, lutte contre le « différentiel de plaisir » ou lutte contre les éternels tabous de la sexualité féminine (dont personne ne parle jamais)… Il reste à nos amies les femmes encore bien des combats à mener !


Les monologues du vagin avaient ouvert la voie, si je puis dire, mais ça s’accélère. Concomitamment à la libération de la parole des femmes, certaines féministes ont décidé de libérer tout le reste. Et d’en faire des livres.

Maïa Mazaurette, par exemple, est journaliste et écrit pour Le Monde des articles et chroniques axés sur le sexe dont elle s’est fait une grande spécialité. Elle avait déjà co-écrit un livre intitulé La revanche du Clitoris (écrit après Le clitoris vous salue bien, et avant La malédiction du Clitoris, imagine-t-on). C’était très instructif et il y avait même des dessins pour que, comme aurait dit Vialatte, chaque chatte puisse y retrouver ses petits.

Elle a également participé à un ouvrage collectif sous la direction de Marlène Schiappa : Lettres à mon utérus. Ces échanges épistolaires et piquants nous éclairaient, selon les auteures, sur « la dernière différence entre les hommes et les femmes : l’utérus ». Comme ça, rapidement, j’en vois bien une autre, mais il faut croire qu’elle ne compte plus que pour du beurre, ce que confirmera notre Président de la République (explication en fin de chronique).

Maïa contre le « différentiel de plaisir »

Plus récemment, Maïa Mazaurette a écrit ce que les Inrocks appellent un « manuel de survie ». Ça s’appelle Sortir du trou, lever la tête. On se dit alors que la journaliste s’est décidée à écrire sur d’autres sujets et qu’on va avoir entre les mains un livre sur la spéléologie (découverte d’une nouvelle grotte = sortir du trou ; fierté des découvreurs = lever la tête) ; ou bien la biographie d’un ancien taulard à la réinsertion réussie ; ou encore une nouvelle approche herméneutique de l’Allégorie de la caverne de Platon. Et on a tout faux. Il s’agit plus simplement, nous disent Les Inrocks, d’un livre sur « l’orifice féminin », un ouvrage qui nous incite à « repenser la pénétration » en passant « d’une forme de parasitage à une forme de complicité qui mettrait fin au différentiel de plaisir ». La journaliste de conclure : « Il est urgent de repenser la pénétration afin d’atteindre une forme de complicité libérée, digne, et égale ». Cette complicité digne, ces ébats égaux et cette mise à mort du « différentiel de plaisir » nous promettent des nuits torrides et une sexualité « à la portée de chacun » et « centrée sur la fantaisie et sur l’éthique ». Ah ben, si en plus c’est éthique, pourquoi se priver !

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Fiona Schmidt, elle, s’attaque à la charge maternelle. Kesako ? La charge maternelle complète la maintenant célèbre charge mentale. Elle « pèse sur les épaules des femmes, qu’elles aient ou non des enfants », écrit sans rire une autre journaliste des Inrocks pour présenter ce livre intitulé Lâchez-nous l’utérus.

Fiona Schmidt ne veut pas d’enfants. Pourtant, nous dit-elle, elle coche « toutes les cases du bingo procréatif : hétéro blanche cisgenre en couple, stable CSP+ ». Fiona semble ignorer que notre époque a fait sauter tous les verrous de ce « bingo procréatif » ! Aujourd’hui une lesbienne non-binaire noire célibataire instable peut très bien, elle aussi, hésiter entre avoir ou ne pas avoir d’enfant ! et donc être également accablée par cette nouvelle charge maternelle…

La philosophie du nombril

Le cerveau en fusion, Fiona conclut : « Le fait que je n’aie pas d’enfant n’empêche pas ma voisine d’en avoir un ou plusieurs […] Quand on comprend que notre choix n’est pas la vérité universelle, ça signifie qu’on a le droit de se planter et ça, ça détend vachement ! » Philosophe, avec ça !

Il y a enfin Camille. Camille a écrit Je m’en bats le clito pour « mettre à bas tous les tabous liés à la sexualité féminine dans notre société. » Original ! Tout le bouquin est écrit en très gros lettrages et présente des aphorismes sibyllins comme : « À ce scandale au sujet de ma pilosité pubienne sachant que, toi, t’es en mode touffe de l’espace, buisson de Noël, Chewbacca is back ». Camille est polyglotte et prouve qu’une parole libérée peut s’écrire en chinois, en anglais ou en charabia.

La masculinité (toxique ?) mise de côté

Pourquoi tous ces ouvrages savants sur les organes féminins, et presque rien sur les organes masculins ? Notre gouvernement apporte les réponses.

Après que notre ministre de la Santé ait dit qu’un père peut être une grand-mère, notre président de la République a déclaré il y a quelques jours à une opposante à la PMA : « Votre problème, c’est que vous croyez qu’un père est forcément un mâle. »

Dès lors, pourquoi se préoccuper encore de ces antiquités qui doivent finir, pour reprendre le nom d’un podcast féministe et émasculateur (1), sur la table du salon. Les deux derniers épisodes sont consacrés à… la grande Maïa Mazaurette évoquée plus haut. C’est le serpent qui se mord la queue.

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