REACnROLL a réuni Eugénie Bastié du Figaro et Pablo Pillaud-Vivien de Regards pour parler « féminicide », « masculinité toxique » et autres innovations des associations féministes. Elisabeth Lévy et Eugénie Bastié estiment toutes deux qu’on parle des violences faites aux femmes matin, midi et soir. Pablo Pillaud-Vivien, lui, se porte au secours du beau sexe, qu’il estime systémiquement menacé… Causeur vous propose de lire un extrait de leurs échanges.


Verbatim

E. Lévy : On va commencer aujourd’hui avec un triste sujet: la quinzaine de la violence conjugale. Je dis ça sans cynisme, mais voir tout le monde se mobiliser avec une espèce de rage pour une cause sur laquelle tout le monde est d’accord, me semble tout de même un peu étrange. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas se mobiliser, mais j’ai l’impression qu’on se bat contre un ennemi qui n’existe pas. Qu’est-ce que vous en pensez ?

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E. Bastié : Je relisais L’Empire du bien de Philippe Muray, et il y parle des « truismocrates ». En ce moment, on est en plein dans leur règne. Car on nous dit que la violence conjugale « ce n’est pas bien » et qu’il faut lutter contre. On dit qu’il y a une prise de conscience, mais ça fait longtemps qu’on en parle (…) Les mesures annoncées par le gouvernement, je les trouve raisonnables et intéressantes. On se demande pourquoi elles n’ont pas été prises plus tôt (améliorer la prise en charge des victimes par exemple). Evidemment, ça ne suffit pas pour les associations féministes, qui demandent un milliard d’euros ! Pour faire quoi ? Ecrire des tracts en écriture inclusive ? Refonder la société de A à Z? Je pense que le problème des violences conjugales n’est pas un problème culturel, mais un problème institutionnel. Pourquoi n’y a-t-il pas autant de féminicides – je n’aime pas ce mot – en Espagne et en Italie, alors qu’on pourrait se dire que ce sont des pays du sud avec une culture machiste ? (…) C’est parce qu’il y a une meilleure prise en charge des victimes.

De gauche à droite, Eugénie Bastié, Elisabeth Lévy et Pablo Pillaud Vivien. Image: capture d'écran REACnROLL.
De gauche à droite, Eugénie Bastié, Elisabeth Lévy et Pablo Pillaud Vivien. Image: capture d’écran REACnROLL.

E. Lévy : Essayons de ne pas mélanger les deux débats. Les violences conjugales sont un phénomène qui, s’il n’est pas massif, est tout de même répandu. Les meurtres de femmes par leurs conjoints, et l’inverse, ce sont des histoires individuelles.

P. Pillaud-Vivien : (En riant) Je comprends que vous ayez toutes les deux le débat entre vous car vous êtes des femmes et que vous êtes un peu plus concernées que moi… Tu parles de truisme, Eugénie, et c’est tout à fait juste : tout le monde autour de la table est d’accord. L’institution, à savoir l’État, les partis, les intellectuels etc., sont d’accord pour ça. Après, tu parlais du milliard demandé par les associations féministes et tu te demandais à quoi ça servirait. Tout ça est chiffré. Ces associations demandent un certain nombre de places, et elles disent qu’il en faut 2200. Et qu’est-ce que fait le gouvernement ? Il en fait 1000. La vraie question, c’est pourquoi ? Si c’est juste une logique budgétaire, qui limite la possibilité de donner plus d’argent, c’est une catastrophe, car l’objectif c’est quand même de répondre …

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E. Lévy : Oui, surtout qu’on ne demande que 2000 places, pas 50000.

P. Pillaud-Vivien : Si on veut rentrer dans les détails, ils ont chiffré à 40 euros la nuitée alors que les associations disent que, si on veut obtenir une nuitée correcte, c’est plus autour de 70 euros.

E. Lévy : J’ai entendu Marlène Schiappa qui parlait de femmes violées dans des centres d’hébergement, donc après il y a aussi la mise en œuvre [à surveiller].

P. Pillaud-Vivien : Il y a la mise en œuvre, en effet, ainsi que tout ce dont tu as commencé à parler. Et le problème culturel et sociétal qui est derrière !

E. Lévy : J’aimerais justement vous interroger là-dessus. On nous dit que c’est un phénomène de société, et la répétition permanente donne l’impression que c’est un phénomène massif, mais on oublie de nous dire que, un, [ce phénomène] est condamné par tout le monde et que, deux, il a considérablement décru depuis des décennies. Dans l’atmosphère dans laquelle nous sommes, où Jablonka1 nous explique que les hommes doivent faire repentance et [nous expose] toutes sortes de problèmes étranges sur la masculinité, [j’ai l’impression qu’on nous] repeint le monde en noir et blanc. Des femmes qui sont forcément victimes et des hommes qui sont tous potentiellement des bourreaux. Or, je vous le dis, ça dépend des années, mais les hommes représentent 25% des victimes de violences conjugales et 17 % des cas mortels. Donc l’idée que c’est structurellement la « masculinité toxique » qui …

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E. Bastié : Il y a quelque chose d’intéressant, c’est la manipulation des chiffres par le lobby féministe. On pourrait aussi prendre d’autres chiffres sur les hommes. Par exemple, les hommes sont quatre fois plus nombreux que les femmes à se suicider. Est-ce qu’il y a un plan national pour empêcher les hommes de se suicider ? Non. Par ailleurs, 80 % des victimes d’homicides sont des hommes. Idem.

E. Lévy : Et la majorité de ceux qui commettent des infanticides sont des mères.

E. Bastié : Dans ce cas, chaque chiffre pourrait amener une politique publique générale et une prise de conscience globale, non ? Si on mettait en place un politique de prévention concernant le suicide chez les hommes, il y aurait peut-être moins de suicides. Mais la question, c’est celle des moyens qu’on veut mettre en œuvre pour résoudre ce problème.  [Le Grenelle n’est-il pas en fait] l’occasion de développer un projet idéologique de société ?

P. Pillaud-Vivien : Projet qui est tout de même l’égalité hommes-femmes…

E. Bastié (coupant son camarade): L’égalitarisme hommes-femmes. Quand j’entends Jablonka dire que la galanterie, c’est le début du sexisme et de la violence, [j’entends] quand même un projet de société qui est idéologique.

E. Lévy : Le début du sexisme c’est quand même d’interdire aux hommes de parler (elle rit).

(…)

E. Lévy : Pablo vient de nous dire que la violence contre les femmes est un phénomène social alors que la violence contre les hommes relèverait du fait divers. Mais il y a quelque chose qui me choque profondément, c’est que, d’abord, ce mot « féminicide » écrase complètement le caractère individuel de ces tragédies. Or dans les 120 cas recensés l’an dernier, il y a un nombre significatif, plus de 10 ou 15, qui sont de vieux messieurs qui ont tué leurs compagnes âgées pour leur épargner des souffrances.

P. Pillaud-Vivien : Oui, et dans l’autre sens, il y a aussi Jacqueline Sauvage qui tué son mari.

E. Bastié : L’apparition du terme féminicide est significatif, d’autant plus qu’on a supprimé le terme parricide, qui n’existe plus. Le parricide était [autrefois] le crime absolu, c’est ce qu’il y avait de pire, car justement, dans une société patriarcale, tuer le père est ce qu’il y avait de pire. Nous rentrons dans une nouvelle société où le féminicide prend la place du parricide comme le crime suprême qui vaudrait à son auteur une circonstance aggravante.

E. Lévy : Le terme féminicide suggère qu’on tue une femme car elle est une femme. Cela me paraît être totalement stupide. D’ailleurs, à un moment, les LGBT ont essayé d’entrer dans le débat en disant « Chez nous aussi, il y en a, et tout le monde s’en fout ». Ce n’est pas que tout le monde s’en moquait, c’est que ça invalidait complètement l’imaginaire général qui disait qu’il y a un phénomène social dans lequel les hommes sont violents structurellement.

(…)

P. Pillaud-Vivien : La vraie question est de savoir si les outils mis en place pour essayer de rééquilibrer l’égalité entre les hommes et les femmes ont permis que ça baisse. Le chiffre a justement baissé, précisément parce que la femme revient à égalité avec l’homme, et comme les mécanismes de domination sont moins forts entre l’homme et la femme, de facto : ça baisse. L’objectif des associations féministes, c’est d’aller encore plus loin, c’est de dire continuons vers cette égalité.

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