Jean-Mathieu Michel est décédé le 5 août dernier après avoir été renversé par un véhicule utilitaire déposant illégalement des gravats à Signes (Var). Le Président Macron a adressé une lettre de soutien aux élus locaux, laquelle a été lue lors des obsèques. Le maire a également été décoré de la légion d’honneur à titre posthume par Jacqueline Gourault. Qu’auraient fait nos ancêtres en 1792?


Après la vague d’émotion suscitée par la mort du maire de Signes, survenue le 5 août dernier, alors qu’il tentait de s’opposer au jet illégal de gravats sur la voie publique, le Sénat vient de lancer une enquête sur les violences faites aux maires dans le pays. L’émoi passera, l’enquête se clôturera par une déclaration d’intention, la justice fera sans doute preuve de clémence pour l’auteur de l’infraction, et les atteintes aux personnes dépositaires de l’autorité publique, qu’elles servent dans la police, dans la gendarmerie, dans les mairies, au parlement, et plus largement au sein des casernes de pompiers, des hôpitaux ou de nos écoles, reprendront leur inquiétante série. Aujourd’hui, la disparition de Jean-Mathieu Michel fait l’objet d’un concert de réactions indignées de la part de la classe politique ; mais, demain? L’élu ne peut pas être mort pour rien!

La journée du 3 mars 1792

Pour cela, il n’existe pas mille solutions: il faut faire des exemples. Par la répression sévère des manquements à la loi et des actes d’incivilité, faire savoir clairement aux auteurs de ces délits qu’ils seront punis sans ménagement. La prévention est à ce prix. De même, il est nécessaire d’honorer nos héros modernes, faire des exemples de vertu. Là encore, l’histoire de France recèle des trésors de dévouement patriotique. Nos ancêtres les révolutionnaires, tant de fois décriés ou encensés pour s’être affranchis de l’ordre légal, n’en ont pas moins été ses infatigables promoteurs. Une journée en particulier nous l’apprend.

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Le 3 mars 1792 tombait un samedi. C’était jour de marché dans la tranquille ville d’Etampes, située à une demi-journée de marche au sud de Paris. Rien ne laissait présager un drame, lorsque soudain, en début de matinée, une bande de forcenés fait irruption dans la ville, suivie d’une foule de mécontents. Ils exigent, fusils en main, la taxation du blé pour s’en prendre aux marchands et nourrir le peuple. Après plus de sept heures de rixes et de tensions, le maire d’Etampes, Simoneau, s’interpose au péril de sa vie afin de faire cesser les troubles à l’ordre public. Le fou ! s’oppose aux revendications et refuse de céder à la force. Le juste ! il veut faire respecter la loi. Abandonné par les soldats censés le protéger, il tombe sous les coups de feu tirés à bout portant par les émeutiers. Un journaliste décrit la scène : « il n’était question de sa part que de dire oui ; il a préféré de dire non. »

Martyr de la loi républicaine

Tout le pays s’émeut, comme nous, au récit de cette mort exemplaire. L’assemblée de 1792 décide alors de consacrer le troisième jour du mois de juin à la célébration du défenseur de l’ordre légal. La journée est baptisée « fête de la loi ». Le cortège funèbre, transportant la chaise de l’élu et une statue de la loi, part de la place de la Bastille pour s’acheminer au ChampdeMars où députés, soldats, magistrats, parents de la victime, Parisiens accourus, ensemble, rendent hommage au « martyr de la loi ». Toute la journée, l’écharpe du maire est suspendue aux voûtes du Panthéon pour en honorer la mémoire. Cet événement n’est pas anecdotique, il a la force des symboles car il fut l’occasion, pour une société en recherche de stabilité, de rappeler que la loi, et ses cohortes de représentants et d’exécutants, n’ont pas d’autre alternative que d’être scrupuleusement respectés, ou bien sacrifiés. L’Etat de droit est non seulement l’observation de la loi, mais aussi la promotion de celle-ci, sans quoi c’est l’Etat lui-même qui tend à s’effilocher dans la nuit de la barbarie. Cet épisode de la Révolution nous rappelle que le principe de légalité, base de la démocratie, n’est jamais acquis et qu’il demeure toujours à affermir.

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Si le passé n’est certes pas un miroir du présent, néanmoins il l’inspire. La conduite héroïque du maire de Signes, à la manière du colonel Beltrame, aurait pu faire l’objet d’un hommage national afin d’adresser un message symbolique fort à tous ceux qui enfreignent jusqu’au plus spécieux article de loi. C’est un combat à mener collectivement, tous les partis s’unissant. C’était le combat du maire de Signes qui avait fait un rempart de son corps pour éviter la fuite des auteurs des faits délictueux. Il ne doit plus y avoir d’infractions mineures à la loi. « Qui vole un œuf vole un bœuf » doit redevenir la maxime de notre morale, car c’est en corrigeant les comportements de moindre violence que l’on éduque les individus à devenir des citoyens. Cela ne nous préserve peut-être pas contre tous les périls de la délinquance, mais nous garantit au moins, assurément, contre le déshonneur de n’avoir rien tenté pour la combattre.

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