Aujourd’hui retirée de la politique active, Marion Maréchal pourrait, en ralliant toutes les composantes du peuple de droite, devenir la Macron du souverainisme. Surtout si les ténors LR traumatisés par la défaite de Bellamy cèdent à la tentation du centre.


Ils auraient pu se croiser devant la tour de TF1, ça aurait fait une chouette photo d’époque. La coïncidence n’a en tout cas échappé à personne. Une heure avant que Laurent Wauquiez annonce sa démission sur TF1, le dimanche 2 juin, Marion Maréchal sortait d’une longue retraite médiatique et appelait sur LCI à un « grand compromis patriotique » – une façon élégante de parler de l’« union des droites ». « Laurent s’en va, Marion arrive », observaient en boucle les commentateurs, vaguement inquiétés par ce possible clin d’œil de l’Histoire.

À Causeur, nous avions évidemment tout prévu…

La plupart se montraient à la fois désapprobateurs et triomphants – on vous avait bien dit que tout ça, c’était la même graine de facho. Quelques-uns, à l’instar de notre ami Ivan Rioufol1, ne cachaient pas leur enthousiasme, voyant dans cet impromptu de Boulogne l’acte I de la renaissance. À Causeur, nous avions évidemment tout prévu : à ce moment-là, notre entretien avec Marion Maréchal était déjà en boîte. Et, à en croire tous les bons esprits qui au sein de LR et dans la quasi-totalité des rédactions se livraient depuis des mois à un pilonnage incessant du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, son départ était inévitable.

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Certes, Wauquiez a commis quelques bourdes fâcheuses, quand il a voulu s’essayer au trumpisme devant les élèves d’une école de commerce et, surtout, quand il a claironné qu’il n’avait jamais été gilet jaune, affirmation immédiatement démentie par une photo. Des élus qui racontent des craques ou se prennent les pieds dans le tapis de leur com, on en voit tous les jours. Si Wauquiez avait appartenu au parti de l’ouverture et des bonnes manières idéologiques, on lui aurait pardonné – a-t-on par exemple tenu rigueur à Pierre Bergé de ses propos dégueulasses sur la Manif pour tous ?

Le véritable crime de Wauquiez est d’avoir changé, et pas dans le bon sens puisqu’il est passé du centrisme de son mentor Jacques Barrot au registre réac-identitaire qui donne des vapeurs au journaliste de France Inter. Derrière le procès en insincérité intenté à l’homme, c’est bien sa ligne « droitière » que lui reprochent ses adversaires. Chez un dirigeant de droite, c’est en effet aussi incongru qu’un pape trop catholique.

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En 2012, la France politique et médiatique qui pense bien avait imputé la défaite de Nicolas Sarkozy à la stratégie Buisson. Aujourd’hui, elle explique le score calamiteux de François-Xavier Bellamy aux européennes par la ligne Wauquiez. Nous n’avons pas été assez modernes, se désolent en substance ceux qui, au sein de LR, rêvent toujours d’être de gauche, alors même que le signifiant « gauche » déserte peu à peu notre imaginaire politique. Le Monde, en retard de quelques bataill

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Juin 2019 - Causeur #69

Article extrait du Magazine Causeur

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